‹ Epidémie de la Guadeloupe, 1863-1866Chapitre 33 sur 34 · RE NSEIGNEMENTS SUR LA SAINTE-MARIE ET LA · texte numérisé non relu

RE NSEIGNEMENTS SUR LA SAINTE-MARIE ET LA

VERA-CRUZANA.

« L’administration s’empresse de donner de la publicité au » document ci-après, joint à une dépêche de Son Excellence » le ministre de la marine et des colonies, du 20 avril 1866.

» C’est le résultat des investigations auxquelles l’adminis- » tralion de la marine, à Bordeaux, s’est livrée, à la demande » de l’administration de la Guadeloupe, sur les faits de la » navigation du navire la Sainte-Marie et de l’état sanitaire » de son équipage, depuis le départ de Bordeaux jusqu’à son » départ de Bagdad (Mexique). »

Demandes de /’ administration de la Guadeloupe .

« Comment a été formé l’armement à Bordeaux du navire la Sainte-Marie ? Est-ce par des marins de Bordeaux et de la circonscription, ou par des hommes venus d’autres points où régnait le choléra ?

» Deux matelots de ce navire étaient de Marseille, (les nommés Millo et Gallisthy) : sont-ils venus de Marseille à Bordeaux, à l’effet de s’embarquer sur la Sainte-Marie , au moment de l’armement, ou avaient-ils une autre provenance?

Enfin depuis quand étaient-ils à Bordeaux ?

» Réponses de l’administration maritime de Bordeaux. — Le navire la Sainte-Marie , capitaine Moufllet, a été armé à Bordeaux, le 12 septembre 1865,

» Son équipage se composait de 10 personnes; qui appartenaient aux localités ci-après, savoir :

Bordeaux i

Pauillac {

Blaye 3

Marseille 2

Dinan 1

Binic 1

Pau. (le cuisinier) 1

Total 10

» Les nommés Millo (Joseph) et Gallislhy (Oreste-Paulin), marins du quartier de Marseille, n’arrivaient point de cette ville, lors de leur embarquement sur la Sainte-Marie.

» Embarqués au Havre, le 7 juin 1865, sur le navire le Palmier y ils en avaient été débarqués à Bordeaux, le 7 septembre, et avaient immédiatement contracté un nouvel engagement pour la Sainte-Marie.

» D: — Le choléra régnait-il à Bordeaux ou dans les environs, même à l’état sporadique, lors de l’armement et du départ de la Sainte-Marie, contrairement à ce que constatait la patente de santé nette dont il était pourvu ?

» R. — Le choléra ne régnait point à Bordeaux, lors de l’armement de la Sainte-Marie. Il n’y a régné ni avant ni après, même à l’état sporadique.

» Pendant toute l’année dernière, la santé publique a été aussi satisfaisante que possible.

» D. — Ce navire est-il entré à Bordeaux, ou y a-t-on eu des nouvelles de sa traversée de la Pointe-à-Pitre à Matamores ?

» Quelles ont été les circonstances de cette traversée ?

o Le choléra a-t-il régné à bord et y a-t-il fait des victimes ?

» A quelle particularité a-t-on attribué celte épidémie à bord? n’a-t-on pas regardé comme une des causes ou comme la seule cause du mal l’embarquement à la Pointe-à-Pitre, d’un marin du pays, remplaçant un autre décédé dans la traversée de Bordeaux à la Guadeloupe ?

» R. — La Sainte-Marie est encore en cours de voyage; mais, par un singulier concours de circontances, je n’en ai pas moins eu ses papiers entre les mains.

» En effet, ce navire ayant été obligé de s’éloigner momentanément de la rade de Malamoros, par suite d’un coup de vent, le consul de France, qui ne comptait plus, à ce qu’il paraît sur son retour, s’est empressé d’adresser au ministre le rôle d 'équipage et le journal du bord, déposés 'dans sa chancellerie, et ces deux documents m’ont été transmis, par dépêche du 17 mars (inscription maritime) à laquelle j’ai répondu le 28 du même mois.

» Or, j’ai pu constater ainsi que personne n’était mort à bord pendant la traversée de la Pointe-à-Pitre à Matamoros, et je ne saurais supposer que la moindre épidémie ait sévi sur l’équipage après avoir lu ce qui suit dans le journal du bord.

» Je suis parti de la Guadeloupe le 25 octobre 1865, suivant ma navigation pour Matamoros; arrivé sur cette rade le 11 novembre sans événement remarquable.

