‹ ÉpicureChapitre 8 sur 121 · Cicéron, De finibus, I, viii · texte numérisé non relu

Cicéron, De finibus, I, viii

vraiment scientifique. Ce tableau de la physique épicurienne peut être considéré comme exact, car un des traits les plus curieux de l'école c'est l'attachement immuable des disciples aux doctrines formulées par le maître ; les termes dans lesquels Lucrèce exprime son enthousiasme pour Epicure ne laissent pas soupçonner qu'il se soit permis d'en altérer les enseignements. Il nous semble cependant qu'il en avait quelque peu modifié sinon le sens, du moins la forme. Deux siècles s'étaient écouléspendant lesquels les Epicuriens avaient été vivement attaqués surtout par les Stoïciens et les Académiciens; pour leur répondre, ils ne s'étaient pas bornés à répéter toujours les mêmes affirmations ; il leur avait fallu donner des preuves, entreprendre des démonstrations dont Epicure ne s'était pas mis en peine et qui changeaient le caractère primitif du système. De plus Lucrèce est un Romain, contemporain de Sylla et des proscriptions; il écrit pour des Romains : son ton, surtout quand il parle de la peur de la mort, de la crainte des dieux, des maux causés parla superstition, est tout autre que celui d'un Athénien de l'époque deDémétrius de Phalère ; c'est ce qu'a fort bien expliqué M. Martha dans son livre sur le poème de Lucrèce. Nous nous servirons donc de ce poème, mais avec précaution : Lucrèce nous fournit souvent l'exprès-

sion la plus claire, la plus heureuse, la forme définitive de la pensée de son maître, mais d'autres fois il parle en son nom personnel.

Au xvip siècle, Gassendi entreprit une curieuse restauration de la philosophie épicurienne qu'il voulait rétablir sur les ruines de l'aristotélisme et au nom de laquelle il combattait le cartésianisme naissant. Il s'applique d'une part à réfuter les légendes que l'on a répandues dans le public, les accusations de toutes sortes que l'on a accumulées contre l'école épicurienne, d'autre part à donner une exposition aussi claire que possible de toutes les parties de la doctrine. Cette tentative ne pouvait être couronnée de succès. La physique épicurienne, empruntée à Démocrite, n'était manifestement pas à la hauteur de la science et ne donnait aucune explication plausible des phénomènes découverts par les savants modernes. Tantôt Gassendi, emporté par l'ardeur de laver son maître de toutes les calomnies semées contre lui, se laisse aller à des affirmations téméraires et perd même de vue des vérités solidement établies; tantôt, ne voulant pas être soupçonné de soutenir des propositions contraires à la religion chrétienne (et l'on sait qu'il ne réussit pas à se soustraire aux accusations de ses adversaires), il s'arrête longuement à réfuter les principes posés

par Épicure ^ . Enfin il lui arrive souvent de commettre de grosses erreurs : « Gassendi, dit M. Usener, comprenait bien la théorie d'Epicure, mais il savait mai le grec. »

Nous ne ferons pas comme lui : nous n'entreprendrons pas l'apologie d'Epicure, non plus que nous ne nous proposerons d'instruire une fois encore son procès : nous chercherons à discerner ce qu'il a été, à dégager sa physionomie réelle ; nous nous appliquerons à le remettre à sa place dans l'histoire, à reconnaître les influences qu'il a subies, à comprendre l'action puissante qu'il a exercée sur ses contemporains et qu'il a continué d'avoir sur les siècles suivants. Nous n'étudierons pas l'histoire de l'Epicurisme dans les temps anciens et modernes, mais nous essaierons de surprendre le secret de l'immortalité de cette doctrine.

1. Gassendi, Syntagma, édit. de Lyon 1658, t. III, p. 13 : « Quod hoc loco dicitur... refutatur » ; — p. 12 : « Quod Épicurus hoc capite... peccavit, refutatur copiose »; — p. 16 : « Quod potuit Epicurus intelligere... refutatum est in sectione la» ; — p. 30 : « Impietas haec tota oppugnataest lib. IV, cap. VI, sect. la » ; — p. 31 : « Quid hic improbandum, quidque tolerandum deducitur Ethîc. lib. III, cap. iv»;— p. 52 : « Tota hujus loci impietas repressa est refutataque quum diximus esse animas hominum immortales » ; — p. 57 : « Quod hoc rursus loco adversus Providentiam attingitur ad indicatam sœpiuscule refutationem est référendum » ; — p. 83 : « Quœ impietas hic reperitur refutata fuse habetur. »

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