CHAPITRE VI
THÉRAP EUTIQUE ACTIVE ET MANŒUVRES CHIRURGICALES
Médecine. Hydrothérapie. Hygiène. Médicaments. Phtisie. Pleurésie. Dyspepsie. Chirurgie.
« La haine et le mépris, écrit Le D° Félix Regnault, n’ont jamais contribué au progrès. »
« Au lieu de se moquer du spectacle de Lourdes, méde- . cins et psycholoques devraient profiter de ce champ incomparable d'observations, car la suggestion religieuse est: autrement efficace que celle du médecin :elle s'appuie sur la passion mystique, une des plus puissantes du cœur humain. Bien des faits sont encore mal connus ou méme ignorés : nous avons encore beaucoup à apprendre. Ces guérisons que nous affectons de dédaigner peuvent transformer un jour la science médicale. Alors les pratiques
or psycho-thérapiques, jusqu'à présent peu employées, le seront au même titre que les remèdes . La médecine et la divination actuellement rivales et ennemies,redeviendront, selon l'expression d'Hyppocrate, deux sœurs germaines sous les noms de thérapeutique et de psychologie.»
Les prêtres d’Esculape savaient pour le bien de leurs malades concilier ces deux sœurs ennemies. En plus de la suggestion que nous avons étudiée, ils usaient de tous les moyens dont disposait la science médicale. On retrouve les docaments certains d’une thérapeutique active et il n’est pas douteux que les prêtres pratiquaient des opérations chirurgicales. D’après une inscription trouvée dans l’asclépieion d'Athènes, Paul Girard cite Le cas d’un certain Onétor, désigné d’abord comme médecin, et portant dans deux autres passages Le titre de prêtre. Deux dédicaces gravées sur deux Hermès mentionnent des zacores, médecins. Ce ne sont peut-être que des exceptions 5 elles n’en apportent pas moins une nouvelle preuve du “prestige religieux et de la science médicale que possédaient les prêtres d’Esculape.
La plupart des asclépieia étaient situés dans des endroits salubres : celui de Cyllerie, ville d’Élide,était bati dans la contrée la plus prospère et la plus riante du Péloponèse. On apercevait Le temple de Las, en Laconie, sur la cime du mont Ilium. En Arcadie, le sanctuaire de Mégalopolis disparaissait au milieu d’un bois sacré sur le versant oriental de la montagne. L’asclépieion de Cli-
1. Documents du progrès, «Les miracles de Lourdes ». D' Félix Regnault, février 1909 (pages 179 et suiv.).
Daufresne 7
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toris avait été construit dans une vaste plaine entourée de collines.
Pour établir les temples, les prêtres choisissaient de préférence le voisinage des fleuves et des sources. Le temple d’Esculape de Corona était situé sur le golfe de: Messénie, près de la source de Platée. Nous avons cité l'éloge que fit Aristide de la fontaine sacrée de Pergame.
Les eaux minérales et thermales étaient particulièrement recherchées des prêtres pour ériger les sanctuaires du dieu-médecin. À Cenchrée un temple avait été bâti au voisinage d’une source d’eau salée et bouillante. L’asclépieion d’Épidaure était situé au milieu d’un bois sacré, non loin de la mer. Pausanias cite une fontaine dont: l’eau était recueillie dans un réservoir que devait abriter le tholos.
Dès que les patients arrivaient à l’asclépieion, les prétres ordonnaient des bains et prescrivaient la diète. On ne prend point d’autres mesures à l’entrée des malades dans les hôpitaux modernes. On assurait la propreté (1) du temple et on évitait les épidémies en éloignant Les
moribonds du sanctuaire. A Epidaure les femmes en cou-
ches étaient transportées dans une maternité due aux
libéralités d’Antonin. Si les prêtres d’Esculape ignoraient lemot : asepsie, ils en comprenaient néanmoins la nécessité. Un mot nouveau ne renferme pas toujours une idée nouvelle. | |
En interrogeant habilement les malades, les prêtres leur suggéraient, suivant les cas, tel ou tel remède qui
1, Voir l’observation 8, 2° stèle: Comment Kleinatas de Thèbes fut débarrassé de ses poux.
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reparaissait en rêve. Si le songe avait une signification embarrassante, ils l’interprétaient et le traduisaient en une prescription utile ou le considéraient comme banal et sans valeur. Mais le plus souvent les prêtres apparaissaient eux-mêmes, examinaient le malade et donnaient le traitement à suivre.
: Les ordonnances du dieu consistaient surtout en mesures hygiéniques. Souvent Esculape recommandait la sobriété ; à un dyspeptique, il prescrivit le régime exclusif des dattes (1). À Phocée, Aristide fut obligé de ne s’alimenter que de laïtage en une saison où le lait est presque introuvable. |
Les bains n'étaient pas seulement usités dans la cérémonie de la purification ; les prêtres les ordonnaient encore dans un grand nombre d’affections et en particulier dans la neurasthénie. Les malades prenaient des bains d’eau simple, d’eau de mer ou d’eau minérale, avec frictions, onctions et fumigations. Dès la première nuit qu’il passa dans le temple de Pergame, Aristide se frotta de suc de baume après un bain chaud suivi d’un bain froid. Il se baigna en plein hiver dans le Mélès, à Smyrne, et une autre fois dans le Caïcas, en un endroit où il avait . reçu l’ordre de se rendre à pied sans vêtements de laine. À Pergame, Aristide osa plonger dans l’eau du Sélinus, au mois de décembre, mais « la chaleur se répandit par tout son corps, au-dessus duquel montait une vapeur épaisse et toute la peau était rouge pourpre».
Un jour il se frotta d’un onguent en plein air, dan