DiOGÈNE Laerce, X
DE LA NATURE DE l'aME. — DE LA MORT. 133
peut répondre à ce raisonnement : « Les Epicuriens ne peuvent pas nier que la mort n'arrive pendant que l'homme est doué encore de sentiment. C'est donc une chose qui concerne l'homme et de ce que les parties séparées ne sentent plus, ils ont eu tort d'inférer que l'accident qui les sépare est insensible. »
Ne nous mettons point en peine de notre sépulture : le cadavre n'est plus doué d'aucune sensibilité; peu importe donc qu'il soit ballotté par les flots, englouti par les monstres marins, dévoré par les oiseaux et les bêtes sauvages, pourri par la pluie et le soleil, brûlé sur un bûcher de bois précieux, embaumé dans les aromates ou écrasé sous une dalle de marbre. Quant à Tâme, dès qu'elle s'en est détachée (ou plutôt qu'elle a cessé d'être), elle ne peut plus souffrir aucune incommodité du fait des accidents qui lui surviennent.
Puisque tout finit pour nous avec cette vie, nous n'avons pas à redouter une existence ultraterrestre, triste, misérable ou même cruelle^; les supplices dont parlent les poètes et les légendes populaires, ceux-là les souffrent dès ce monde qui sont en proie aux passions". Gomme on l'a fait
1. Guy AU, Séances de l'Académie des sciences morales, t. CXI, p. 350.