‹ ÉpicureChapitre 54 sur 121 · DioGÈisE Laerge, X · texte numérisé non relu

DioGÈisE Laerge, X

par des êtres semblables aux animaux au milieu desquels nous sommes placés, ou bien en diffèrentils plus ou moins, ou même du tout au tout; y at-il ailleurs des hommes comme nous ou plus parfaits? nous n'en pouvons rien savoir; mais nous devons nous garder d'assigner des limites à la possibilité des choses et de croire que la réalité ne s'étend pas plus loin que le cercle étroit de notre horizon. Pour la même raison, nous devons être convaincus que ce monde, l'ordre actuel des choses n'est pas éternel, qu'il a eu un commencement, qu'il est même très récent et qu'il sera tôt ou tard détruit pour faire place à un autre. Les atomes sont perpétuellement en mouvement; par conséquent il n'est pas de combinaison, si fixe, si durable qu'elle paraisse, qui ne finisse par s'user et n'être plus capable de résister. Tous les êtres que nous voyons naître, se nourrir, grandir, doivent un jour dépérir et mourir; mais aucun des éléments dont ils sont formés n'est perdu ; ils fournissent la matière nécessaire pour de nouvelles combinaisons. Il en est de l'ensemble comme de toutes les parties : rien n'est véritablement définitif; tout ce qui existe actuellement doit périr afin de rendre possible un nouvel ordre de choses. Les mondes, comme les animaux et les plantes, durent plus ou moins longtemps : à chaque instant il en naît et il en

meurt un grand nombre. Vu l'infinité des mondes, tout ce qui semble possible existe réellement dans l'univers, en un temps et en un lieu quelconque ; il n'est pas du tout invraisemblable que dans la suite des temps un événement se reproduise identique à ce qui s'est déjà accompli ^

Cela posé, revenons à notre monde et tâchons de nous en faire une idée exacte. Tout s'explique delà même manière, par les mouvements des atomes dans le vide ; les mêmes lois rendent compte de la production de tous les corps inertes et de la génération des êtres vivants, de la corruption, de lanaissance et de la mort ; il n'y a aucune différence de nature entre les uns et les autres. Les végétaux naissent de la terre, sont engendrés par elle et en tirent leur nourriture ; il en est de même des animaux : les uns broutent les herbes, les autres mangent la chair de bêtes qui se sont engraissées en dévorant des plantes. — Mais, direz- vous, nous voyons ceux-ci naître toujours de parents qui leur ressemblent, soit directement, comme dans le cas des vivipares, soit médiatement quand ils sortent d'œufs pondus par une femelle. Epicure enseigne avec raison que les bœufs ne peuvent engendrer des chevaux, que

1. Dans un temps infini chacune des combinaisons possibles devra une fois se réaliser, plus encore, elle devra se réaliser une infinité de fois. » Nietscme.

les lions ne peuvent enfanter des cerfs timides; il insiste aussi sur la nécessité d'un milieu approprié à chaque espèce : les oiseaux ne peuvent vivre dans l'eau, les poissons dans l'air. — Sans doute, c'est bien ainsi que les choses se passent sous nos yeux, mais nous n'avons pas le droit d'affirmer qu'il en a toujours été ainsi; n'oublions pas que le temps passé est infini et que par conséquent il a dû s'y produire bien des changements. Les animaux sont sortis du sein de la terre, tout comme les plantes ; si elle n'en produit plus, c'est qu'elle est vieille et épuisée. Ne voyons-nous pas que les femelles de tous les animaux perdent la faculté d'enfanter dès qu'elles ont atteint un certain kge^ De ce que les matrices de la terre sont aujourd'hui stériles, ce n'est pas une raison de croire qu'elles l'aient toujours été. D'autant mieux que nous voyons encore bien des animaux grossiers sortir directement de terre sous l'action de la chaleur et de rhumidité ; n'est-ce pas un dernier reste d'une fécondité qui devait être tout autre lorsque la terre était jeune? Le mouvement d'atomes en nombre infini se poursuivant au cours de l'éternité doit nécessairement produire toutes les combinaisons possibles ; de ces combinaisons, plusieurs n'ont qu'une existence éphémère ; elles se heurtent à des incompatibilités, à des contradic-

IH ÉincuRE.

tions dont elles ne peuvent triompher et par lesquelles elles sont rejetées; d'autres au contraire rencontrent des conditions favorables : elles sont confirmées, fortifiées, développées dans le même sens, jusqu'à ce qu'elles arrivent à s'installer définitivement. Il ne nous vient certes pas à l'esprit de donner Épicure comme un précurseur du système de l'évolution : il n'a eu aucun pressentiment de l'idée directrice de cette théorie non plus que des influences dont l'intervention continue a déterminé le progrès des espèces; mais il a fait un bon nombre d'observations curieuses sur l'action du milieu, de la température, du régime alimentaire, sur la concurrence vitale, sur la sélection naturelle, sur la survivance des plus aptes; tous ces faits n'ont pas échappé à sa perspicacité, mais il n'a pas compris le parti qu'il en aurait pu tirer. Il y a progrès dans la nature comme dans l'humanité, et ce progrès lui aussi est le résultat de l'expérience et de nombreux tâtonnements, cdlx [A71V Û7ro>.7iTrT£Ov xal TTiv çpuctv TzoXkoL xal TravToia utto tcov auTÔv irpayfjLaTcov ^t^a^G-^vai îtal avayjcacGyivat ^ .

Nous ne saurions trop insister sur ce point, il ne peut y avoir de miracles. Un dernier trait caractéristique de la physique épicurienne, c'est.l'exclu-

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