XÉivopnON, Mémorables, IV
peut se contenter d'une satisfaction quelconque e t ne croit pas que la faiblesse de sa physique puis se compromettre la solidité de sa morale. Il pense même que la recherche approfondie des difficultés scientifiques peut nuire à la rectitude naturelle de Tesprit et que ceux qui montrent le plus de bon sens sont ceux qui se piquent le moins de science. Le ton d'Epicure est toujours très affirmatif; il a horreur du scepticisme. Cette théorie, dit-il, est contradictoire : comment un homme peut-il savoir qu'il ne sait rien? Ce qu'il reproche surtout au scepticisme, c'est de ne pouvoir fonder une règle de conduite, car nous agissons toujours d'après ce que nous croyons; l'éthique doit donc avoir pour base un ensemble de convictions bien arrêtées. Ses disciples sont plus dogmatiques encore que lui; Lucrèce considère ce système comme l'expression de la vérité absolue : veraîn ad rationem... Id falsatotum ratione receptum est.
Aristote avait proclamé l'indépendance et la légitimité des études spéculatives ; il avait mis le besoin de savoir au premier rang parmi les appétits naturels de l'homme, il avait soutenu que l'effort que nous dépensons pour le contenter est le plus noble emploi que nous puissions faire de notre activité, que les sciences doivent être estimées
l'école et le système. 61
d'autant plus qu'elles sont plus inutiles , enfin que les vertus théorétiques sont plus parfaites que les vertus pratiques.
La doctrine d'Epicure est beaucoup moins ambitieuse : la vie pratique doit être non seulement notre principale mais notre unique préoccupation. La philosophie n'est pas une science, c'est une règle de conduite : 'E7riy.oupo; eT^eye ttiv (pO.oc^ptav âvépysiav elvat "kôyoïç */.al ota>.oYt(7'xor; tov gù^aifxova ^iov ttsci- «TTotoacav \ Nous devons philosopher non en paroles, mais en actes, la philosophie n'est pas un savoir dont il y ait lieu de faire montre. Epicure écrivait à Pythoclès : « Fuis, mon cher, la science à pleines voiles. » Il proscrivait aussi rigoureusement, et pour les mêmes motifs, la culture des arts. Voici ce qu'il disait non seulement de la géométrie, de l'arithmétique, de l'astronomie, mais aussi de la musique et de la poésie : A falsis initiis profecta et vera esse non possunt et, si essent vera, nihil a ff errent quo jucundius, id est
ineliuSy vwerenius In poetis nulla solida utili-
tas omnisque piierilis est delectatio '. 11 professait aussi un profond mépris pour la recherche curieuse de l'histoire : puisque le passé est passé, à quoi bon nous en inquiéter ?