‹ Epidaure: Les Prêtres - Les GuérisonsChapitre 11 sur 35 · LE CULTE D’ESCULAPE · texte numérisé non relu

LE CULTE D’ESCULAPE

Légendes d'Asclépios. Fêtes de l’asclépieion d'Épidaure. Personnel du sanctuaire.Attributs d’Asclépios;animaux sacrés ; chiens et serpent : leur rôle médical et reli-

gieux. Mystères du culte.

La légende d’Asclépios n’est point aussi riche que celle des grandes divinités de l’Olympe. Certains témoignages lui contestent mêine la qualité de Dieu et Le considèrent comme un héros. Mais à Épidaure, la divinité du Dieu

guérisseur était indiscutéc et une stèle, trouvée dans les

fouilles, contient un péan qui renferme le dogme officiel

du culte tel qu’il était célébré dans la vallée du Hiéron. Il est l’œuvre d’Isyllos qui célébra avec une rare médio-

crité Asclépios et Apollon, son père.

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« La Muse Eratô fat, dit-on, par Zeus son père donnée à Malos pour épouse en justes noces.

Et Phlégqyas, qui habitait Épidaure sa patrie, épousa la fille de Malos, celle qu'Eratô

Not er it avait enfantée et qui avait nom Cléophéma.

Et de Phlégyas naquit une fille, qui eut nom Aigla et en surnom, pour sa beauté, fut appelée Coronis. Le dieu à l'arc d’or, Phœbos, dès qu’il eut vu dans la maison de Malos cette vierge en fleur, la cueillit.: désirable était la couche où lu montas, 6 Fils de Létô, dieu à la chevelure d'or ! | Je te vénère. Dans le Témenos parfumé, Aigla enfanta; des douleurs de l’enfantement elle fut délivrée par le fils de Zeus, aidé des Parques et de Lachésis, l’augquste accou-

- [cheuse ; Da nom de sa mère Aigla, Penfant fut nommé

Asclépios par Apollon, — Asclépios, le guérisseur des malades,

le dispensateur de la santé,immense présent fait aux mortels ! »

Cette légende n’est point partout acceptée. Toutes les villes qui possédaient un asclépieion avaient une raison particulière de vénérer Esculape et pratiquaient chacune un culte spécial dont l'étude ne serait pas d’un grand intérêt. Nous citerons cependant la légende d’Asclépios telle que la raconte Hésiode. Elte ne manque pas d’une certaine beauté :

Coronis était le nom de la mère d’Esculape : « Elle était fille de Phlégias, de la race des Lapithas. Apollon la vit, et tout de suite s’unit d'amour avec elle. Elle portait encore dans son sein le fruit de l'amour divin, quand arriva le jour où elle devait suivre l’époux que lui avait choisi son père : c'était Ischys, fils d’Élatos, un mortel semblable à un dieu. Et Coronis, oubliant l'amour d’Apollon, S'apprétait a suivre son époux mortel ; déjà commen-

gaient les chants de l’hyménée et les danses. Alors, pendant

4 mo

le repas sacré, un corbeau partit en messager vers La divine Pythô, et Phœæbos, le dieu à la chevelure flottante, apprit de lui le forfait, à savoir qu'Ischys, fils d’'Élatos, avait épousé Coronis, la fille du divin Phlégyas. Le cha grin du dieu fut violent,-et le corbeau tout le premier en éprouva les effets. C'avait été jusque-là un oiseau blanc : en raison du message de malheur qu’il avait apporté, Apollon lui imposa pour toujours, à lui et à toute sà race, la couleur du malheur et du deuil. Puis il quitta Delphes et rapide comme la pensée, il fut dans la vallée qu'habitait Phlégyas, auprès du lac Boebias. Artémis, sa sœur, qu'il avait appelée, était à ses côtés pour seconder sa vengeance. La première flèche d’Apollon perça Ischys, et la première flèche d'Artémis perça Coronis. Ensuite, beaucoup d'autres périrent avec eux car le dieu était grandement courroucé. Mais quand le cadavre de l’infortunée Coronis fut déposé sur le bûcher, Apollon ne voulut pas que son enfant périt ainsi avant même d’être né. Il lenleva du sein de la mère morte et le porta à Chiron,le plus juste des centaures qui habitaient le mont Pélion. Le petit Asclépios grandit auprès de Chiron, qui lui enseigna les propriétés bien faisantes des plantes et les remèdes pour les maladies et Part de quérir les blessures. Asclépios devint extrémement habile dans cet art ; tous les malades et les blessés venaient à lui et il les quérissait; même, il ressuscitait les morts, C’est pourquoi Zeus trrité le frappa de sa foudre et l’envoya chez Hadès. Alors, Apollon qui siège à Delphes sentit de nouveau une douleur amère, quand il apprit la mort de son fils ; et, à son tour, il tua les

