Defrasse et Lechat
Daufresne
A8 réservoir. Les malades en usaient pour se purifier et les jours de pèlerinage, ils se pressaient autour d’elle « comme des abeilles à l'entrée d'une ruche ou des mouches au bord d'une jatte de lait» (Aélius Aristide).
Le temple s'élevait à une petite distance à l’ouest du tholos. C'était une construction rectangulaire, posée sur un soubassement à trois étages d’où s’élevaient trente colonnes d’ordre dorique ornées de vingt cannelures. Les murs étaient en pierre poreuse revêtue de stuc, le toit en bois et la corniche en marbre décorée de couleurs bleues et rouges. Des statues en marbre du pentélique décoraient les frontons orientés à l’est et à l’ouest: l’un représentait le combat des Amazones, l’autre le combat des Centaures. Des Néréides à cheval, des Victoires ailées formaient probablement les acrotères du temple.
On y accédait par une rampe douce. Les murs latéraux, prolongés en avant, formaient au-devant de la porte principale, un petit vestibule ou prodomos que décoraient deux colonnes. |
La porte principale était un bel ouvrage de marquette- | rie, composé d'ivoire et de bois poli, rehaussés de clous d’or et d’appenñdices en bronze doré.
Des plaques de calcaire noir et blanc formaient le dallage intérieur. Le plafond en bois de cyprès était richement orné, avec des enluminures aux tons de bleu et de rouge qui se mêlaient au brillant des ors. Des fresques, des ex-voto, des tableaux décoraient les murs, Au fond du temple s’élevait majestueuse la statue chryséléphantine du dieu. |
« La statue du dieu est moitié plus petite que le Zeus
Olympien d'Athènes: elle est en ivoire et or; une inscription avertit qu’elle est l'œuvre de Thrasymèdes, fils d’Arignatos de Paros. Le dieu est assis sur un trône : il tient d'une main un béton et pose l'autre main sur la téte d'un Serpent ; un chienest couché près de lui. Sur lé trône sont représentés des exploits de héros argiens: Bellérophon aux prises avec la Chimère, Persée coupant la tête de la Méduse. » (Pausanias.) MM. Defrasse et Lechat supposent
que le trône était de marbre blanc, les parties nues de la
Fi. 4, — Plan du temple d’Asclépios (d’après A. Defrasse et H.Lechat).
statue en ivoire, la barbe, les ‘cheveux et la draperie en or. Le chien, couché aux pieds d’Asclépios, et le serpent devaient être en bronze.
La richesse de la statue ne tarda pas à éveiller les convoitises et Cicéron rapporte qu’un tyran de Syracuse, Denys le Jeune, au cours d’une expédition qu’il entreprit sur les côtes du Péloponèse, ravit la barbe d’or du dieu, estimant qu’il était indécent qu'un fils osât porter de la barbe, quand son père Apollon n’en avait pas.
« Non loin du temple d’Asclépios est l'endroit où dor-
ment ceux qui sont venus supplier le dieu. » (Pausanias.)
C'était un édifice formé de deux portiques à colonnes d’ordre ionique, long de 75 mètres et large de 9 m. 75, Placés bout à bout en face du temple, ils s’étendaient de l’est à l’ouest. La façade était décorée de seize colonnes ioniques ; suivant l’axe longitudinal de l'édifice, sept colonnes supportaient Le faitage du toit à double versant ; au nord et sur les côtés un mur plein protégeait les malades contre les vents froids et les dérobait aux yeux des curieux.
Le portique le plus rapproché du temple n’avait qu’un étage et semble remonter au 1v° ou au ure siècle. Le second comptait deux étages et date de l’époque romaine.
Tel était Le dortoir des malades ou abaton, avec ses murs et ses colonnes de tuf où étaient attachés des ex-voto, des tableaux, des stèles. Des bancs devaient être disposés de place en place pour les patients qui venaient se reposer avant la nuit sacrée où ils attendaient, sur des couvertures ou des lits de feuillage, la venue du dieu guérisseur.
Si Asclépios était par excellence le dieu d’Épidaure, on y sacrifiait néanmoins à d’autres divinités : à Apollon Maléatas, père d'Esculape, à Épioné, sa femme, à Hygieia, sa fille, à Machaon, son fils, à Artémis, qui avaient des temples disséminés dans le Hiéron.
Aux grandes fêtes, avec les pèlerins, accourait une énorme foule de curieux attirés par les représentations dramatiques jouées au théâtre, par les concours musicaux et les jeux du stade, « fout en terre battue, suivant l'usage grec » (1).
1, Pausanias.
Le sanctuaire atteignit toute sa splendeur au v° et au iv° siècle avant Jésus-Christ. Sa renommée se répandit sur toute la Grèce. Athènes édifia un asclépieion sur le versant méridional de l'Acropole. Rome, au début du mr° siècle avant Jésus-Christ, envoya à Épidaure une ambassade chargée de ramener le dieu sous la figure d’un serpent sacré.
Les prêtres recevaient alors de bons revenus. On cite une cure merveilleuse qu'Esculape aurait fait payer environ 60.000 francs. Tout cet argent était employé à bâtir les monuments et les édifices qui attiraient à Epidaure les pélerins et les curieux.
Mais la richesse du sanctuaire éveillala cupidité. IL fut une première fois dévasté par des pirates Ciliciens. En 87 avant Jésus-Christ, Scylla les imita. Les déprédations furent de peu d'importance et des jours heureux brillèrent encore pour Le sanctuaire d’Asclépios. Un riche sénateur romain, qui fut plus tard l’empereur Antonin, restaura les temples dévastés et embellit Le Hiéron d’édifices nouveaux : le bain d’Esculape, un temple des dieux nomple des dieux nommés Épidôtes, un temple d’Hygie, un autre d'Esculape et d’Apollon nommés Égyptiens.
La Grèce ne connaissait point les raffinements d’humanité que le christianisme à fait naître. Les prèêtres-médecins excluaient de l’enceinte sacrée les moribonds et les femmes en couches. Antonin fit élever pour eux des édifices spéciaux en dehors des limites du sanctuaire.
C’est alors que Pausanias visita Épidaure. Il vit la vallée du Hiéron en pleine prospérité, à peu près comme
elle devait rester jusqu’à la fin du paganisme. Le triom-
phe du christianisme annonça le déclin. Les statues furent détruites, les monuments dévastés et ‘une population inconnue s'installa dans les édifices dont les débris servirent à bâtir de misérables cabanes, La nature vint achever l’œuvre de démolition et ruina par un tremblement de terre tout ce qui restait de l’antique splendeur du sanctuaire d’Esculape. À M. Cawadias revient le mérite
de lui avoir redonné le jour!
Fie. 5. — Les Médecins Scythes.
(Vase trouvé dans la haute vallée de l'Obi).