La Foihtaine, Fables, X, i
réalité et par conséquent une ombre de bonheur. Gomme le dit spirituellement Cicéron, ce ne sont que des esquisses de dieux, deos monogrammos ; peut-être même ne sont-ce que des visions passagères, sans véritable identité, tieque eamdem ad numerum pcrmanere,.,, riec ad numerum\ Sans compter que, pour les mettre à Fabri des chocs et des accidents résultant des mouvements continus des atomes et de TefTondrement incessant des mondes, notre philosophe les loge dans les intervalles qui séparent les différents univers : « Deos... perlucidos et perfLahiles tanquant inter duos lucos sic inter duos mundos, pr opter metum ruiriarum ". » Mais où sont situés ces intermondes, que sont ces espaces vides où ne peuvent pénétrer les atomes, qui sont soustraits aux lois universelles du mouvement et d'où nous viennent cependant les impressions qui nous font connaître avec une certitude infaillible l'existence des dieux et leur félicité?
Il en faut bien convenir, la théodicée d'Epicure est d'une déplorable faiblesse ; lui qui ne tarit pas de railleries contre les croyances populaires, il avance une série de propositions à l'appui des-
1. Cicéron, De Nat. D., I, xxxvii, 105, 106. — Lachelier. Rei^ue de philologie, 1877, p. 264.