odieux cyclopes qui avaient forgé la foudre de Zeus. Le

père des hommes et des dieux lui et fait payer cher son audace et l'aurait précipité dans le Tartare, si Léto ne lavait supplié en faveur de son fils bien-aimé : il se contenta donc de l’exiler du ciel pour une année. Apollon descendit parma les mortels et qarda les troupeaux du roi Admmète, qui habitait à Phères, près du lac Baebias. »

A l'origine, le culte d’Esculape, né en Thessalie, se confondit avec celui de son père Apollon. On comprend ainsi que dans la vallée du Hiéron, les Épidauriens aient élevé un temple à Apollon, dit Maléatas, auprès de celui du dieu guérisseur. L’étymologie même du mot Asclépios se déduit aisément ; il est formé de deux autres mots : ayàn qui signifie l’éclat lumineux du dieu solaire, et ‘pmornc la douceur de la santé revenue après les tourments de la maladie.

Aucune inscription, aucun texte ne permettent de rien, préciser des cérémonies et des actes religieux qu’on célébràit dans les temples. On sait seulement que tous les cinq ans (tous Les quatre ans suivant notre mode de compter) avaient lieu les plus grandes fêtes du sanctuaire, ra peyahx /Aocxkarie. Une foule énorme de pèlerins se pressaient alors dans l’enceinte sacrée. Des curieux venaient de la Grèce entière attirés par les jeux du stade, Les concours musicaux ou les représentations qui se jouaient au théâtre. Une multitude de marchands ambulants devaient se placer aux alentours du temple, vendeurs d’ex-voto, de tableaux, de statuettes en terre cuite, d'inscriptions votives.

Au mois de Boëdromion (août, septembre), on célébrait

les Epidauria, en souvenir de l'initiation du dieu méde-

ein aux mystères d’Eleusis. La légende rapporte qu’Esculape était venu à Athènes vers le soir prendre part aux mystères de Démeter et de Coré. Durant ces fêtes de Longues processions parcouraient le sanctuaire. Des jeunes femmes, Canéphores et Arréphores, s’avançaient lentement jusqu'au temple d’Asclépios, en portant des corbeilles sacrées et les statues de Démeter et de Coré.

L’administration du sanctuaire était confiée à des prétres sous l’autorité de la Gouàn de la ville d’Épidaure. Ils étaient en même temps ministres du culte, guérisseurs, administrateurs et caissiers. Au-dessous d’eux venaient les Pyrophores qui entretenaient Le feu sacré. Les Nacores étaient les serviteurs du temple.

Les prêtres d’Esculape, pratiques et bien ordonnés, ont laissé des inventaires qui contiennent d’utiles documents, dont la découverte est d’un grand intérêt pour aider à la restauration d’Épidaure. On y mentionne l’adjudication du temple sacré, faite aux enchères publiques, le prix de revient des différents édifices, le nom des architectes, une multitude d’offrandes, d'inscriptions et d’ex-voto. Parmi Le personnel des temples énuméré dans le détail, on trouve signalée la présence d’animaux sacrés, chiens et serpents dont le rôle nous paraït intéresser directement la médecine.

Pausanias rapporte qu'après sa naissance, Asclépios fut exposé sur le mont Murgion. Une chèvre venait chaque jour Le nourrir de son lait, tandis que le chien d’un troupeau du voisinage le gardait avec vigilance. Cest ainsi que la mythologie explique la présence d’un chien cou-

ché aux pieds de la statue du dieu qui pose la main sur la

CN. LE tête d’un serpent. M. Panofka émit l'hypothèse que la piété populaire considérait le serpent et le chien comme des incarnations d’Esculape. Il serait possible de croire que la mythologie primitive ait eu Pidée d’un Esculapechien en même temps que celle d’un. Esculape-serpent.