» D. — Gomment le capitaine Moufflet a-t-il rendu compte à son armateur de sa relâche à la Pointe-à-Pitre et de la mort d’un de ses hommes en mer ?

» Sur quels besoins a-t-il motivé celte relâche?

» A quelle affection a-l-il attribué ce décès ?

» Dans le cas où la Sainte-Marie serait rentrée àBordeaux, quelles sont les indications de son journal, quant à sa relâche à la Pointe-à-Pitre ; à la mort du maître d’équipage Duveaux, le 9 octobre; à l’état d’un autre homme de l’équipage, qui était malade à l’arrivée à la Pointe-à-Pitre ?

» Qu’est devenu ce dernier après le dépari de la Pointe-à- Pitre ; s’est-il rétabli ; a-t-il succombé, et à quelle maladie ?

» R. — Les motifs de la relâche de la Sainte-Marie à la Pointe-à-Pitre sont exposés comme suit dans le journal du bord et dans une lettre du 24 octobre, adressée à M. Granval, armateur du navire. »

Journal du bord.

« Navigué sans événements remarquables jusqu’au 27 septembre. Vent Ouest, cap au S.-S.-O. ; toutes voiles dessus.

» Le navire incline beaucoup et me donne des inquiétudes.

» Serré les perroquets et amené les volants; le 28, le vent cesse et passe à l’Est. Mis le cap à l’Ouest, vent arrière et continué mon droit chemin jusqu’au 9 octobre. Latitude Nord, 19 degrés; longitude Ouest, 35 degrés, où le maître d’équipage est mort. Le 10, jeté le cadavre à la mer; continué ma navigation, et reconnaissant l’impossibilité de continuer mon voyage sans compromettre la sûreté de mon navire et des hommes qui sont à bord, fait route pour la Pointe-à- Pitre, poury prendre une quarantaine de tonneaux de lest.

» A onze heures, aperçu la Désirade et mouillé à la Pointeà-Pitre, le 20, à huit heures du matin. »

Lettre à M. Granval.

« Pointe-à-Pitre, le 24 octobre 1865.

» Je suis ici depuis le 20 octobre, pour y faire du lest. Je ne pouvais continuer mon voyage sans compromettre le navire et notre propre vie.

» La Sainte-Marie se couchait d’une manière épouvantable, ce qui me donnait beaucoup d’inquiétude. Obligé de serrer mes perroquets, d’amener mes volants; malgré cela j’ai continué ma navigation, en surveillant le navire avec beaucoup de soin. Voyant l’impossibilité de continuer, et me trouvant en position de relâche, j’ai consulté mon équipage sur le parti à prendre, et alors tous, d’un commun accord, ont décidé de relâcher. Immédiatement j’ai fait route pour la Guadeloupe, le lieu le plus proche pour prendre du lest. J’ai embarqué quarante tonneaux de lest.

» Monsieur Granval, j’ai perdu mon maître d’équipage, Duveaux (Jean), d’une fluxion de poitrine.

» Veuillez, je vous prie, vous charger de cette affreuse nouvelle, en la faisant annoncer à sa dame par l’entremise de M. le curé de Plassac, près de Blaye. »

« L’embarquement du lest se trouve constaté, en outre, par un compte transmis à M. Granval et ainsi conçu :

» Doit le navire Sainte-Marie , à Rousseau frères et Gie, embarquement de deux gabares lest, ci 200 fr.

» Acquitté au compte, ce jour 24 octobre 1865.

» Signé : P. P. Vigneau fils. »

« Le marin qui se trouvait malade lors de l’arrivée de la Sainte-Marie a reçu des soins du docteur Léger, dont la note pour honoraires porte :

» Doit le navire Sainte- Marie h. M. Léger, docteur-médecin, une visite faite à bord, le 21 octobre, à un homme atteint de fièvres intermittentes avec embarras gastro-instestinal , ci 10 fr.

» Pour acquit, signé : H. Léger. »

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« D’après le rapport fait par le capitaine Moufflet à son arrivée à Matamoros, tout prouve ce semble, d’une façon péremtoire, que l’indisposition du marin arrivé malade à la Pointeà-Pitre, n’a eu aucune espèce de suite.

* D. — On parle de passagers qui seraient morts du choléra à bord, dans la traversée de la Pointe-à-Pitre à Matamoros.

» Gomment expliquer ce fait et le concilier avec la noninscription de passagers sur le rôle d’équipage, ni à Bordeaux, ni à la Pointe-à-Pitre; y aurait-il eu infraction aux dispositions du décret du 19 mars 1852 ?

