Diogène Laerce, X
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autre chose en effet que le mouvement communiqué à nos organes par Tobjet extérieur, sans que rien y soit ajouté ni retranché. Lorsque Epicure nous dit que les sens sont toujours véridiques , qu'une perception n'a pas plus d'autorité qu'une autre, il paraît oublier le rôle de l'attention. Cependant la connaissance que nous avons des choses sensibles dépend non seulement de l'intensité de l'action exercée sur nos organes, mais aussi de l'effort par lequel nous appliquons notre esprit, car nous voyons distinctement des objets fort petits. M. F. Thomas, qui insiste sur cette remarque, cite à l'appui plusieurs vers de Lucrèce; mais il semble que cette observation soit due à des Epicuriens postérieurs.
Il nous est impossible de contrôler le témoignage des sens ; en appellerons-nous d'un sens à un autre ? mais ils ont tous une égale légitimité, une égale autorité, tyiv iGOGÔsvetav, et rien ne nous autorise à attribuer à l'un le privilège de corriger les autres. La sensation de l'œil gauche ne peut réfuter celle de l'œil droit. De plus, chaque sens a pour objet propre la perception d'une certaine qualité que les autres sens ne peuvent connaître : la vue n'a aucune idée du son, l'oreille de la couleur, de l'odeur, de la saveur, de la température; un sens ne peut donc rectifier les données d'un autre sens. (Ce
n'est pas ici le lieu d'examiner si les études des psychologues modernes sur le rôle du toucher et sur l'éducation des sens les uns par les autres ont contredit ces assertions ; nous nous bornons à exposer les théories d'Epicure auxquelles ses adversaires ne savaient que répondre.) Invoqueronsnous l'autorité de la raison? Elle ne nous fournit aucune connaissance qui ne lui ait été tout d'abord apportée par les sens ; elle ne peut prévaloir contre eux, puisque c'est à eux qu'elle doit tout. Mais, direz-vous, les perceptions des différents hommes ne sont-elles pas contradictoires, ainsi que l'a montré Platon dans la critique qu'il a faite de la doctrine de Protagoras ? Qu'importe ? Car ce qu'il faut considérer, ce n'est pas la sensation même, mais l'interprétation que nous en faisons en nous appuyant sur une expérience répétée.
Nous ne sommes pas réduits à la seule connaissance des phénomènes ou des objets qui frappent actuellement nos sens : l'idée que nous avons acquise subsiste, elle laisse une empreinte, tuttoç, qui se conserve dans la mémoire, aT|Jt.vvi tou iroT^T^axt; e^wOsv oavsvTo;. Souvent les souvenirs et les images qui les accompagnent se présentent à nous spontanément, mais nous pouvons aussi les évoquer volontairement. En outre, parmi nos sensations beaucoup sont la reproduction plus ou moins
complète, plus ou moins exacte de sensations antérieures; il y a là quelque chose que nous ne manquons pas de remarquer et qui explique la formation d'idées générales, y.v.bo'kiy.y.l voviGstç. Épicure avait bien vu les différents rapports selon lesquels s'associent les idées : /-al yàp /.al sirivoat iracat aTTO TÔv ai(76*/f(7£(ov yeyovaGi xaTx t£ Trepi-TTTWGtv, y-al àva- >.OYiav,îcat6(J!.oioTyiTa, x.ai guvÔsgiv, G\>^^OLXko[JÂwo\} Tt x,al tou >.oyt(7p0; toutes nos connaissances procèdent des sens, ou bien par incidence (lorsque l'objet tombe directement sous nos sens ; c'est ainsi que nous acquérons l'idée du soleil, de la lune, de Socrate), ou bien par analogie (quand nous formons l'idée de géant ou de pygmée, en agrandissant ou en rapetissant l'idée d'homme, que nous avions antérieurement), ou bien par ressemblance (nous nous faisons l'idée d'une ville que nous ne voyons pas d'après une autre ville que nous avons vue), ou bien par combinaison (ainsi l'idée d'hippocentaure résulte de la combinaison de l'idée de l'homme avec l'idée de cheval). 11 n'y a rien de plus dans nos idées et dans les mots que nous employons pour les exprimer que ce qui nous a été donné par la perception; le langage nous rappelle les sensations que nous avons eues précédemment, rien de plus ^.