LES EX-VOTO
Caractères de l’offrande. Statues. Tableaux. Bas-reliefs. Objets divers. Animaux.Plantes.Instruments de chirurgie et recettes dédiés à Asclépios.Ex-voto représentant
- des membres ou des organes guéris. Le mauvais œil. Hymnes votifs. Les deux stèles découvertes par M. Ca-
wadias en 14883. Ex-voto dans les Églises modernes.
Les Grecs n’ont point connu l’humble prière chrétienne, élévation de l’âme résignée et pécheresse vers l’unique Dieu de justice et de bonté. Leur imagination divinisait les forces de la nature et donnait aux dieux les passions et les souffrances, la colère et la jalousie des mortels, Les divinités du paganisme ne se contentaient point de trôner sur les cimes éthérées de l’Olympe, elles descendaient sur la terre et se mêlaient aux actions des hommes qui s’efforçaient de les rendre favorables par des sacrifices et des offrandes.
Dans la prière antique, il y a toujours une menace de ne point rendre à la divinité l’honneur qu’on lui a promis, si elle reste sourde à la demande adressée. Quand un mortel implorait un dieu en vue d'obtenir quelque bien-
Mn, De
fait, 1l faisait avec lui un pacte, une espèce de marché.Il lui donnait une ‘offrande et lui en promettait une autre quand la faveur serait accordée. D’où deux sortes d’offrande : l’offrande propitiatoire et l’offrande expiatoire. De nos jours on retrouve encore cette coutume dans les campagnes. Nous lavons observée en Normandie : « donnant, donnant », disent les paysans en parlant des saints dont ils s’efforcent d'obtenir un avantage. Si l’offrande propitiatoire est devenue une pièce de monnaie, l’offrande expiatoire ne diffère guère de celle de l'antiquité. Que les religions changent ou disparaissent le peuple conserve ses superstitions.
Les dieux n’exigeaient point qu’on leur donne en présent tout le bien qu’ils avaient fait. Ils n’en désiraient qu’une partie, mais la première qui avait été accordée. Quiconque remportait une victoire, gagnait au jeu, triomphait aux concours musicaux ou dramatiques et aux gymnases, devait aux dieux les prémices de ses nouvelles richesses. Mais parfois un pareil hommage eût été difficile à rendre. On consacrait alors à la divinité un eéx-voto, rappelant la grâce obtenue, en marbre, en pierre ou en terre cuite, avec une inscription placée au bas de l’image. Les pèlerins d’Épidaure laissaient ainsi dans le sanctuaire de nombreuses offrandes votives dont l’'énumération nous a été heureusement conservée dans Les pièces de comptabilité des prêtres.
Parmi les innombrables offrandes que recevait Asclépios, les statues étaient les plus importantes. Comme le Hiéron était un des sanctuaires les plus réputés et les plus
fréquentés de la Grèce, les riches y rivalisaient de vanité
en érigeant des statues à leurs parents et à leurs bienfaiteurs. D'ailleurs, les Épidauriens ne négligeaient point de flatter les pèlerins et les visiteurs. Ils honorèrent de . statues un grand nombre de personnages : un comédien Aioundns ‘Aünvodwocu d'Athènes, un historien Philippe de Pergame,un grand nombre de Romains: Tibère, Claude, Adrien, Marc-Aurèle, Septime Sévère, Caracalla, etc... .
Mais la plupart des statues devaient figurer des mala-
F1G. 7. — Eudamidas, fils de Perdiccas (Revue archéologique, 1844-1849).
des guéris. Une inscription de Milo fait allusion à un mari et à un fils qui ont consacré l’un: la statue de sa face, l’autre celle de sa mère, à Asclépios et à Hygieia. Dans la Revue Archéologique (1844-4845, p. 458), Adrien | de Longperier donne la description d’une statuette qui appartient à la collection du vicomte de Jessaint. Elle est en bronze jauni recouvert d’une belle patine brune, les yeux sont d’argent et l’exécution est remarquable d’exac-
titude. La statuette figure un adolescent dont le tronc,
l'abdomen. et les bras sont à découvert. Les saillies osseuses des côtes et de la clavicule décèlent chez l’auteur une connaissance réelle du squelette. Les jambes sont recouvertes d’une draperie sur laquelle est une inscription: Eudamidas, fils de Perdiccas, qui aurait dédié à Esculape ou à Apollon cette statuette après avoir obtenu guérison. Adrien de Longperier pense qu'il s’agit d’un tuberculeux. Le D' Félix Regnault donne une autre interprétation : « Cette statuette rend fort bien Pextréme décharnement physique qu'entratne un jeûne prolongé. On peut la comparer à ces dessins d’anorexies hystériques qu'ont su vulgariser Charcot et son école.»
Mais la main droite, en flexion complète, rappelle l’aspect d’une paralysie radiale. L'hypothèse de cachexie saturnine nous paraît en conséquence plus vraisemblable.
Les pèlerins moins fortunés consacraient à Asclépios des peintures murales, des tableaux ou des bas-reliefs, figurant des scènes religieuses ou historiques, l’image des dieux ou des portraits d'hommes. L’Aoyxokoyrn (1839, n. 286) a publié un bas-relief dédié à Esculape par le malade guéri et figuré sur l’offrande. Le patient est étendu sur une couche,‘un médecin assis près de lui; un personnage de haute taille, le torse nu, sans doute Asclépios, se tient debout au chevet du malade; de l’autre côté apparaissent deux suppliants.
MM. Defrasse et Lechat donnent la description d’un autre bas-relief votif qui représente Asclépios assis sur un trône, la poitrine nue, les jambes couvertes d’une draperie. Il pose la main gauche sur le bras du fauteuil
et tient un sceptre de la main droite. Une jeune femme
re de qui paraît être [ygieia s’avance vers le Dieu. À la gauche s’envole une Victoire dont on aperçoit qu’une aile et un fragment de draperie. Une autre femme se tient debout derrière Asclépios, un petit flacon dans la main droite. Les inventaires mentionnent un très grand nombre d'instruments très divers dont le dénombrement nous
éloignerait de notre sujet particulier. Nous ne citerons que
les ex-voto d’ordre médical. Des étrilles, des xystres,
Fic. 8. — Lièvre votif. FrG. 9. — Grenouille votive,.
espèces de brosses rudes, devaient servir à masser Les baigneurs. Des instruments de musique, lyres, flûtes, étaient d’un usage fréquent dans les fêtes et devaient servir au traitement de certaines affections nerveuses. Les prêtres recommandaient d'assister aux spectacles plaisants,d’écouter la musique et les chants mélodieux. Une tête de pavot trouvée en ex-voto semble indiquer qu’on se servait de l'opium dans les asclépieia. Le D' Brunon fait d’ailleurs remarquer que le pavot était connu dès la plus haute antiquité et que les anciens devaient l’administrer en le mélangeant au vin comme véhicule. Le fameux népenthès (1) n’est sans doute qu’une solution alcoolique d’opium.
1. Le mot népenthès signifie : qui-dissipe le chagrin, la douleur physique. Il vient de la particule v1, préfixe négatif, et