Cicéron, De Divinatione, II, xvii
quelles il n'apporte aucune preuve et toute l'école accepte comme vérités certaines des dogmes d'une puérilité stupéfiante. Les livres de Pliilodème dont on a trouvé des fragments à Herculanum nous fourniraient sur tous ces points des renseignements précieux, s'ils n'étaient pas en si fâcheux état. Tout d'abord Épicure soutient que les dieux sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le croit d'ordinaire; au nom d'une prétendue loi d'équilibre, dont il ne rend aucunement raison, il croit qu'il y a autant de dieux que d'êtres mortels. Bien que les dieux nous soient supérieurs par la taille, par la force et par toutes les autres qualités, il ne faut pas douter qu'ils ont la même forme et la même figure, car lorsqu'ils apparaissent, c'est toujours sous cet aspect ' (on aurait beau jeu à répondre que cette image que nous nous faisons de la divinité a pour point de départ les représentations que nous avons sous les yeux, qu'Epicure et ses disciples ne pouvaient se défaire de l'impression produite sur eux par les chefs-d'œuvre de l'art grec, tandis que d'autres peuples, ainsi que le remarquait déjà Xénophane de Colo-
1. CicLiiox, De nat. Z>., I, xviii : « A natura habemus omnes omnium gentium speciem nullam nisi humanam Deorum ; quîe enim alia forma occurrit unquam aut vigilanti cuiquam aut dormienti? »
phon, se représentent les dieux sous toutes sortes de figures ^monstrueuses); de plus, la forme humaine est la plus belle qui se puisse imaginer, enfin c'est la seule qui soit accommodée à l'exercice de la raison et à la jouissance des plaisirs de l'esprit.
Une fois engagé danslavoie de cet anthropomorphisme enfantin, Epicurene s'arrête plus. Les dieux sont de sexe différent : n'en résultera-t-il pas qu'ils s'aimeront, qu'ils seront enproie aux passions, qu'ils seront torturés par elles et souvent mis aux prises ? Qu'ils contracteront des unions et auront des enfants? Qu'ils seront sujets aux infirmités de l'adolescence et de la vieillesse ? Ce n'est pas tout : ils ne dorment pas , car le sommeil est une sorte de mort, et des êtres qui ne font rien n'ont pas besoin de repos ; ils prennent, nous l'avons dit, des aliments ; ils ont des demeures ; dans leurs entretiens (car ces êtres bienheureux connaissent le charme d'une vie sociale analogue à l'amitié épicurienne), ils parlent grec ou une langue toute voisine, car il n'en est pas de plus parfaite. Épicure ne paraît pas s'être mis en peine de découvrir des explications allégoriques de la mythologie populaire ; les interprétations que donne Lucrèce^ sont postérieures. En dépit de ces