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de lois. Drapé dans une élégante robe de pourpre toute frangée d’or, les doigts étincelants de pierreries, les joues chargées de fard, les cheveux couronnés de rubis et de lauriers, ce Don Quichotte de l’éloquence, monté sur une scène de théâtre, lançait de terribles attaques contre Isocrate ou Démosthène qu’il prétendait surpasser. Plus de quatre siècles après la mort de l’auteur des Philippiques, il le prit à partie dans un discours sur le maintien de la loi Leptine. Mais c’était un exercice dangereux pour le goût et la raison.
Si sotte que nous paraisse l’éloquence d’Aelius Aristide, elle n’en fut pas moins très goûtée de son temps. Il faisait école, des disciples nombreux se pressaient autour de lui et l’empereur Marc-Aurèle daignait l’entendre. Dans un siècle de décadence, il fut le plus illustre représentant de l’ancienne culture hellénique dont il gardait la tradition. Les sophistes ne devaient point différer beaucoup de ceux de nos poètes qui ont mérité le nom°de décadents. Comme eux ils savaient faire avec des mots de la musique ou de la peinture. À chaque voyelle, ils découvraient une couleur spéciale, à chaque vocable un sens autre que la signification ordinaire. On s'efforce de comprendre les pages étranges qu'écrivént ces auteurs et l’on se demande s'ils s'entendent eux-mêmes : mais on est vite persuadé qu’on perd son temps à les lire.
Il est difficile de suivre l’évolution de La maladie d’Aristide à travers les récits confus et ampoulés des discours sacrés. Elle débute par un refroidissement survenu au moment où il faisait les préparatifs d'un voyage en Italie. IL
voulut néanmoins partir, passa l’Hellespont où il souf-
frit d’une oreille, traversa la Thrace et la Macédoine et arriva à Rome où sa santé parut d’abord améliorée. Mais il fut bientôt pris de douleurs d’entrailles, de frissons, de fièvre et il fallut songer à regagner l’Asie.
Il repartit par la mer Tyrrhénienne, la mer Adriatique, la mer Égée et endura une affreuse tempête au milieu de matelots grossiers. Il manquait de vivres et quand il débarqua à Milet, il était dans un état de faiblesse extrême. Il se rendit aussitôt à Smyrne et consulta des médecins qui l’envoyèrent faire une cure d’eaux thermales aux environs de Clazomène.Mais le traitement resta infructueux et il décida d’aller implorer Asclépios dans le sanctuaire de Pergame.
Au cours d’une cure qui dura plus de dix-sept années, Aristide suivit les prescriptions les plus étranges. Gertaines, que nous étudierons ailleurs, ont un réel intérêt médical. Le dieu ordonnait de marcher pieds nus, de faire de fréquents exercices physiques, de prendre des bains dans les conditions parfois les plus bizarres, de suivre le régime lacté, de se frotter de suc de baume au sortir du bain, de prendre des purgatifs, recommandait la saignée. Vers la dixième année, la guérison était à peu près entière. Mais le pauvre sophiste dut subir une nouvelle épreuve, il fat frappé de la peste dont Asclépios le sauva en prenant la vie d’un de ses élèves à la place de la sienne; Aristide avait une piété trop profonde pour s’en plaindre.
Quand il se crut guéri, il composa Les Discours sacrés en l'honneur d’Asclépios. Ce sont des récits de songes, où
il n’y à place que pour le merveilleux : apparitions du
Ro
dieu à Aristide pour lui révéler des traitements salutaires, des ordonnances à suivre, des actes de piété à accomplir. di :
Dès la première nuit qu’il passa dans l’asclépieion de Pergame, Asclépios « sauveur » apparut en songe à Aristide. « Raconter tout ce qui se passa à partir de ce moment, s’écrie le sophiste avec enthousiasme, dépasse les forces humaines. Si quelqu'un veut connaître par le menu toutes les communications que j'ai reçues du dieu, il faut qu'il consulte mes papiers el le relevé des songes eux-mêmes. Il y trouvera des médicaments de toute espèce, des dialoques et des discours tout au long et des apparitions des plus variées et mille prédictions et oracles sur les sujets les plus divers, les uns en prose, les autres en vers, el quant et quant de choses dignes d'actions de grâces au delà de ce qu’on peut imaginer. »
Aristide avait des entretiens mystiques avec le dieu. Des rêves mystérieux apparaissaient la nuit à son âme troublée. Parmi tous les songes qu’il rapporte, il en est un qu’il eut en même temps qu’un certain Philadelphos: c’est un cas de folie à deux. Il n’est point rare de constater des observations d’aliénation double parmi les mystiques : l’un est fou réellement et l’autre le devient par contagion.