» R. — Le capitaine Moufflet s’étant fait expédier régulièrement à la Pointe-à-Pitre, je ne puis pas croire qu’il ait embarqué clandestinement des passagers.

» Dans tous les cas, il n’y aurait trace du fait ni sur le rôle d’équipage, ni sur le journal du bord.

» En résumé, mon opinion est qu’il n’est rien survenu à bord de la Sainte-Marie de nature à justifier les suppositions de l’administration de la Guadeloupe.

» Bordeaux, le 6 avril 1866.

Le commissaire général , chef du service de la marine ,

» Signé : Autran. »

« Il résulte en outre d’une lettre du 28 mars dernier, » adressée à M. le commissaire général delà marine, à Bor- » deaux, par le capitaine du trois-mâts Vera-Gruzana, na- » vire à bord duquel a été placé le sac du marin mort sur la » Sainte-Manie (le maître d’équipage Duveaux), que, depuis » son départ de la Pointe-à-Pitre pour Saint-Thomas , le 3 » novembre 1865, jusqu’à son retour à Bordeaux, effectué le » 22 mars, après un séjour de plus de deux mois sur la rade

» de Jackmel (Haïti), personne de son équipage n’a été atteint » de maladie pouvant donner quelque crainte de contagion.

» ( Gazette officielle du 25 mai 1866.) »

Comme on le voit, la Sainte-Marie est désormais complètement hors de cause, et il est impossible de lui attribuer l’importation du choléra à la Pointe-à-Pitre.

Ne pouvant établir la culpabilité de ce navire, on incrimina

la Virginie .

Partie de Marseille, le 29 août, la Virginie , capitaine Mony (Jacques), avait treize hommes d’équipage. Elle mouilla le 9 octobre à la Pointe-à-Pitre, après quarante-deux jours de mer, et resta trente jours en rade, sans avoir eu un seul homme malade.

Elle appareilla le 8 novembre pour la Martinique, sans que nul ne songeât à suspecter ce navire de contagion.

Le soupçon ne se manifesta que lorsque l’inocuité de la Sainte-Marie commença à faire naître le doute dans les esprits. On attribua alors l’importation cholérique aux ballots de lainages apportés par la Virginie , on assura même que c’était à l’usage de deux descentes de lits venues par ce navire que M. Dupont avait dû sa mort.

Des plus scrupuleux renseignements que j’ai pris sur ce navire, il résulte que pas un homme de la Virginie n’a été indisposé pendant le déchargement.

Les noirs qui ont travaillé à bord, les gabariers qui ont conduit à terre les marchandises, ont tous joui de la môme immunité. C’étaient certainement tous ces hommes qui devaient succomber les premiers : — Cela n’a pas eu lieu.

Les négociants auxquels appartenaient les ballots d’effets en laine ( casaques, chemises, caleçons, paletots, bonnets,

etc., etc.,) m’ont assuré que ces marchandises n’avaient occasionné aucun malaise parmi les nombreux acheteurs.

MM. Ferret, Sabourdin, Frésiaet Bachet, ont non-seulement vendu ces effets, mais ils en ont fait porter à leurs domestiques noirs qui s’en sont très-bien trouvés.

M. Gélie Espaignet, de Marie-Galante, déclare que ces effets de laine arrivés à temps, ont préservé au contraire beaucoup de gens du froid et de l’humidité de la saison, du choléra très-probablement.

Quant aux tapis de M. Dupont, ce sont trois descentes de lit. Elles ont été déballées le 11 octobre, dans le magasin de son beau-frère (M. Raby), où elles sont restées une couple de jours étendues sur les comptoirs, maniées et remaniées par les allants et venants. M. Dupont en était possesseur depuis vingt-huit jours, lorsqu’il se trouva atteint des premiers symptômes de la maladie qui l’a si rapidement enlevé à toutes ses affections. Les tapis n’ont donc exercé sur M. Dupont aucune pernicieuse influence , pas plus que sur Mme Chardon, sa fille, qui n’a jamais été atteinte du choléra, ainsi qu’on en a encore répandu le bruit. L’indisposition nerveuse dont cette dame a été prise par suite des émotions qu’elle ressentit de la mort de son père, n’a pas duré.

En résumé : la Virginie a fait voile le 8 novembre pour la Martinique, alors que le fléau régnait à la Pointe-à-Pitre depuis seize jours. Elle est restée quinze jours en quarantaine dans celte île, sans avoir eu de malades à bord et sans laisser dans cette colonie le plus petit germe de l’épidémie de la Guadeloupe.

