Aristote, Métaphysique, I, vi, 985, b
moins certaine, car sans lui le mouvement ne serait pas possible. Epicure n'admet pas que le mouvement se propage de proche en proche d'une manière continue au sein du plein : il faut toujours qu'une première parcelle se déplace et pour cela qu'elle trouve devant elle un vide où pénétrer. Quelques historiens, tels que Brucker, ont rattaché l'épicurisme à l'éléatisme, prétendant que la nouvelle école n'a fait que développer certains principes empruntés à l'ancienne ; pour nous, nous nous rangeons plutôt à l'avis de Gomperz; nous voyons dans l'épicurisme une réaction contre l'éléatisme et s'il a été inspiré par l'enseignement des théories d'Élée, ce qui n'est pas impossible, c'est en ce sens que les idées contraires suscitent quelquefois dans l'esprit humain les idées contraires. Voici en effet comment raisonnaient les Éléates : sans vide, pas de mouvement possible; or, il n'y a pas de vide, donc le mouvement n'existe pas, ce n'est qu'une apparence illusoire. Les Epicuriens de leur côté disent, partant de la même majeure : sans vide pas de mouvement possible ; or, il y a du mouvement, donc le vide existe. Au point de vue logique et scientifique, les deux raisonnements sont également critiquables, mais les conclusions sont diamétralement opposées.
Epicure donne encore d'autres preuves de
l'existence du vide : la nourriture se répand dans tout le corps des plantes et des animaux; le bruit, le froid, la chaleur se propagent à travers les corps les plus durs.
Il oublie parfois que nous ne pouvons nous faire du vide qu'une idée négative ; il s'en sert dans ses explications comme d'une idée positive.
Le vide évidemment ne saurait être perçu par les sens, puisqu'il n'a pas de qualités; c'est par l'intelligence seule qu'il est conçu. En somme, le vide, dont il affirme si catégoriquement la réalité, n'est qu'une hypothèse; rien sans doute ne vient la contredire, mais rien n'en démontre la vérité. Le vide est-il substance ou accident? Epicure n'a pas même soupçonné cette question, et aujourd'hui elle nous paraît tout à fait dépourvue de sens; mais il fut un temps où elle préoccupait beaucoup les commentateurs; Gassendi ne peut parvenir à la résoudre.
Le vide ne peut ni exercer ni subir une action; il n'oppose ni résistance ni retardement au mouvement des atomes, o'jts Trot-^cat outs TraÔeiv ^ova- Tat, àXkk y.iv'/i<7iv [xovov ^i' sauTOu toi"; GwjjLaGi Traps^ç^sTat '. Il est infini, car nous ne pouvons concevoir de bornes au delà desquelles nous n'imaginions en-
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core autre chose ; de plus, s'il avait des bornes, elles arrêteraient le mouvement des atomes, ce que nous ne devons pas admettre \ Le moment viendrait où tous les atomes, emportés par leur poids, en atteindraient le fond et ne pourraient aller plus loin. De même, si le nombre des atomes était fini, ils seraient perdus dans le vide infini, et tous les corps, graduellement appauvris par les émanations qui s'en dégagent sans cesse et s'envolent dans l'espace, cesseraient d'exister. Le vide lui-même, au sein duquel se produisent tous les mouvements, est immobile. Dans le vide, les atomes sont emportés par un mouvement éternel. Quelle est la cause du mouvement? Nous n'avons pas à nous le demander, puisque le mouvement est éternel. Cette réponse ne nous paraît pas suffisante ; en tout cas, Epicure s'en contente et n'en cherche pas d'autre; c'est là, dit M. Brochard, le grand scandale du système. A celui qui décontenançait son maître en lui demandant : « Et le chaos, d'où vint-il? » nous aurions beau jeu de poser ces questions : « Les atomes, d'où viennent-ils? d'où leur est venu le mouvement? » Car tandis qu'il aime à invoquer le principe : « Rien ne naît de rien », il avance des théories