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DIVINATION PAR LES SONGES. HALLUCINATIONS MYSTICISME

Cest une erreur assez coutumière que de concevoir le : polythéisme païen comme une création artificielle du génie grec sans rapport avec aucune autre religion, i//usion apollinienne d’un peuple toujours épris des séductions de l’art et de la poésie, où n’est ouverte aucune perspective mystérieuse. Une telle fiction n’aurait point satisfait le besoin religieux, essentiellement mystique, élan de l’âme vers le surnaturel.

Le paganisme, comme toutes les religions, avait des . mystères que connaissait seulement un petit nombre d’initiés. Les dieux n'étaient point de pures abstractions mais des conseillers bienveillants dont les hommes pouvaient connaître la pensée. Par l'initiation, l’homme pouvait ajouter à son intelligence une faculté nouvelle et divine qui lui permettait de comprendre l'inconnaissable. Cette lumière mystérieuse était Ja mantique ou divination, formant l'essence même de la religion antique, comme le mysticisme constitue l'essence du christianisme et de toute

religion.

La mantique se manifestait par des signes extérieurs ou par une illumination intérieure. La première manière, purement objective et artificielle, consistait dans l’interprétation des signes extérieurs comme le vol des oiseaux, l’examen des entrailles ou du feu; dans la seconde, l'âme se laissait passivement diriger par l’inspiration divine. A l’aide de la divination les dieux révélaient l’avenir, donnaient des conseils dans les situations difficiles. Dans les asclépieia, la divination se faisait par les songes. Esculape apparaissait en rêve et donnait le remède à suivre. Les prêtres interprétaient les prescriptions du dieu et en déduisaient des indications sur le diagnostic, le pronostic et le traitement. Telle était loniromantique ou divination par les songes. ( :

L'office du soir terminé dans le temple d’Asclépios les malades allaient dormir dans l’abaton. Sous l'éclat intermittent des lampes suspendues au plafond ou aux colonnes de tuf, le spectacle devait être bien pittoresque de tous les pèlerins venus des diverses parties de la Grèce avec des costumes différents. Peu à peu se faisait Le silence, les prêtres ordonnaient le recueillement et recommandaient de dormir.

Les visions fugitives et étranges qui se présentent à nos veux, lorsque le sommeil nous gagne, ne devaient point. tarder à apparaître aux malades dont le cerveau était surexcité par les pratiques de l’incubation. Ces rêves ont été

décrits sous le nom d’hallucinations hypnagogiques. Ils se présentent de préférence aux personnes nerveuses ou épuisées par, de longues fatigues. En général, ils rappel-

lent les images qui ont frappé la vue à l’état de veille,

prose

les pensées et les réflexions qui nous ont été suggérées. Les hallucinations des patients devaient reproduire les merveilles dont les prêtres avaient frappé leur imagination. Ainsi s’expliquent bon nombre d’apparitions d’Asclépios, d’Hygieia, d'Épioné.

Souvent il semblait aux malades, en proie à des songes lubriques, qu’ils avaient été tourmentés durant leur som. meil par un esprit surnaturel. La même croyance était encore très répandue au moyen âge ; des dormeurs, revenus à eux-mêmes, se figuraient avoir été lutinés par des démons, succubes ou incubes (1), dont ils avaient subi les embrassements impurs. La seconde stèle, découverte à Épidaure, rapporte qu'Andromède de Céos, endormie dans l’abaton, vit en songe un serpent qui rampait sur son ventre ; à la suite de quoi elle eut cinq enfants. A Nicasiboula de Méthana, qui voulait avoir un enfant, Asclépios apparut en songe et apporta près d’elle un serpent. Il lui semblait « qu’elle était avec le serpent» et dans l’année elle eut deux garçons.

II n’était point nécessaire aux malades de songer euxmêmes ; ils pouvaient déléguer les prêtres qui transmettaient leur demande à Asclépios. Après une nuit d’incubation, ils donnaient la réponse du dieu et la traduisaient en conseils médicaux. Pausanias et Strabon rapportent qu'on pouvait envoyer un parent rêver à sa place. Il y avait même des songeurs attitrés. Mais, dit Arténndore, « ceux

qui font métier d'avoir des songes, prescrivaient souvent

1. On donnait le nom de succube au diable qui s’unissait char nellement à l’homme, celui d’incube au démon qui semblait vous étouffer du poids de son corps.

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