À propos des stèles peintes découvertes à Citium (Chypre), M. Halévy avait pensé que les chiens (ou Kélabim), mentionnés dans les pièces de comptabilité, étaient attachés à la garde des temples.

Depuis la découverte des deux stèles de l’asclepieion d'Épidaure, ces deux opinions sont devenues insoutenables. Les chiens avaient un rôle que les croyances populaires, encore répandues de notre temps, suffit à mettre en évidence.

La première stèle renferme l'observation suivante : « Thyson d'Hermione, enfant aveugle». « Comme il était tout éveillé, un des chiens attachés au temple lui soigna les yeux (en les léchant) et il sortit quéri. »

La seconde stèle contient une observation aussi probante:« Un chien quérit un enfant d'Égine ». « Cet enfant, affligé d’une tumeur au cou,se rendit auprès du dieu ; un des chiens sacrés lécha la partie malade et la quérit. »

Les anciens, comme beaucoup de gens à notre époque, croyaient que les chiens avaient le pressentiment des épidémies, qu’ils savaient reconnaître la salubrité de l’air et des puits, qu’ils trouvaient eux-mêmes, lorsqu'ils étaient malades, les plantes susceptibles de les guérir. On trouve de pareille® affirmations dans Élien et Timothée de Gaza. « Quand'une peste est imminente, les chiens, les bœufs,

les porcs, les chèvres et les serpents la pressentent par

instinct. » (Elien.) Plutarque affirme que les chiens savent distinguer les Grecs des barbares.

Dans tous les pays, les premiers guérisseurs appliquent Les lèvres sur les parties malades, sucent et crachent ensuite la « cause de la maladie ». Dans l’J/iade (IV, 218), une plaie est ainsi traitée en la suçant (ecmuzeo). On trouve la même pratique chez les premiers médecins du Brésil et du Paraguay.

Cette méthode subsiste encore chez les sauvages, qui la compliquent souvent de supercheries. Les suceurs dissimulent, dans leur bouche, des insectes, des vers, un os (Australie), un paquet de cheveux (dans le cas d’enflure des jambes chez l’Eskimau)... qu’ils crachent. quelque temps après en montrant au patient la cause de son mal (Californie, Abipones, Guyane française).

Le médecin arabe Rhazès écrivait au 1x° siècle: « Tantôt ulyen aura qui se vanteront de pouvoir quérir l'épilepsie et qui feront pour cela une ouverture au derrière de la tête, en forme de croix; puis ils prétendent avoir tiré de la plaie quelque chose qu'ils avaient tenu caché jusque-là dans leur main. D'autres vous diront qu’ils peuvent tirer des serpents et des lézards du nez de leurs malades, et ils feront semblant d’en venir à bout en mettant dans les narines la pointe d’un instrument de fer qu'ils tournent jusqu’à blesser exprès cette partie et en tirer du sang; puis ils montreront une espèce de petit animal artificiel qu’ils

ont fait eux-mêmes auparavant avec de la substance de foie, etc.

« D’autres vous tireront, disent-ils, des grenouilles que vous avez dessous la langue ; ils font une incision dans

30e cet endroit, y fourrent un de ces animaux encore fort petit et l'en tirent ensuite fort aisément. Que dirais-je de plus? Il n'y a pas jusqu'à des os que ces charlaians ne fourrent dans les plaies et dans les ulcères; et puis, après les y avoir laissés quelque temps, ils les en retirent enfin comme s'ils étaient venus là d'eux-mêmes. »

De nos jours, en Chine, on guérit l’eczéma du. cuir chevelu en le faisant lécher par un chien. Les mêmes pratiques sont encore usitées à la campagne. Les paysans savent qu'il ne faut point empêcher un chien de lécher ses plaies. Il guérit ainsi beaucoup plus vite que si on l’empêchait.

Dans la parabole du mauvais riche, des chiens lèchent les ulcères du pauvre Lazare. Rappelons le vieux pro-

verbe français :

Langue de chien Sert de médecin.