La cause de ce navire n’est-elle donc pas de nouveau com-

plèlemenl gagnée?...

Quelle raison invoquera-t-on maintenant ? Il faut absolu-

ment démontrer l’importation du fléau à la Pointe-à-Pitre, puisqu’on dit que partout où apparaît le choléra, il y a été importé.

On accusa les paquebots !

Une seule observation suffit pour démontrer le peu de valeur de cette nouvelle assertion. L’épidémie, dans ce cas, eût en effet tout d’abord éclaté à Saint-Thomas où à la Martinique, colonies dans lesquelles les paquebots français font aux Antilles leur première escale.

C’est dans ces colonies que s’opère le déchargement des

marchandises et des malles destinées à la Guadeloupe. Leur transbordement sur les vapeurs inter-coloniaux, s’effectue par les noirs , aidés de matelots européens.

Les marchandises se trouvant dans la cale du paquebot, c’est le même air qui les pénètre pendant tout le voyage. Or, les équipages de tous les bâtiments de la ligne des Antilles ont à cette époque joui de la plus complète immunité. Il faudrait, en vérité, avoir cubicudu malheur, pour que les colis expédiés à la Guadeloupe, se soient trouvés être les seuls contaminés de tout le chargement : ce qui n’est pas admissible.

Dans toutes les raisons alléguées en faveur de l’importation, je ne vois donc qu’ autant d’hypothèses.

Certainement il est très-regrettable que l’apparition d’un choléra endémique et localisé aux alentours du Canal- Vatable, ait coïncidé avec celle du choléra épidémique en Europe. Mais, si l’affection pernicieuse cholériforme qui annucllement sévit sur les bords du Canal- Valable, ainsi que je le démontrerai bientôt, est devenue spontanément infectieuse, si elle a revêtu un caractère épidémique aussi terrible, ne

faut-il pas en rechercher la cause dans les conditions climatériques toutes nouvelles qui se produisirent depuis quelques années à la Guadeloupe, et voir si ces causes n’ont pas été de nature à changer la constitution médicale de la Pointe-à- Pitre?...

LE CHOLÉRA PEUT-IL NAITRE SPONTANÉMENT A LA POINTE- A-PITRE SOUS DES INFLUENCES HYGIÉNIQUES, TELLU- RIQUES ET MÉTÉOROLOGIQUES ANORMALES ?...

L’épidémie de 1704 à la Martinique. — Cas de choléra sporadique constatés à la Pointe-à-Pitre. — Causes hygiéniques et telluriques prédisposantes, causes occasionnelles. — Le Canal-Vatable, son insalubrité actuelle, le sang de l’abattoir. — Causes météorologiques, l’ouragan du 6 septembre 1865, ses phénomènes électriques, son influence sur l’évolution spontanée du fléau.

On lit dans l’ouvrage du R. P. Labat, de l’ordre des frères prêcheurs, qu’en 1704, à la Martinique, une maladie extraordinaire se déclara sur les bestiaux ( chevaux, bœufs , moutons, cabrits) et qu’elle tomba ensuite sur les nègres (1).

« Nous perdîmes vingt-sept noirs en huit mois dit le P. » Labat ; nous ne fûmes pas les plus maltraitez.

» D’autres habitants en perdirent bien plus que nous et, » un, entre les autres, qui en avait plus de soixante, les » perdit réellement tous, sans qu’il lui en restât un seul.

(1) Voyages aux Isles d’Amérique, par le R. P. Labat, de l’ordre des frères prêcheurs, T. 8. Chap. xi, page 248, nouvelle édition, mdccxlii.

» Je fis ouvrir quelques-uns de ceux qui étaient morts » chez nous; l’on y trouva les mêmes symptômes que l’on » avait trouvé dans tous ceux qui étaient morts dans les » autres quartiers de l’isle ; c’est-à-dire, le foie, les poulsmons » et les intestins secs et retirez comme du parchemin grillé » et le reste dans son état ordinaire.

» Il y en a qui furent emportez dans huit ou dix heures,

» d’autres languirent cinq ou six jours et les autres mouru- » rent avec d’étranges convulsions.

» Je n’ai point connaissance qu’il en soit échappé un seul » de tous ceux qui furent attaquez de ce mal.

» Il ne passa pas aux blancs.— Si cela était arrivé, je crois • qu’il eût emporté tous les habitants qui sont, généralement » parlant, d’une complexion bien moins forte que les nègres.

Le R. P. Labat attribue cette maladie extraordinaire à

l’intempérie de l’air, de même que le mal de Siam (la fièvre jaune).

