‹ Epidaure: Les Prêtres - Les GuérisonsChapitre 17 sur 35 · Première stèle, 5° observation · texte numérisé non relu

Première stèle, 5° observation

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deau de Pandaros et lui ordonna de l'enlever quand il serait hors du sanctuaire. En se regardant dans Peau, il vit sur son visage non seulement les taches qu’il portait déjà, mais encore celles de Pandaros.

Esculape n’exigeait pas seulement une foi sincère et une âme pure, les malades devaient encore subir la purification physique. Elle consistait en bains d’eau simple ou d’eau de mer, avec frictions, onctions et fumigations. Les prêtres assuraïent ainsi la propreté du sanctuaire et évitaient les épidémies. D’aussi sages mesures ne seraient pas toujours superflues dans nos grands pèlerinages !

Les purifications accomplies, les malades se soumettaient à des jeünes prolongés, qu’ils ne pouvaient éviter sous peine d’être éloignés du sanctuaire et jugés indignes d’Asclépios, Un jeune Assyrien, dans le sanctuaire d’Aèges, fut longtemps négligé par le dieu, parce qu'il ne cessait de boire et de faire bonne chère (Philostrate).

Strabon rapporte que les malades devaient jeûner durant plusieurs jours avant d’entrer dans l’antre de Coronis. A Pergame, il fallait s’abstenir de vin, afin que cette liqueur ne souille point l’éther de l’âme (Philostrate). Les suppliants qui venaient à Oropos n’accomplissaient les sacrifices qu'après trois jours d’abstinence de vin et un jour de jeûne. Galien fait mention de malades qui restèrent quinze jours sans prendre de nourriture. On retrouve la même pratique dans les Chéronia où l’on rendait les oracles, à Nyna, à l’oracle d’Amphiaraüs. Les [ndiens jeûnaient également pour obtenir des songes prophétiques.

Les jeûnes débilitaient l’organisme et contribuaient à

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développer un état mental propice au sommeil et à l’apparition d’hallucinations et de songes. Dans toutes les religions on recommande aux fidèles de longues périodes de jeùnes. Au moyen âge, dans les neuvaines où se manifestaient tant de visions et d’apparitions, les fidèles restaient parfois plusieurs semaines sans prendre de nourriture,

De nos jours, les médecins prescrivent aux malades de rester à jeun avant de tenter la cure hypnotique. Les prêtres d’Esculape devaient en outre connaître les heureux effets de l’abstinence sur ceux qui abusent du vin et de la bonne chère. Le jeune Assyrien dont parle Philostrate en est un exemple ; Apollonius de Tyane n’obtint sa guérison auprès d’Asclépios que parce qu’il se soumit à un jeûne salutaire.

Avant d’aller dormir sous le portique, les malades visitaient le sanctuaire. De longues processions défilaient sous la conduite des prêtres qui psalmodiaient les hymnes et les chants sacrés que la foule répétait. De place en place le cortège s’arrêtait pour admirer des statues de malades dont les prêtres racontaient la guérison. Les pèlerins voyaient accrochés de toutes parts les nombreux ex-voto, les inscriptions rappelant des miracles ou des remèdes nouveaux et la foule émerveillée se rendait au temple d’Asclépios pour accomplir les sacrifices.

Alors commençait l’office du soir. Les malades et les fidèles se pressaient aux pieds de la statue d’or et d'ivoire, les uns debout, la tête couverte d’un long manteau blanc qui descendait jusqu'aux pieds, la main droite tendue, Les autres prosternés, le front et les lèvres sur le sol. Les

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prêtres entonnaient de nouveau les chants sacrés, tandis que sur les autels brillait la flamme des sacrifices qui consommait la chair des victimes ou les «gdteaur de fine [leur de farine >» (Aristophane). Les plus riches offraient un bœuf, une brebis, un coq, les pauvres n’apportaient que quelques gâteaux, un peu d'huile ou de vin, une pincée d’encens. Puis les prières terminées, le public s’écoulait hors du sanctuaire et les malades allaient s'installer dans Pabaton. Ils s’étendaient sur la peau des animaux sacrifiés, sur des couvertures ou des jonchées de feuillage. Les prêtres éteignaient les torches, ordonnaient le silence et recommandaient de dormir. Les rêves ne devaient point tarder à apparaître sur de pareils malades, débilités par les jeûnes, exténués de fatigue, l’esprit exalté par les prières, les chants, la foi religieuse et l’enthousiasme qu’engendrent les foules. Par les pratiques religieuses de l’incubation, les prêtres savaient donner aux pèlerins une confiance absolue au traitement qu’Asclépios allait prescrire. Les médecins ont toujours recherché le même but et l’on dit que ceux qui y réussissent ont beaucoup de savoir-faire et possèdent l’art de guérir.

