Ritter, Philosophie ancienne, X, ii, t. III, p
produire la théorie de Démocrite. Ritter cherche pour quelles raisons Epicure a adopté le système atomistique de préférence atout autre ; celles qu'il examine ne lui paraissent pas sérieuses ; nous verrons si l'on ne peut pas en concevoir de meilleures. L'originalité de Démocrite lui-même a été mise en doute : l'atomisme, nous dit-on, aurait été enseigné avant lui par des savants phéniciens antérieurs même à la guerre de Troie ^ ; il ne put ignorer leurs doctrines, soit qu'il les ait entendu exposer dans leur pays d'origine au cours de ses voyages, soit que des Phéniciens soient venus professer dans les villes d'Asie Mineure. Quoi qu'il en soit, en passant de Démocrite à Epicure, l'atomisme changea de caractère. Démocrite possédait à un degré remarquable les qualités de l'esprit scientifique : Lange, Gomperz en font un grand éloge. Nous ne pouvons pas en dire autant d'Epicure ; il n'avait aucun goût pour les études scientifiques; il ne se donna pas la peine d'étudier à fond le système de son maître; il est même probable qu'il ne le comprit pas toujours ; en tout cas, il n'attachait pas une importance
1. Sevtus Empiricus, Adv. Matth., IX, 363. — Strabon, 1. XVI, H, 29, p. 759. — M. LiARD, dans sa thèse De Democrito philosopha, ne dit rien de cette tradition ; il croit que la conception de la théorie des Atomes a été suggérée à Démocrite par les discussions des Ioniens et des Éléates.
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primordiale aux questions théoriques. Son ambition est de donner une explication aussi simple que possible de tous les phénomènes de la nature. Dans son empressement à supprimer les difficultés, il ne s'aperçoit pas qu'il en soulève d'autres encore plus inextricables, que ses prétendues explications provoquent une foule de questions auxquelles le système ne peut fournir de réponse, que parfois les assertions en faveur desquelles il se prononce contredisent ce qu'il vient d'affirmer, qu'il proclame audacieusement des principes dont la preuve est manifestement insuffisante. Ce n'est pas, à notre avis, dans le poème de Lucrèce qu'il faut étudier la physique épicurienne. L'insuffisance des enseignements du maître avait, avec le temps, éclaté à tous les yeux ; les Epicuriens avaient eu à répondre à toutes sortes d'objections et avaient donné à leurs doctrines une physionomie scientifique qu'elles n'avaient pas tout d'abord.
On s'est souvent moqué de la théorie des atomes ; ce ne serait plus possible aujourd'hui après les savantes études de M. Hannequin\ « L'atomisme,
1. A. Hannequin, L'hypothèse des atomes. — Un élève de ce professeur, M. Widerberger, a soutenu en 1899 devant la Faculté de Lyon une thèse sous ce titre : Suscipitur Epicuri defensio in physicis. Il explique que les théories épicuriennes, que l'on a souvent raillées sans se donner la peine de les étudier
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dit-il, tient au cœur même de la science... On peut encore se demander de nos jours si l'atomisme est l'hypothèse sur laquelle repose la physique tout entière ou s'il n'en serait pas plutôt le résultat, la conclusion la plus certaine, certaine de toute la certitude des autres conclusions; on ne peut plus douter en tout cas qu'il ne soit l'expression la plus haute et comme l'âme de notre science de la nature*.» Cette théorie n'est pas du domaine de la physique, quoi qu'en ait dit Epicure, car la physique se borne à étudier les phénomènes et ne nous apprend rien sur la nature de la matière ; c'est un système métaphysique, ainsi que l'a fort bien montré M. Mannequin, mais c'est un système à l'adoption duquel nous sommes nécessairement conduits par la considération des phénomènes. De plus, c'est celui qui s'accorde le mieux avec les progrès les plus récents des sciences, de sorte que de nos jours une sorte de retour se manifeste dans le sens de l'atomisme. « Dès l'origine de la science, une hypothèse a pris naissance qui fidèlement a accompagné la pensée humaine dans toutes ses
à fond, ont une sérieuse valeur et ont été reprises par quelquesuns de nos contemporains les plus illustres.
1. « L'atomisme n'est pas une simple théorie de la matière : c'est la plus large explication de la nature, la plus complète peut-être et la plus vraisemblable qui ait jamais été tentée. » Mabilleau, Histoire des doctrines atomistiques.
fluctuations, c'est l'hypothèse des atomes, qui depuis Leucippe, Démocrite, Epicure et Lucrèce, occupe une place éminente dans le domaine de la physique; loin de diminuer l'importance de son rôle, les travaux les plus récents ont assuré sa prépondérance, et pour la plupart des savants modernes elle s'impose désormais, comme une induction obligatoire^ . »
Les principes premiers des choses, dit Epicure, sont les atomes et le vide. Les atomes sont des parties de matière extrêmement petites et telles que nous ne pouvons les percevoir par aucun de nos sens ; ce qui nous en peut donner quelque idée, ce sont les corpuscules si ténus que nous voyons voltiger en nombre considérable sur un rayon de soleil qui pénètre par une fente dans une chambre obscure. Mais la raison nous en atteste l'existence que nous ne saurions mettre en doute. Epicure repousse donc toutes les théories d'après lesquelles un premier élément, l'eau, l'air ou le feu, a produit les autres par ses transformations, par raréfaction ou condensation; de même, il écarte la doctrine des quatre éléments. Quant au système des homéoméries, exposé par Anaxagore, et que Lucrèce se donne la peine de réfuter afin d'être