Hist. animal, XI
2. Grüter. De incrementis arlis medicæ per expositionem aegralorium in vias publicas et templa, in-4°, Lipsiæ, 1749.
Dans les fouilles d’Epidaure, on a retrouvé une inscription de l’époque romaine qui contient l’histoire très documentée de la guérison d’un dyspeptique. Nous reproduisons la traduction qu’en a faite M. Salomon Reinach:« Moi, M. Julius Apellas d’Idrias, dans le territoire de Mylasa, Je fus envoyé ici par le dieu, étant sujet à de fréquents malaises et souffrant d'indigestions. Pendant le voyage à Égine,le dieu m’ordonna de ne point me mettre en colère. Arrivé au Hiéron, il me prescrivit de me couvrir la tête pendant deux jours, parce qu'il tombait de la pluie. Je reçus ensuite les conseils suivants : manger du pain et du fromage, du persil et de la laitue ; me frotter moi-même au bain ; prendre un vigoureux exercice ; boire de la limonade ; me frotter contre le mur au bain près de l’aqueduc ; me promener sur la galerie supérieure (la Loggia) ; me balancer sur l’escarpolette ; me frotter avec de la poussière; marcher pieds nus;avant d'entrer dans le bain; verser du vin dans l'eau chaude ; me baigner sans aide et donner une drachme attique au baigneur ; sacrifier en commun à Esculape,à Épione et aux divinités éleusiennes ; prendre du lait avec du miel. Un jour, comme je n'avais pris que du lait,le dieu me diti« Mets dumiel dans ton lait, pour que la boisson soit purgative.» Je priai le dieu de me quérir plus vite ; alors il me sembla que je sortais du dortoir dans la direction de l'aqueduc, tout le corps frotté de moutarde et de sel ; devant moi marchait un enfant avec un encensoir fumant, et le prêtre me disait : « Tu es quéri maintenant, il faut payer le prix de la quérison.» J'agis conformément à ma vision,el comme je me frottais
avec le sel et l'infusion de moutarde, cela me fit mal ;
mais la douleur disparut, quand je me lavai. Cela se passa dans les neuf premiers jours après mon arrivée. Le dieu me toucha la main droîte et la poitrine; le lendemain, comme je répandais l’encens sur l'autel, la flamme jaillit et me brüla la main, à tel point qu’il se forma des ampoules, mais ma main ne tarda pas à quérir. Comme je prolongeais mon séjour, le dieu me prescrivit aussi de l’anis avec de l'huile contre les maux de tête. Jusque-là je n’avais pas eu mal à la tête, mais, comme je m'étais remis à l'étude, j’éprouvai les symptômes d’une congestion. L’emploi de huile me délivra du mal de tête. Je consultai aussi le dieu au sujet d’une inflammation de la luette, et il me prescrivit de me gargariser avec de l’eau froide ; même remède contre le gonflement des amygdales. Le dieu me prescrivit de faire graver ce qui précède. Je repartis, reconnaïssant et quéri. » Le diagnostic de dyspepsie nerveuse ne semble point douteuxet le traitement n’est com- . pliqué qu’en apparence. IL peut se résumer en quelques prescriptions hygiéniques : changement de milieu,sobriété, hydrothérapie, exercices physiques, régime lacté, purgatifs légers. La médecine moderne n’a guère trouvé mieux.
Cette observation nous paraît surtout intéressante par la façon dont le traitement est ordonné, Il ne suffit point en effet de conseiller à un malade de sages mesures d'hygiène, il faut encore savoir les lui faire accepter. En les rendant compliquées et même bizarres, en précisant certains détails, le médecin peut être assuré que son ordonnance sera suivie. Les remèdes de bonne femme
n’agissent que par leur étrangeté.
Le D'Gruby, savant médecin de notre siècle (1),obtenait des résultats heureux grâce aux ordonnances les plus singulières, et au mirage dont il savait les envelopper. À une dame nerveuse, il conseilla de monter et de descendre un escalier à reculons plusieurs fois par jour. « 1/ est appelé auprès d'une belle mondaine paralysée qu'aucun traitement n'a puencore arracher à sa chaise lonque. Le jour baisse et les valets apportent les lampes: « Faites attention à mon tapis, dit la dame devant le médecin. Quelle catastrophe si on allait me le tacher d'huile! — Qu'on m'en apporte!» ordonne Gruby. On lui remet la burette. Comme s'il voulait juger de la qualité du liquide, il fait le geste de pencher ladite burette. Déjà une goutte s'échappe, mais la dame a poussé un cri. D’un bond elle s’est levée pour préserver le fameux tapis, et voilà l'hystérique quérie (2).» Une autre fois, il dit à un riche neurasthénique de donner un louis à un paveur, de prendre un pavé, de monter et de descendre les Champs-Élysées avec ce fardeau tous les matins à une heure donnée. La première stèle d'Épidaure contient une observation à peu près analogue. Le dieu ordonna à Hermodicos de Lampsaque,impotent du corps de porter dans l’enceinte sacrée la plus grande pierre qu'il pourrait. Il suivit la prescription et fut guéri. Comme les prétres d'Esculape, Gruby savait concilier la thérapeutique et la psychologie ; mais il n’a pas fait école ; on ne lui connaît point de disciples.
1. Il étudia le premier les parasites du muguet, de la teigne,
et découvrit le trypanosome dans le sang de la grenouille. ‘2, Presse médicale, 13 février 1909, page 117 (F. Helme).