Dans une de ses comédies, Aristophane nous a laissé le plus précieux document que nous possédions sur les actes religieux qui précédaient l'apparition des songes. Aristophane vivait à l’époque où florissait Le culte d’Esculape. La sottise et le ridicule des pèlerins, les supercheries des prêtres lui furent une bonne matière à raillerie, à traits fins et spirituels. Plutus est une allégorie sur l’injuste et inégale répartition des -richesses parmi les

hommes ; Plutus est aveugle et répand ses dons au ha-

ne sard. Pour lui faire recouvrer la vue, l’honnête Chrémyle le conduit au temple d’Esculape qui le guérit. L’esclave Carion fait à sa maîtresse Le récit de la miraculeuse guérison (1).

Chrémyle. — Carion, prends à ia maison les couvertures et tout ce que j'ai préparé ; conduisons le dieu au

temple, en observant tous les rites.

Carion. — Arrivés près du temple, avec notre maître, alors si-infortuné, maintenant au comble de la félicité, de la béatitude, nous le menons d’abord à la mer pour l’y purifier. :

La Femme. — Ah ! le singulier bonheur pour un vieillard que de se ‘baigner dans l’eau froide de la mer !

Carion. — Nous nous rendons ensuite au temple du dieu. Une fois les galettes et les différentes offrandes-consacrées sur l’autel,et le gâteau de fleur de farine livré au dévorant Vulcain, nous faisons coucher Plutus, suivant l'usage, et chacun de nous se fait un lit avec des feuilles.

La Femme. — Y avait-il d’autres gens venus pour implorer le dieu ?

Carion. — Oui; d’abord Néoclide, qui est aveugle, mais vole bien mieux que les clairvoyants, puis beaucoup d’autres personnes atteintes de maladies de toute sorte. On éteint les lumières, et Le prêtre vous engage à dormir,

en nous recommandant de garder le silence.

1. Plutus fut représenté pour la première fois en 460, et remis

à la scène en 390,

Nous vo ilà donc tous bien tranquillement couchés. Moi, je ne pouvais dormir : j'étais préoccupé d’une certaine marmite pleine de bouillie posée tout près d’une vieille, juste derrière sa tête. J’avais un furieux désir de me glisser de ce côté. Mais voilà qu’en levant la tête, j'aperçois. le prêtre qui raflait sur la table sacrée et les gâteaux et les figues ; puis il fait le tour des autels et sanctifie les gâteaux qui restaient, en les enfournant dans un sac. Je résolus donc d’imiter un aussi pieux exemple et j’allai droit à la bouillie.

La Femme. — Misérable, tu ne redoutais pas le dieu !

Carion. — Si vraiment ! Je craignais que le dieu, couronne en tête, ne fût avant moi auprès de la marmite : « Tel prêtre, tel dieu, » me disais-je. Au bruit que je fis, la vieille avança la main ; alors je sifflai et la mordit comme eût pu faire un serpent sacré. Vite elle retire la main, s'enfonce dans le lit, la tête sous les couvertures, et ne bouge plus ; mais de peur elle lâche un vent plus âcre que ceux d’une belette. Moi j'engloutis une grosse part de bouillie, et, bien repu, je vais me recoucher.

L’incubation n’est pas spéciale au culte d’Esculape ; on la retrouve à peu près identique dans le culte de Sérapis, d’Isis et des diverses divinités médicales de l’antiquité. Elle persista dans les premiers temps du christianisme, jusqu’au moyen âge et de nos jours encore les pèlerinages de Tinos ne sont pas sans présenter quelque analogie avec ceux d’Épidaure,

Lorsque Alexandre fut atteint de la maladie dont il devait mourir, ses amis vinrent en suppliants vers la

déesse Isis.

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« Ceux qui vont consulter en songe la déesse Isis, écrit Diodore de Sicile (1), recouvrent la santé contre toute attente. Plusieurs dont la guérison était regardée par les médecins comme désespérée, à cause de la difficulté du traitement de la maladie, ont été sauvés de la sorte, et d'autres qui élaient privés tout à fait de l'usage de la vue ou de quelque autre partie du corps, en se réfugiant, pour ainsi chre, dans les bras de la déesse, furent rendus à la jouissance de leurs facultés. »

L'empereur Constantin avait consacré à l’archange Michel deux églises, appelées Michaélions, qu’il fit édifier, l’une à Anaplous, sur la rive gauche du Bosphore, l’autre au promontoire Proæthæ, sur Pemplacement d’anciens temples païens. Suivant la tradition, les Argonautes auraient construit un de ces temples et lui auraient donné le nom de Sosthénion. Sur un avertissement qui lui fut donné en songe, Constantin le transforma en église dédiée à Saint-Michel.

