‹ ÉpicureChapitre 79 sur 121 · Lucrèce, II, 598, 655.— III, 97G · texte numérisé non relu

Lucrèce, II, 598, 655.— III, 97G

contradictions, nous ne pouvons accepter le jugement de Lange, d'après lequel notre philosophe attribue aux dieux une existence non réelle, mais idéale : « Il est indubitable, dit-il * , qu'en réalité Epicure honorait la croyance aux dieux comme un élément de l'idéal humain, mais qu'il ne voyait pas dans les dieux eux-mêmes des êtres extérieurs . Le système d'Epicure resterait pour nous enveloppé de contradictions, si on ne l'envisageait au point de vue de ce respect subjectif pour les dieux qui met notre

âme dans un accord harmonique avec elle-même

Peu lui importait que cette perfection se montrât dans leurs actes extérieurs ou qu'elle se déployât simplement comme idéal dans nos pensées. » Il y a là un raffinement dont Epicure nous paraît incapable.

Il semble que, puisque les dieux ne s'occupent pas de nous, nous n'avons pas non plus à nous occuper d'eux ; rien en apparence de plus logique que cette conclusion sur laquelle Gicéron revient continuellement ; et cependant Epicure avait écrit non seulement un livre sur les dieux (xspl Ôswv), mais un autre sur la piété {izefi eùcsêeia;). C'est là une des parties les plus intéressantes et, à notre avis, les plus belles de son système. Nous n'avons

1. Lange, Histoire du matérialisme, trad. franc,, t. I, p. 93.

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pas de maux à redouter de la colère des dieux, pas de bien à espérer de leur faveur, nous ne saurions songer à les apaiser ou à les concilier par des sacrifices, des offrandes ou des prières; mais nous concevons que ce sont des êtres immortels, très sages et très heureux; la pensée de ces perfections ne peut nous laisser indifférents ; elle nous remplit de respect et de vénération ; nous nous devons à nous-mêmes de témoigner notre admiration pour cette grandeur qui s'élève si haut au-dessus de la nôtre ^propter majestatem eximiam singularenique naturam \ Peut-être remarquera- t-on encore à ce propos qu'Epicure se contredit lui-même en reconnaissant qu'une action est bonne quoiqu'elle ne doive nous procurer aucun avantage. Voilà ce que n'ont pas compris les anciens qui ne concevaient pas l'idée d'une autre piété que celle qui cherche à détourner de notre tête le plus de maux possible et à nous attirer des biens ; voilà ce que n'ont pas vu non plus tous ceux des commentateurs chrétiens, dont la dévotion n'est pas dégagée de préoccupations intéressées. D'autres au contraire croient, comme Gassendi", que la véritable piété

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