On a comparé, le chien d’Esculape au chien de saint Roch. La légende du saint suffit à prouver qu’ils n’ont . rien de commun. Saint Roch revenait de Rome où il avait : soigné les pestiférés et regagnait la Lombardie. Atteint du mal, il dut s’arrêter à Plaisance et se retira dans un bois. Là, le chien d’un seigneur du voisinage lui apportait chaque jour un pain qu’il dérobaiït chez son maître. Aussi, sur les statues, le chien est représenté près de saint Roch, un pain dans la gueule.

Saint Roch n’espérait la guérison des pestiférés que du Dieu qu’il adorait, les prêtres d’Esculape étaient plus sceptiques. Ils aidaient la divinité dans la tâche difficile

ol de guérir et les chiens étaient pour eux des auxiliaires utiles. En léchant Les plaies, ils les lavaient, Les drainaient et les assainissaient. De nos jours les médecins désinfectent les plaies avec une brosse légère soigneusement aseptisée. Le procédé paraît nouveau et pourtant la méthode est la même !

On découvre sur les statues d’Asclépios d’autres symboles en grand nombre. Pausanias raconte qu’à Corinthe, à Mégalopolis et à Ladon, Esculape tenait à la main une pomme de pin. D’autres fois, on voit près du dieu un coq, une tête de bélier, un vautour ou un hibou. Mais parmi tous les emblèmes qui entourent la divinité, la première place revient au serpent. Il est par excellence Le symbole du culte d’Esculape. Il l'emporta sur tous les autres et remplaca le chien qui manquait de dignité religieuse. Considéré par les Grecs comme un animal lubrique et impur, il fut chassé des enceintes sacrées, sans qu’on eût égard aux utiles services qu’il rendait.

Le culte du serpent paraît avoir pris naissance en Égypte et en Chaldée. Il existait chez les Hébreux et le fameux serpent d’airain de Moïse était un talisman con-

tre la morsure des reptiles (1).

1. Le serpent jouait un grand rôle dans la pratique des mystères d’une secte gnostique du n° siècle, les ophites (de ophis serpent). Ils admettaient un principe primordial, lumière primitive ou homme primitif. La connaissance ou Ennoïa en émana et devint le deuxième principe, le fils de l’homme. Celui-ci engendra l’Esprit-Saint ou Sophia qui renfermait tous les germes de la vie et était considéré comme la première femme.

Ravis par sa beauté, les deux premiers principes s’unirent avec

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Les croyances les plus diverses ont pris naissance au sujet des serpents. L'origine du culte dont ils ont été l’objet reconnaît sans doute pour cause la crainte qu’inspirait la puissance pernicieuse de leur venin. Dans la mythologie grecque, le serpent caractérise la nature mal-

faisante des monstres : des serpents étaient enlacés dans

elle et procréèrent une puissance mâle et parfaite, le Christ céleste, et une puissance féminine et imparfaite, Achamoth. Celui-ci,en prenant un corps matériel, devint le Jaldaboath, qui créa l’homme et lui communiqua le souffle divin. Mais il ne tarda pas à s’effrayer de son propre ouvrage, car l’homme le surpassait en intelligence et l’abandonnait pour adorer le Tout-Puissant- Pour l'empêcher de prier Dieu, Jaldaboath créa un être plein de malice, de haine et d’envie, Satan, l’'Esprit-serpent.

Le Dieu suprême envoya sur la terre le Christ qui s’unit au corps de Jésus, afin d’abolir par son intermédiaire le culte et l’empire de Jaldabaoth. (Les ophites dirigeaient toutes leurs attaques contre les Juifs.) Celui-ci fit mettre à mort Jésus. Mais la rédemption n’en fut pas moins accomplie.

Peu à peu le Christ attire à lui toutes les âmes épuisées par le christianisme et à la longue Jaldabaoth n’aura plus de lumière divine.

Les ophites entretenaient des serpents vivants qu’ils faisaient sortir de leur retraite pour accomplir des cérémonies mystiques. Suivant Origène, ils rendaient un culte à une figure symbolique nommée diagramme, qui représentait à la fois, le royaume céleste, celui des puissances terrestres et celui des ténèbres. Un serpent, se mordant la queue (sous le nom de Léviathan, qui était écrit le long de l’anneau et au centre de l’image) enfermait le tout, pour indiquer que l’âme universelle ou Sophia soutient et pénètre tout l’univers. Le serpent était le symbole de l’âme universelle.