« Jamais, écrit le D' Vercoutre({),les prêtres n'ont exercé la chirurgie, et nous entendons ici par chirurgie toute la série des opérations grandes ou petites, s'accompagnant nécessairement d'effusion de sang. » Les documents ne manquent point pour infirmer cette assertion. Dans les temps mythologiques, Les plus anciens guérisseurs pratiquaient des opérations chirurgicales; c’est Le cas d’Asclépios et l’on ne comprendrait point que les prêtres n’aient pas conservé un aussi pieux exemple. Il n’est point de civilisation où la chirurgie n’ait précédé la médecine ;
che les peuples sauvages (2) CHAR les sorciers
. Revue Archéologique, 1885, tome IT, p. 273.
: La trépanation cst très fréquente chez les sauvages. On la pratique en Océanie et particulièrement en Nouvelle-Calédonie. Le chirurgien emploie un morceau tranchant de verre qui a remplacé la dent de poisson d’autrefois (L'opération du trépan, de MM. Terrier et Péraire, F. Alcan, éditeur). . /
Hamilton a vu des sauvages de Nicobar opérer un abcès en appliquant une mâchoire inférieure de poisson garnie de dents aiguës et en frappant avec un bâton. Les Haoussas d’Afrique se servent d’un petit couteau en fer en forme de lancette à pointe arrondie.
Chezles Mexicains primitifs les accoucheuses pratiquaient la version par manœuvre extorne. Elles pratiquaient l’embryotomie en introduisant dans la matrice la main armée d’un couteau d’obsidienne (D' Louis Raffour. La médecine chez les Mexicains précolombiens. Paris, Jouve, édit. ).
Felkin a rapporté une opération césarienne pratiquée dans l’Uganda, aux sources du Nil. « La femme étendue sur un lit fut abreuvée de vin de palme qui la mit dans un état de demisomnolence. L'opérateur assisté de deux aides se plaça à la qauche du lit. Il commença par murmurer une incantation, car la magie ne perd jamais ses droits, puis lava ses mains et le ventre de la patiente avec du vin de banane et ensuite avec de
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sont souvent d’habiles chirurgiens dont le savoir n’est pas toujours rudimentaire. [ls ne doivent guère différer des premiers guérisseurs de la Grèce.
Les prêtres d’Esculape employaient tous les moyens dont disposaient les médecins publics et ceux-ci avaient une grande vénération pour le dieu guérisseur. La science était subordonnée à la religion et l’on retrouve la dévotion du médecin laïque jusque dans les écrits hippocratiques. Dans l’asclépieion comme dans l’iatreion on devait pratiquer les mêmes opérations.
Le centaure Chiron, fils de Saturne et de Phyllira, est considéré comme le créateur de la chirurgie. Il aurait vécu en 1225 avant Jésus-Christ et savait reconnaître les plantes susceptibles de guérir les blessures et les ulcères. Les héros Jason, Hercule, Achille, apprirent de lui Vart de la médecine, mais le plus illustre de ses disciples fut Asclépios, fils d'Apollon et de la belle Coronis.
Suivant la tradition, Esculape naquit au xin° avant Jé-
l'eau. Avec un couteau spécial pour celte opération il fit une incision sur la ligne médiane allant de l’ombilic au mont de Vénus. Paroi el matrice furent incisées, et l’enfant extirpé fut confié à un aide, puis l’opérateur enleva le placenta. Pendant ce temps l'assistant s'efforçait d'empêcher les inteslins de faire issue. Avec un fer rouge, on loucha les bords de la plaie pour arrêter le sang, et on souleva la femme pour le faire écouler, enfin on praliqua les sutures avec un fil d'acier bien poli et on appliqua, comme pansement, un emplâätre composé de diverses racines el de pulpe de végétaux. La lempérature de la malade ne dépassa pas par la suite 38° et le pouls 108. Au troisième Jour une partie des fils furent enlevés, les autres furent enlevés au sixième jour. La plaie suppura peu, la malade quérit au onzième jour. » ;
sus-Christ (1).La nymphe Coronis le portait dans ses flancs quand elle s’éprit de l’Arcadien Ischys. Mais Apollon avait placé près de la nymphe un corbeau prophétique qui l’avertit de son infidélité. Il tua lui-même Coronis (2), mais il sauva le fruit de ses amours en arrachant l’enfant du sein de sa mère : ainsi fut pratiquée la première opération césarienne. Asclépios fut confié au centaure Chiron qui se chargea de son éducation.
« Esculape guérissait les blessures et les ulcères, calmait les douleurs, faisait cesser la fièvre à l’aide de boissons assoupissantes, soignait les plaies par instruments tranchants et réqularisait les blessures externes. Il inventa une sonde pour sonder les blessures, l'emploi de bandelettes et l'usage des ligatures. » Ses fils, Machaon et Podalire, héritèrent des connaissances chirurgicales de leur père. Le second aurait pratiqué la première saignée à la fille du roi Daméthès, à Karika en Chersonèse (3). Ils enseignèrent l’art de guérir, à leurs descendants, les Asclépiades, qui s’efforcèrent d’en garder le secret. La chirurgie a une origine tellement ancienne que, même sans documents, on aurait peine à croire que les prêtres d’Esculape n’aient jamais pratiqué d'opérations.
Pausanias rapporte qu'Archias fut guéri à Épidaure d’une luxation qu'il s'était faite en chassant aux environs
de Pindasus (4). Dans le temple de Thérapne, une statue