11 est très-probable qu’il a dû se passer bien des faits de même nature, depuis la relation saisissante du P. Labat, faits qui ne permettent pas la moindre ambiguïté sur la nature de la maladie et ce qui s’est passé de nos jours. On sait, en effet, aujourd’hui, qu’il existe une grande analogie entre les symptômes, les lésions, le mode de propagation du choléra et le typhus contagieux des bêtes à cornes. L’épizootie qui a sévi en Angleterre et en France en 1865 l’a prouvé. Cette analogie est si grande, que M.Decroix, premier vétérinaire de la garde de Paris, a cru devoir engager les médecins et les vétérinaires à rechercher si les connaissances acquises et les découvertes qui seront faites en vue de combattre le

typhus des bètcs à cornes, ne pourraient pas être utilement appliquées pour combattre le choléra. (1)

Chaque année de nombreux cas de cholérines, meme des cas de choléra sporadique, sévissent à la Pointe-à-Pitre. Le tableau nosologique des hôpitaux en est une preuve, mais ce n’est pas là seulement que des faits de cette nature se sont montrés, et les observations médicales qui vont suivre le prouveront d’une manière irrécusable.

Ayant étudié le choléra à Paris en 1832, M. le docteur de Montmédan crut reconnaître dans la commune de Sainte- Rose où il exerçait la médecine, plusieurs cas de choléra sporadique, de 1834 à 1818. Il fut tellement convaincu de la présence de ce fléau dans la commune, qu’il fit hâter les inhumations afin, dit-il, d'éviter la contagion. Or, ce choléra de Sainte-Rose, dit le docteur Diavet, son successeur, n’était autre que la fièvre algide cholériforme actuelle, que M. Montmédan prit alors pour le fléau indien !...

En 1838, plusieurs cas de cholérines mortelles se montrèrent encore à la Basse-Terre.

De 1856 à 1864, M. le docteur Diavet recueillit dix nouvelles observations de fièvre algide cholériforme.

Ce médecin cite, entre autres, M. Saint-Hilaire qui, au mois d’octobre 1859, fut atteint de vomissements rizacés , de diarrhée blanche, de refroidissement avec pouls filiforme. Il avait la face crispée, une cyanose légère, des crampes ; ce malade vit encore.

Le 29 décembre 1862, le docteur Granger, le doyen du corps médical de la ville, fut appelé par le sieur Samin

(1) Brochure in-8°, 20 pages, Pillet fds, 1866, Paris — par Decroix, Yélérinaire en premier, à la garde de Paris,

(Léonce), atteint de vomissements et de diarrhée rizacée, de crampes, de sueurs froides et visqueuses : ce malade vit encore.

En 1863, le docteur Demay perdit madame Coro, atteinte de tous les accidents du choléra.

Le 4 juillet 1864, il régna au Lamentin, à Sainte-Rose et dans les environs, une épidémie qui, au dire du docteur Diavet, fut des plus meurtrières. Elle était caractérisée par tous les symptômes du choléra et la mort arrivait en quelques heures ; on compta 45 victimes dans la classe noire.

Le 27 décembre 1864, le docteur Henri Léger fut appelé au milieu de la ville (rue de l’Eglise), chezle nommé Caniquit, bijoutier, âgé de 45 ans. Cet homme, atteint depuis huit jours de fièvres intermittentes, venait d’être subitement, pris d’une fièvre algide cholériforme à laquelle il succomba en quatre heures.

Le 17 mai 1865, M. le docteur Descorps soigna, sur la route de Darboussier, appelée encore chemin de la Source, Mrae Louisy (Mathieu), épouse de l’ex-représentant du peuple en 1848. M,ne Louisy (Mathieu), âgée de 45 ans, était atteinte d’algidité, de sueurs visqueuses, de diarrhée incoercible blanche et rizacée ; sa figure était hippocratique et elle mourut au bout de trois jours. — Le docteur Descorps déclara, dès cette époque à M. Louisy (Mathieu), que sa femme venait de succomber à une cholérine.

En juillet 1865, le nommé Pamphile, brigadier de police du Lamentin, tomba malade, présentant tous les symptômes du choléra. Après lui avoir donné des soins, sa belle-mère succomba de la même affection. (Observation du docteur Diavet.)

Le 9 août 1865, le docteur Henri Léger perdait sur le

chemin de la source , presque en face de la demeure de madame Louisy (Mathieu), le nommé Séraphin, âgé de 30 ans, ouvrier mécanicien, après avoir présenté des évacuations cholériques ainsi que les autres symptômes du choléra.