« Philadelphos, autant qu'il m'en souvient, crut voir dans le thédtre sacré une grande foule d'hommes vêtus de blanc, venus là pour adorer le dieu ; debout au milieu d'eux, je discourais et faisais l’éloge d’Asclépios, disant, entre autres choses, comment plus d’une fois, par des moyens divers, ul
avait éloigné de moi la mort, et tout récemment encore, en
RAC NT Pre mordonnant de boire de Pabsinthe mélée de vinaigre; je ne m'étais point fait prier. Il parlait aussi, je crois, de je ne sais quel escalier sacré, d’une apparition et de la puissance
merveilleuse du dieu. Telest le songe de Philadelphos ;
‘quant à moi, voici ce qui m'arriva : Je me voyais sous les
propylées du temple au milieu d'une grande foule, comme Les jours où l’on purifie le sanctuaire ; les assistants étaient k ?
vétus de blanc; tout était en rapport avec la solennité qui
allait s'accomplir. Alors j'adressai un discours au dieu, et,
entre autresnoms, je lui donnai celui d’arbitre de la destinée, parce que C’est lui qui règle la destinée des hommes. Je puisais l’éloquence dans le souvenir de mes propres aventures. Ensuite, ul fut question de labsinthe, je ne sais trop comment, mais 1l en fut question en termes fort clairs, ainsi que de mille autres choses où se révélait manifestement la protection du dieu. Il me semblait Le toucher et sentir qu'il était là en personne ; j'étais entre la veille et le sommeil ; je voulais voir, maïs je craignais que l’image ne disparût ; je, prétais l'oreille et j'entendais, moitié révant, moitié voyant; mes cheveux étaient droits sur ma tête, et je pleurais de joie, rempli d’un doux orgueil. Que} mortel rendrait par la parole toutes ces impressions ? Seuls, les initiés sont capables de les connattreet de les comprendre.
Aristide célébra encore la gloire du dieu dans un ouvrage intitulé: Aa siç Aouknmoy. Il chanta les Asclépiades Podalireset Machaon, Hygieia, [aso, Panakeïa. Dans un panégyrique de la source sacrée de Pergame: etc ro gpéap voù ’Asxknmou, il exalla la puissance d’Asclépios,
qui lui apparaît comme le plus puissant des dieux, le souverain des hommes et des choses :
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« Asclépios, possédant la toute-puissance, a voulu, dital, faire aux hommes du bien de toutes 'les manières en donnant à chacun ce qui lui convient. Le plus grand et le plus universel de ses bienfaits est d'avoir assuré l’immortalité de notre race par la succession des êtres, d'avoir institué le mariage et la procréation, et fait en sorte que les aliments, en s'introduisant dans le corps et en s'y répandant y entretinssent la santé. À chaque homme en particulier, il a donné des arts, des professions et des genres de vie variés; à tous, sorte de remède commun, il a imposé le travail et l’action, s'en servant pour conserver la viqueur dans les corps. Ouvrant à tous son sanctuaire, il s’est fait un devoir de s'ingénier nuit et jour, pour satisfaire ceux qui lui demandent ou qui lui demanderont son assislance. »
La maladie d’Aristide était si complexe que l’on comprend qu’un dieu seul ait pu la guérir. Esculape chérissait particulièrement les mortels et quand ceux-ci laimaient jusqu’à la folie, il avait la sagesse de les guérir. Tous les dieux n’ont point cette bonté et le plus souvent la folie mystique reste une affection incurable. Mais ne désespérons point des dieux et des hommes ; ceux-là s’occupent de moins en moins de nous et ceux-ci ne pensent plus guère aux immortels; il se pourrait qu'ainsi Le mal
disparût.