Les deux Michaélions ne tardèrent pas à devenir le théâtre habituel des apparitions de l’archange, qui rem-. plaça les anciens dieux médecins : Apollon, Esculape, Sérapis. |

« L'église la plus célèbre et la plus fréquentée, tant par les gens du pays que par les étrangers, est celle qui est bälie à l'endroit nommé Hestiæ (2) : on l'appelle maintenant Michaëélion ; elle est à droite de ceux qui vont à la

ville par le Pont-Euxin ; 1 n'y à que trente-cinq stades

. Hestiæ était situé près d’Anoplous (G. Codin, De HAUTE NE Constantinop., édit. Bekher, p. 8).

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par mer, mas \ y en a plus de soixante-dix par terre, quand on côtoie le golfe. Elle est ainsi nommée parce que l'on croit que l'archange Michel y est apparu. Je puis rendre témoignage des bienfaits que j'ai reçus par son intercession, et la vérité de ce que j'en assure sera confirmée par l'expérience de plusieurs personnes qui, ayant eu recours à Dieu dans leur maladie et leurs disgräces, ont senti du soulagement. Je serais trop long si je voulais rapporter en détail ces quérisons miraculeuses, mais je ne puis omettre celle d’Aquilin, célèbre avocat, avec qui je suis tous les jours au barreau (1).Je dirai donc ce que j'ai vu et ce que j'en ai appris de lui-même. Ayant été attaqué d'une fièvre violente qui procédait de l'excès de la bile, il prit une médecine. A peine l'eüt-il prise qu’il la rejeta, et l'effort qu'il fit dans ce vomissement répandit de telle sorte sa bile, que sa peau en demeura loute teinte ; une gardait plus depuis lors de nourriture et les médecins désespéraient de sa quérison. Étant comme à demimort, il ordonna à ses domestiques de le porter à l’église, dans l'espérance ou d'y quérir ou d'y mourir. Quand ul y fut, Dieu lui apparut durant la nuit et lui commanda de prendre un breuvage composé de miel, de vin et de poivre. Il en fut quéri, bien que les médecins jugeassent celte potion trop chaude pour une maladie procédant de la bile. J'ai appris que Probien, médecin de la cour, fut aussi quéri au Machaélion, par une vision extraordinaire,

des douleurs qu'il éprouvait aux pieds. Il s'était fait chré-

1. Cette anecdote est rapportée dans la- Légende dorée de Jacques de Voragine, C, OXV, p. 646, sq., ad. Græsse.

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tien et approuvait toutes les maximes de notre religion, hormis qu'il trouvait étrange que les hommes eussent été sauvés par la croix. Lorsque ce doute agitait son esprit il eut une vision dans laquelle lui apparut la croix placée sur l'autel de l'église, et où il lur fut déclaré que depuis que cet instrument avait été consacré par les souffrances du Sauveur, il ne se ferait plus rien sans elle, par le ministère des anges ou des hommes, soit pour le bien commun de l’église, soit pour l'utilité particulière de chaque fidèle. N'ayant pu raconter tous les miracles opérés dans cette éqhse, j'ai choisi ceux-ci entre les autres (1). >

A Egès, en Cilicie, le culte d’Esculape, adoré sous les noms de Soter (sauveur) et d’Iatros (médecin), fut remplacé par le culte de saint Côme et de saint Damien, qui auraient, suivant la tradition, souffert le martyre sous le règne de Dioclétien. L'incubation y était pratiquée comme à Épidaure. Une nuit, les deux saints s’étaient montrés en songe à l'empereur et l'avaient guéri d’une affection jugée incurable. Dès lors, les malades accoururent en foule au sanctuaire où les saints apparaissaient fréquemment en rêve pour faire des miracles ou révéler desremèdes salutaires.

Saint Gyr et saint Jean prirent de même en Égypte la placede Sérapis et accomplirent de semblables guérisons,.

Les neuvaines qu’on célébrait au moyen âge dans les églises rappellent l’incubation que les pèlerins devaient subir dans les asclépieia. Comme au temps du paganisme on allait dormir dans les sanctuaires afin d'obtenir des guérisons nuraculeuses ou des grâces particulières.

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