Les Bouddbhistes représentaient sous la forme d’un serpent le germe de la vie.

les cheveux de la méduse. Les furies qui poursuivaient Oreste et qui régnaient dans le sombre séjour étaient armées de serpents,

Vivant sous la terre ou dissimulé dans des grottes et sous les rochers, Le serpent paraissait un être mystérieux et subtil, ayant des attaches intimes avec les divinités infernales ou chtoniennes. Il devint, dans l’imagination des croyants, l’acolyte des divinités qui savent l'avenir. Il savait les sciences secrètes et les remèdes cachés qui délivrent de toutes les maladies.

Le serpent était en outre l'emblème de la jeunesse, de la santé, de la vigueur qu’il recouvre chaque année en changeant de peau et les anciens croyaient que son corps renfermait plusieurs remèdes utiles (Pline).

Quand Les Épidauriens voulaient fonder un temple nouveau, ils emportaient avec eux des serpents sacrés. Au ur siècle, les Romains envoyèrent une ambassade à Épidaure, chargée de ramener Esculape sous la forme d’un serpent.

Il est probable que les prêtres dressaient les reptiles à différentes supercheries susceptibles de tromper la foi des malades. L’enchantement des serpents était d’ailleurs une pratique très répandue dans l’antiquité. Elle consistait à enlever aux reptiles leurs qualités venimeuses. Les Psylles, d'Afrique, y excellaient. Les serpents enchantés occupaient un rôle important dans les mystères d’Éleusis (Strabon), et dans le culte originaire de Bacchus. Les naïfs pèlerins d’Épidaure devaient les considérer comme des êtres surnaturels, possédant un génie prophétique.. Les nombreux replis que forme leur corps en se déroulant

Daufresne 3

ST pe

produisaient sur les fidèles la même impression d’effroi et de séduction qu’ils inspirent de nos jours aux peuplades de la côte de Guinée qui l’adorent sous forme de fétiche.

D’après Aristophane et les observations trouvées sur les stèles d’Épidaure, le serpent aurait eu aussi un rôle médical actif, Comme le chien il suçait les plaies.

« Un homme fut quéri d’un mal au doigt par le serpent. Cet homme souffrait beaucoup d'une plaie cruelle (ulcère) à un orteil, Les serviteurs du temple le portèrent dehors et le firent asseoir sur un siège : le sommeil l'ayant pris, un serpent sortit du dortoir et quérit son orteil avec sa lanque; puis il se retira dans le dortoir. L'homme s'étant réveillé et se trouvant quéri, dit qu'il avait eu un songe et qu'un beau jeune homme avait paru appliquer un remède sur son orteil » (1x stèle).

La présence dans la vallée du Hiéron d’une espèce par: ticulière de reptiles n’est peut-être pas étrangère au rôle important qu’eurent les serpents dans le culte d’Esculape. C’étaient, suivant Chandler (1), des serpents plus jaunes (2) qu’ils ne le sont ordinairement, absolument inoffensifs et consacrés à Asclépios.

Carion (Plutus, d'Aristophane) raconte à sa maîtresse comment survint la guérison de Plutus.

Carion..…: puis le dieu siffla, et deux énormes serpents

s’élancèrent du sanctuaire.

1. Voyages dans Asie Mineure et en Grè èce en 1764-1766. 2. Coluber constrictor (Linné),

Ils se glissèrent doucement sous le voile de pourpre, léchèrent à ce que je crois les paupières du malade, et, en moins de temps qu'il ne l’en faut, maîtresse, pour vider dix verres de vin, Plutus se relève ; il voyait...

Comme tous les cultes de la Grèce, celui d’Esculape possédait des mystères que seuls connaissaient les initiés. A Épidaure il y avait une société religieuse d’Asclépiades. On a sur eux peu de documents car ils ne confiaient point à des profanes les secrets de leur science. IL en était de même du culte de Bacchus et de celui de Déméter et Coré. Les pratiques mystérieuses de ces associations nous sont aussi cachées que les pratiques mystiques des congrégations modernes. Nous en parlerons toutefois dans un chapitre suivant en traitant de la folie mystique d’Aelius Aristides. |

Fig. 6. — Achille pansant Patrocle.

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