‹ Epidaure: Les Prêtres - Les GuérisonsChapitre 21 sur 35 · AT · texte numérisé non relu

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non point ce qu'ils avaient vu réellement, mais bien ce qu'ils feignaient d'avoir vu. » Aussi les malades préféraient-ils songer eux-mêmes ? Ils observaient leur rêve et en notaient les détails, ce qui constituait l’oniroscopie.Ensuite ils rapportaient aux prêtres exégètes cequ’ils avaient rêvé ; ceux-ci en faisaient la critique (ou onirocritique) et formulaient les prescriptions salutaires.

« Les ordonnances des dieux sont toujours simples et sans énigme ; les dieux appellent les onquents, les emplätres, les comestibles et les boissons des mêmes noms que nous, ou bien, lorsqu'il faut deviner, ils ont soin d'étre clairs. Ainsi une femme qui avait un phlegmon au sein réva qu’un mouton la tétait. Elle fut quérie par un cataplasme d'arnoglose (langue d’agneau).Lorsque vous tombez sur un traitement, que vous l’ayez expliqué vous-mêmes ou que vous enentendiez parler après coup,vous trouverez toujours, en y regardant de près, qu’il contient des choses par /faitement médicales et qui ne sortent pas de la doctrine suivie en médecine. Ainsi Fronton le goutteux, ayant demandé une recette, réva qu'il se promenait dans les faubourgs. Il se frotta de propolis (1) et fut soulagé.» (Artémidore.)

Les rêves n'avaient point tous une égale importance; les prêtres savaient distinguer les songes ordinaires des songes vrais et révélés. Ces derniers seuls méritaient d’être retenus : ils consistaient en l’apparition mystérieuse du dieu qui pouvait immédiatement guérir les malades

par sa seule volonté. De pareilles guérisons ne sont point

1. Le Propolis est une matière résineuse avec laquelle les abeilles ferment l’entrée des ruches (Artémidore).

impossibles, surtout dans les cas de maladies nerveuses. Par une impression profonde et soudaine, sous l’empire de la foi, il est indéniable que des cures se produisent qui semblent des miracles. Comme Asclépios, Isis et Sérapis, les saints du christianisme et la vierge de Lourdes, et même les médecins habiles guérisseurs peuvent en sus citer de semblables (1).

Toutefois Esculape prescrivait le plus souvent un régime approprié, des remèdes, ou conseillait des manœuvres chirurgicales qu’appliquaient les prêtres. Cette thérapeutique active sera le sujet du chapitre suivant. Sans compter que cette méthode ne laissait aux prêtres que le rôle secondaire d’exégètes, il n’est pas douteux qu’elle devait réserver de graves mécomptes. Le traitement révélé au hasard des songes pouvait n’être qu’une fantasmagorie niaise ou stupide qui aurait compromis la bonne réputation des asclépieia. Les prêtres parèrent le danger en imaginant une autre méthode vraiment médicale. Ils apparaissaient eux-mêmes aux malades, sous le déguisement d’Asclépios, accompagnés de personnages représentant soit le petit Télesphore, soit la divine épouse d’Asclépios, Épione, ou sa fille, Hygieia. Ils approchaient du patient, le palpaient et lui adressaient la parole. Ces visites avaient lieu aux premières heures du jour, au moment où l’esprit est plongé dans une vagu> somaolence. Les malades croyaient voir Asclépios lui-même et leur vision confuse leur semblait être un songe révélé.

« Lorsque les songes, envoyés par le dieu, sont dissipés,

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