Lucrèce, I, 305; III
Tangere enim et tangi, nisi corpus, nulla potest res... ... Quorum nil ficri sine tactu posse videmus, Nec tactum porro sine corpore...
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s'expliquent par la proportion selon laquelle sont combinés les éléments de Tâme ; ils se transmettent héréditairement des parents aux enfants non moins que les traits de la physionomie ou les germes de certaines maladies. L'âme grandit avec le corps ; elle a comme lui son enfance, son adolescence, sa maturité et souvent aussi sa période de décrépitude ; elle a besoin d'être entretenue par la nourriture, elle est appesantie ou au contraire surexcitée parles fumées du vin; elle souffre des maladies, des accidents qui affectent le corps et parfois elle y succombe. Pendant la vie, elle est répandue dans tout le corps, puisque toutes les parties en sont animées et sensibles, mais elle est surtout concentrée dans la poitrine où se manifestent les agitations causées par les passions violentes : ces passions, l'amour, la colère, la crainte, ont pour effet immédiat tantôt de redoubler les forces du corps, tantôt de les briser. A la mort, l'âme s'échappe du corps soit par le passage que lui livrent des blessures, soit parla bouche qui exhale un dernier souffle. Au moment de la mort, le corps ne perd rien de sa taille ni de son poids; gardez-vous d'en conclure que l'âme n'est pas matérielle ; mais elle est formée, nous l'avons dit, d'atomes extrêmement subtils qui ne peuvent être ni vus, ni pesés. L'âme n'est pas une harmonie résultant du bon fonctionnement de
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tous les organes, mais une partie du corps, et à la mort elle se dissout comme lui.
Nous ne pouvons, semble-t-il, nous délivrer de la crainte de la mort, car pour les autres maux nous espérons les éviter ou nous en garantir, tandis que la mort est inévitable. La crainte de la mort, qui empoisonne tous les biens de la vie, est inspirée non par la raison, mais par l'imagination : nous ne devrions pas avoir peur de la mort plus que du sommeil qui, lui aussi, interrompt nos plaisirs ' . N'oublions pas que c'est une loi absolue que tout ce qui vit doit mourir ; au point de vue de l'intelligence, la mort n'est pas un mal, puisqu'elle est dans la logique de la nature. La mort n'est qu'une apparence trompeuse : aucun des atomes qui formaient le corps ne périt ; ils se dissocient, se dispersent, mais pour entrer dans de nouvelles combinaisons qui fourniront à leur tour des matériaux à d'autres corps. Epi-
1. Lettre d'Epicure à Ménécée : « Accoutume-toi à penser que la mort n'est rien pour nous : car tout bien et tout mal réside dans le pouvoir de sentir ; mais la mort est la privation de ce pouvoir. Aussi cette connaissance droite que la mort n'est rien pour nous fait que le caractère mortel de la vie n'empêche pas la jouissance et cela non en plaçant devant nous la perspective d'un temps indéfini, mais en nous ôtant le désir de l'immortalité. — La mort n'est rien à notre égard, car ce qui est une fois dissous est incapable de sentir et ce qui ne sent point n'est rien pour nous. » Diogène Laerce, X, 125, 139.
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cure a fort bien compris cette circulation curieuse des corpuscules élémentaires, de sorte que la même matière revêt successivement les aspects les plus divers. La destinée de l'àme n'est pas autre que celle du corps. Les atomes dont elle est formée se séparent. Chacun d'eux continue de subsister, puisque rien ne s'anéantit dans la nature; mais, comme ils ne sont plus groupés de la même manière, ils ne constituent plus la même personne. Nous n'existerons pas plus après notre mort que nous n'avons existé avant notre naissance ; et comme nous savons par expérience que nous n'avons rien souffert des catastrophes de tout genre qui se sont produites autrefois, nous pouvons être sûrs qu'aucun malheur ne nous atteindra dans l'avenir. Puisque la mort n'est pas un mal au moment où elle est arrivée, elle ne peut être un mal pour l'imagination qui la prévoit : « Insensé, dit Epicure, celui qui dit qu'il craint la mort, non parce qu'une fois présente elle l'affligera, mais parce que, encore future, elle l'afflige ; car ce qui, une fois présent, n'apporte pas de trouble, ne peut affliger, étant encore à venir, que par une vaine opinion : o Tcapov oùz hoyXdj xpoc^oxcofAevov xtvwç luTcei ^ . »
Mais, dira-t-on, puisque la mort met tout à coup