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Ce sont des guérisons engendrées par l'émotion

ES yen dit Jamblique, nous entendons une voix entre-coupée qui nous enseigne ce que nous devons faire. Souvent cette voix frappe nos oreilles dans un état intermédiaire entre le sommeil et la veille. Quelques malades sont enveloppés d'un esprit immatériel, que leurs yeux ne peuvent apercevowr, mais qui tombe sous un autre sens. Il n’est pas rare qu'u se répande une clarté douce et resplendissante qui oblige de tenir les yeux à demi fermés. Ce sont là

positivement les songes divins envoyés dans l’état mitoyen

entre la veille et le sommeil. » —« Les interprétes des songes, dit Philostrate, ne veulent interpréter les visions que’ quand elles onteu lieu le matin.» —<«On avait surtout foi aux songes qui survenaient le matin. » (Quintilius.)

Iln’est point de document plus précieux à ce sujet que la scène de Plutus où Aristophane raille les prêtres qui revêtent le déguisement du dieu.

La Femme. — Et le dieu ne venait pas ?

Carion. — Il ne tarda guère, et quand il fut près de nous, oh ! la bonne farce ! mon ventre tout ballonné lança un pet des plus sonores.

La Femme. — Le dieu sans doute fit la grimace ?

Carion. — Non, mais laso qui l’accompagnait rougit un peu, et Panacée se détourna en se bouchant le nez, car mes pets ne sentent pas la rose,

La Femme. — Et le dieu ?

Carion. — Il n’y fit pas la moindre attention.

La Femme. — C’est donc un dieu bien grossier ?

Carion. — Je ne dis pas cela, mais il a l’habitude de déguster les excréments.

La Femme. — Impudent, va |!

Rs

Carion. — Alors je me cachai dans mon lit, tout tremblant ; Esculape fit Le tour des malades, et les ‘examina tous avec beaucoup d'attention ; puis un esclave déposa auprès de [ui un mortier en pierre, un pilon et une petite boîte (1).

La Femme. — En pierre ?

Carion. — Non, pasen pierre.

La Femme.— Mais comment voyais-ta tout cela, triple coquin, puisque tu te cachais, dis-tu? ,

Carion.— À travers mon manteau qui ne manque pas de trous, grands dieux ! Il prépara d’abord un onguent pour Néoclide ; il mit dans le mortier trois têtes d’ail de Ténos, les écrasa en y mêlant du suc de figuier et de lentisque ; il arrosa le tout avec du vinaigre de Sphette, et, retournant les paupières du'patient, il lui appliqua sa drogue à l’intérieur des yeux, afin que la douleur fût plus cuisante. Néoclide crie, hurle, saute à bas du lit, veut s’enfuir ; mais le dieu lui dit en riant : « Reste là avecton on-

.guent ; ainsi, tu n’iras paste parjurer devant l’assemblée.»

La Femme. — Quel dieu sage et ami de notre cité !

Carion. — Il vint ensuite s’asseoir au chevet de Plutus, lui tâta d’abord la tête, prit un linge bien propre et

lui essuya les paupières ; Panacée lui couvrit d’un voile de pourpre la tête et tout le visage ; puis le dieu siffla et deux énormes serpents s’élancèrent du sanctuaire.

La Femme. — Grands dieux !

Carion. — Ils se glissèrent doucement sous le voile de

ourpre, léchèrent, à ce que je crois, les paupières du pourpre, ) que J

- 1. Attirail de pharmacien.

Daufresne ; 6

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malade, et, en moins de temps qu'il ne ven faut, maitresse, pour vider dix verres de vin, Plutus se relève ; il voyait. De joie, je bats des mains, j'éveille mon maitre ; aussitôt le dieu disparaît dans le sanctuaire avec les serpents. Quant à ceux qui étaient couchés auprès des

Plutus,juge s’ilsl’embrassaient tendrement ; le jour parut

sans qu'aucun d’eux eût fermé l’œil. Moi, je ne me las-

sais pas de remercier le dieu qui avait si vite rendu Plutus clairvoyant, et plus aveugle que jamais.

Si ridicules que paraissent les supercheries des prêtres, elles n’en sont pas moins d’un grand intérêt au point de vue médical. En simulant l'apparition du dieu les prêtres rendaient inébranlable la foi des pèlerins, et leurs suggestions, faites au réveil, moment où la lucidité de Pesprit est encore obtuse, devaient produire un merveilleux effet thérapeutique. Les médecins hypnotiseurs ne pratiquent point la suggestion d’une façon très différente. Ils amènent le malade à un état psychique mitoyen entre la veille et le sommeil, état subconscient, où la suggestion devient, en certaines circonstances, un moyen presque infaillible de guérir.

Les prêtres s’efforçaient d’ailleurs de bouleverser de toutes les manières la pauvre âme des pèlerins ; ils n’hésitaient point à user de trucs ingénieux qui devaient ressembler à ceux qu’Albertde Rochas a dévoilés, d’après’ les Philosophoumenoï, écrit anti-religieux, attribué à Origène,

Les croyants arrivaient devant une chapelle dont les portes étaient fermées; elles devaient s’ouvrir toutes seules, sans que les prêtres interviennent, dès que serait

allumé le feu sacré. Un réservoir était chauffé et soigneu-

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