Le 12 août 1865, la femme Louisiette, demeurant à la Petite-Terre, près du canal, soignée par le docteur L’Herminier père, guérissait d’une affection cholériforme.

Les symptômes cholériques observés chez la femme Louisiette étaient tellement caractérisés, dit le docteur L’Herminier, qu’en sortant de chez sa malade il ne put s’empêcher de dire à madame Hilaire Thionville : « Sinous avions le cho- » léra à la Guadeloupe, je pourrais certifier que j’en possède » un cas des plus certains.» Cette maladie se termina par une péritonite et Louisiette vit encore (1).

Le 15 août 1865, mourait dans la rue du Bouchage (quartier de la Source), la nommée Corine (Anne-Marie), âgée de 27 ans, des suites d’une fièvre algide cholériforme. (Docteur Descorps.)

Le 3 septembre 1865, Nicolas Jonas, vieillard de 65 ans,

demeurant au faubourg de Nozières, fut pris à 8 heures du soir, à la suite d’une violente contrariété qu’il éprouva dans la journée, de diarrhée rizacée, de vomissements, d’algidité, de sueurs visqueuses et mourut à 2 heures du matin. (Obser valion du docteur Descorps.)

(I) Le docteur L’Herminier père /Ferdinand-Joseph), est mort le 12 décembre 1866, à l’âge de 64 ans. La Guadeloupe a perdu en lui un savant distingué, un homme de bien, un de ses enfants les plus chers.

Je dois encore une marque démon plus vif regret à M. Pierre-Mathieu Guesde, auquel j’avais dédié ce livre. Guesde est mort le 3 janvier 1867, encore jeune. Artiste de mérite, il avait un cœur dévoué, une âme d’élite; lu Guadeloupe a également très-vivement ressentie cette perte.

Le 6 septembre 1865, Alcide Charron, âgé de 36 ans, mourait de fièvre algide cholériforme, rue des Abymes. (Observation du docteur Descorps.)

Le 8 septembre 1865, le docteur Lauriat, m’a-t-on assuré, constatait deux cas de choléra véritable à Marie-Galante. (Ile voisine de la Guadeloupe.)

En 1865, dans les premiers jours d’octobre, l’aumônier de l’hospice Saint-Jules prévint le docteur Loyseau, l’un des praticiens distingués de la Pointe-à-Pitre, qu’il avait vu mourir dans le faubourg des Abymes et près du Canal-Valable, huit malades sur onze, d’une affection qui lui avait paru être le choléra (1).

Le 11 octobre 1865, Pauline Rozor, âgée de 43 ans, récureuse chez M. L’herminier, père , mourait à l’hospice Saint- Jules, d’une affection cholériforme, après deux jours de maladie.

Enfin, du 1er au 11 octobre, le docteur Loyseau perdit douze malades de fièvres cholériformes, sur le chemin du cimetière. La dernière fut Pauline dont je viens de parler. Après avoir mangé de la morue, de la farine de manioc et bu de l’eau, cette femme se coucha le 9, bien portante. Subitement prise de diarrhée pendant la nuit, de vomissements, enfin d’algidité et de crampes, elle fut transportée à l’hospice Saint-Jules où elle succomba le 11 , avant le jour.

En présence de faits émanants de sources aussi authentiques, est-il possible de mettre en doute l’existence des cholérines mortelles et d’un choléra sporadique à la Guadeloupe depuis 1834, c’est-à-dire, depuis trente-trois ans ?

(1) Par un décret du 7 juillet 1866, M. Loyseau (Sainte-Croix), a été nommé chevalier de la Légion-d’Honneur.

Or, si ce choléra sporadique sévissait en 1865, et six mois avant l’arrivée à la Pointe-à-Pitre de la Virginie et de la Sainte-Marie , d’où provenait-il donc?...

Localisé jusqu’alors aux environs du Canal-Vatable et des marais saumâtres qui l’avoisinent, n’a-t-il pu, du caractère endémique qu’il avait toujours présenté, devenir tout à coup infectieux, épidémique, sous l’empire d’une climatologie anormale ?... Qu’y a-t-il d’extraordinaire à un fait aussi simple ?

En consultant l’histoire des maladies on reconnaît chaque jour qu’un grand nombre d’entr’elles se sont successivement montrées dans tel ou tel point du globe, à l’état sporadique et essentiellement transitoires d’abord, puis à l’état permanent : Simples hôtes, elles ont pris droit de cité. Les fièvres graves, les fièvres erruptives : rougeole, scarlatine, variole, Syphilis, etc., sont dans ce cas.

