‹ ÉpicureChapitre 98 sur 121 · DiOGÈNE Laerce, X · texte numérisé non relu

DiOGÈNE Laerce, X

vengeances, de crimes contre la reconnaissance et même contre la piété filiale, d'attentats soit contre les particuliers, soit contre les princes et les lois de la cité? Non seulement chaque passion trouble le calme de notre vie et nous précipite dans des agitations sans fin, mais les passions entrent en lutte les unes contre les autres et se livrent des combats furieux. Tout comme les individus, elles ruinent les familles et les nations ; ce sont elles qui causent les discordes, les séditions, les guerres.

Est-il rien de plus insensé que l'amour de la gloire à laquelle tant d'hommes sacrifient tous les autres biens et même leur vie ? On admire communément ceux que la carrière des armes enflamme d'une passion ardente ; mais qu'est-ce que la gloire à laquelle ils peuvent parvenir (et que souvent ils n'obtiennent pas) en comparaison des dangers auxquels ils sont exposés sans cesse, la faim, la soif, le froid, le chaud, les blessures, l'esclavage? Que nous importe ce que pensent de nous des hommes à qui nous n'aurons jamais affaire? Quel bien est-ce pour nous de laisser un nom impérissable, puisque nous devons périr nous-mêmes et n'avoir plus aucun sentiment? Il y a cependant une véritable gloire qui consiste dans l'estime et la reconnaissance de nos contemporains

et de la postérité; nous ne pouvons l'acquérir que par la sagesse et la vertu ; ceux-là seuls en auront une part dont les sages auront fait l'éloge. Épicure écrivait à Idoménée, ministre du tyran de Lampsaque : « Si la gloire est votre mobile, mes lettres vous en donneront plus que ces grandeurs que vous encensez et qu'on encense en vous. » Et n'a-t-il pas dit vrai? qui connaîtrait Idoménée si son nom ne s'était rencontré dans les lettres d'Épicure^ ?

Quant au second groupe, il le faut surveiller attentivement : sans doute il est raisonnable de jouir des biens que nous possédons, de profiter des occasions qui s'offrent à nous de goûter quelque plaisir, mais il faut bien prendre garde de nous laisser asservir; il ne faut faire aucun effort pénible pour nous procurer ce dont nous pouvons nous passer ; c'est à cette condition que nous ne souffrirons pas si nous en sommes privés; il ne faut pas laisser naître en nous de nouveaux besoins.

Parmi les inclinations naturelles et non nécessaires Epicure range l'amour, la passion des femmes, l'appétit de la reproduction. C'est un instinct naturel, puisque nous l'observons chez

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