‹ ÉpicureChapitre 76 sur 121 · Vol. Herc.,i. VI, col · texte numérisé non relu

Vol. Herc.,i. VI, col

ment; rien ne leur manque; ils n'ont rien à désirer, ils n'éprouvent aucune des passions qui ne sont ni naturelles ni nécessaires. C'est de là que nous pouvons tirer par le raisonnement quelques indications sur leurs attributs; nous devons éliminer avec soin tout ce qui porterait atteinte à leur félicité, comme la préoccupation d'intervenir dans le cours des phénomènes du monde et de la destinée des hommes ^

Mais ici les difficultés commencent : Epicure a posé en principe que rien n'existe que de matériel, que tout ce qui est est composé d'atomes et de vide: cette loi s'applique-t-elle même aux dieux? Car dire qu'ils ne sont pas corporels, c'est admettre qu'il y a d'autres réalités que les atomes, ce que nous n'avons pas le droit de faire. Dès lors toutes les questions qui se sont posées au sujet de la nature de l'âme vont se représenter avec une nouvelle gravité : pouvons-nous croire que les dieux sont de même nature que la matière la la plus grossière? D'autre part, si tout est en mouvement dans le monde, si tous les phénomènes

1. DioGÈNE Laerce, X, 123, Lettre d'Épicure à Ménêcêe : « Conçois d'abord que Dieu est un être immortel et, bienheureux ; garde-toi donc de rien lui attribuer qui ne puisse s'accorder avec son immortalité et sa béatitude. Gela une fois hors d'atteinte, tu peux donner à ton esprit sur cet être tel essor qu'il le plaira. »

sont des mouvements, les êtres formés par la réunion temporaire, par l'heureuse rencontre de (certains atomes ne peuvent être immuables, et finissent tôt ou tard par se dissoudre. Epicure est bien forcé d'en convenir : les dieux vivent incomparablement plus longtemps que nous, mais ils ne sont pas à proprement parler immortels, il y en a toujours, mais ce ne sont plus les mêmes. Eh quoi! nous permettrons-nous de demander, est-ce un bonheur parfait que celui qui doit nécessairement finir?

Epicure n'est pas plus heureux lorsqu'il essaie de répondre à ceux qui l'accusent de matérialiser les dieux: il ne faut pas, dit-il, leur attribuer un corps, mais une sorte de corps; du sang, des os, mais une sorte de sang, d'os; ils ont besoin de nourriture, mais d'une nourriture appropriée à leur nature ; qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire? Nous songeons aux vers de La Fontaine : (( Je subtiliserais un morceau de matière, quintessence d'atome^ ». Mais ce ne sont là que des mots ; arrivons-nous à former quelque notion qui leur donne un sens?

Il semble que les dieux d'Epicure ne peuvent avoir qu'une ombre d'existence, une ombre de

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