Le choléra qui, jusqu’en 1781, ne s’était jamais montré sur les bords du Gange qu’à l’état sporadique, y règne aujourd’hui à l’état épidémique.

La fièvre bilieuse néphrorragique, improprement nommée fièvre jaune des créoles (fièvre bilieuse hématurique) , ne faisait pas de victimes parmi la race blanche des Antilles avant 1838. .

Le choléra existant donc à l’état sporadique à la Pointeà-Pitre, je dois examiner si des causes hygiéniques, telluriques et météorologiques anormales n’ont pu en 1865, être de nature à lui faire acquérir un caractère épidémique et infectieux.

Quand on considère les mauvaises conditions hygiéniques et telluriques dans lesquelles vit une partie de la population des faubourgs de la Pointe-à-Pitre, il devient impossible de nier

les nombreuses causes prédisposantes et occasionnelles qu’elle offre au miasme cholérique.

De même que dans l’Inde, on a observé que le choléra sévissait principalement aux époques de l’année où des nuits trèsfroides succèdent à des journées très-chaudes; des conditions semblables ont de même engendré le choléra sporadique chez les riverains du Canal-Vatable.

C’est, en effet, aux mois de novembre et de décembre qu’apparaissent les fièvres graves avec toutes leurs nuances ainsi que les affections des voies digestives. Ces mois amènent d’humides et fraîches nuits, de brusques transitions de température contre lesquelles les noirs, naturellement insouciants, ne se précautionnent jamais. Habitués à négliger /hygiène la plus élémentaire, ils se couchent sur un plancher disjoint, peu ou pas vêtus. Aussi les vents de Nord de cette saison leur sont-ils toujours funestes et, passés en proverbe, on entend dire : Vents de Nord, vents de Mort !

A Paris, on a remarqué que les habitations situées sur les parties basses et humides avaient offert beaucoup plus de malades et de morts que les parties sèches et bien aérées. Il en a été ainsi à la Guadeloupe où la mortalité a exercé ses plus grands ravages, dans les cases basses, étroites, trèschaudes dans la journée et au contraire très-froides la nuit, mal closes quelles sont généralement.

Situées sur le chemin de la source ou de Darboussier, sur la route qui mène au cimetière, ces cases sont établies au-dessus de flaques puantes. Sous le plancher de plusieurs d’enlr’ elles, à peine isolé du sol, vivent des canards et des cochons. Les habitants répandent encore aux alentours de ces demeures, les détritus de leur nourriture : des têtes de poisson cru, des intestins de volailles, des légumes, même

de l’urine et leurs matières fécales. C’est donc au-dessus de ces bourbiers, sans cesse fouillés par les animaux dont j’ai parlé, que vivent des familles nombreuses.

Entassés en grand nombre dans ces demeures insalubres, les noirs peuvent-ils échapper à l’absorption des miasmes ? Cette agglomération n’est-elle pas, au contraire, de nature à porter à son summum de développement, la réceptivité de ces effluves mortelles?

Qu’un cas de choléra sporadique vienne à se produire dans ces cases, ne sera-t-il pas la conséquence toute naturelle de la putréfaction des matières animales dans les eaux croupies et saumâtres qui séjournent sous la maison? — Qu’arrivera t-il ensuite ?...

La fermentation des déjections alvines va développer le virus cholérique, et cette unique faute suffira pour embraser toute la colonie : c’est ce qui a eu lieu !

Lorsque M. Saint-Clair Jugla, maire par intérim de la Pointe-à-Pitre, guida la commission chargée d’aller faire comprendre aux habitants de la route du cimetière, le danger auquel ils s’exposaient en restant dans ces parages, ne trouva-t-il pas tous ces pauvres gens entassés dans une chambre étroite et autour d’un cadavre déjà en putréfaction?... On voyait en effet, trente ou quarante personnes plongées dans la douleur, au milieu des émanations infectieuses des déjections de la victime, ne voulant pas sortir, ne songeant plus au danger des miasmes qu’elles respiraient. — Ceux qui firent usage des linges ou de matelas empreints de ces déjections furent rapidement emportés par la maladie.

Pettenkoffer et Delbrück ont démontré en effet, que « ce

» sont les déjections des individus infectés de virus cholérique

» qui , probablement toujours et certainement le plus souvent » servent à transmettre le choléra à d’autres individus. »

« Un grand nombre de faits jusque là obscurs et en apparence contradictoires, se trouvent expliqués par celte découverte importante. Un seul individu infecté de virus cholérique et chez lequel les phénomènes d’intoxication peuvent ne consister qu’en une diarrhée simple, non dangereuse pour lui, peut transporter la maladie dans un lieu jusque-là épargné. Le malade peut continuer de voyager et se trouve bientôt délivré de sa diarrhée, mais dans le cabinet où il a satisfait ses besoins, sur son passage, il laisse une substance qui peut devenir la source d’une épidémie meurtrière. On comprend alors pourquoi les épidémies de choléra ne suivent pas une direction déterminée dans leur migration, pourquoi elles suivent toujours les grands chemins de communication, plutôt que la direction des vents.

» Dans les agglomérations, les maisons et les rues où habi^

tent des cholériques sont les lieux les plus exposés, parce

que généralement on verse les déjections dans les fossés, sur

la rue ou dans les rigoles. » (Niemeyer, T. 2. P. 732, Ed. 4866).

Tous les essais qui ont été tentés pour inoculer le choléra soit avec le sang, avec les larmes, la sueur, la salive, les déjections alvines fraiches ou toute autre humeur, ont été complètement infructueux. Ce n’est qu’à la suite de la fermentation des selles cholériques, que le virus s’est dévoppé et que la mort a foudroyé ceux qui en ont absorbé les miasmes.

A son début, le fléau a donc atteint la classe la moins aisée des faubourgs de la Pointe-à-Pitre, surtout les riverains du Canal-Vatable, ceux dont les cabanes avoisinent les flaques

du bas du morne du cimetière. Les privations que subissent ces malheureux, leur misère, leurs vêtements insuffisants les plaçaient dans les conditions les plus favorables pour contracter la maladie.

En raison de leur peu de force de réaction, de leur faiblesse, les enfants furent les premiers foudroyés ; puis les femmes, les vieillards, les constitutions uséçs par le tafia ou par des excès de toute nature. Lorsqu’après de pénibles travaux exécutés sous le soleil, les hommes robustes avaient l’imprudence de boire une trop grande quantité d’eau froide, ils succombaient bientôt, atteints par la maladie. Ce n’étaient pas la farine de manioc, la morue salée, les haricots secs, les fruits acides et le gros sirop, dont ils se nourrissent habituellement, qui pouvaient tonifier ou réparer les forces déprimées de ces travailleurs. Trop insuffisante, cette alimeiv tation peu substantielle et malgré cela indigeste, était plutôt pour eux une cause prédisposante au choléra.

Aux causes générales qui précèdent, après celles de l’hygiène et de la nature du sol, je citerai encore une période exceptionnelle de sécheresse de trois années consécutives : 1862, 1863, 1864.

Tarissant les mares des habitations rurales, cette sécheresse fit périr les bestiaux de soif, anéantissant du même coup les récoltes. A la Pointe-à-Pitre les puits étaient à sec et ceux qui faisaient exception ne contenaient qu’une eau saumâtre, très-chargée en sels de chaux et en chlorures. L’eau de citerne se vendait de 20 à 30 centimes la dame-jeanne, et l’on était heureux quand elle n’avait pas été préalablement additionnée d’eau de puits. Appréhendant le retour des pluies, la population redoutait, comme conséquence inévitable, l’apparition de la fièvre jaune.

Cette sécheresse changea donc le niveau de tous les canaux, celui des mares, dessécha les marais saumâtres du littoral, le Canal-Vatable, dont le fond était à sec sur plusieurs points de son étendue. Lesrayons solaires tombant directement sur ses

vases restées à découvert, activaient bien plus que de coutume la décomposition de toutes les matières animales enfouies dans ses limons, ainsi quele développement d’une foule d'êtres microscopiques, d’infusoires, dont les générations se succèdent avec une si prodigieuse activité.

Quand les pluies torrentielles commencèrent, elles tombèrent sans interruption du mois d’avril 1865 au mois* de mars 1866, précipitant alors sur le sol toutes les matières organiques ainsi que les gaz tenus en suspensions dans l’atmosphère.

Ces grandes pluies n’arrivent en effet à la terre, qu’après avoir balayé — pour me servir de l’expression de Bergman — toutes les immondices de l’air, tous ces matériaux charriés par ses couches, arrachés du sol ou à la mer par les vents, ceux produits par le passage de la foudre qui éclate, cefix vomis par la soulrière ou dégagés des marais, ceux qui naissent par mille causes diverses dans les couches aériennes, ceux crées au sein de l’air par la fécondation des germes ailés. Tous ces corps organisés revinrent donc à la terre, entraînés ou dissous par l’eau pluviale.

Le gisement de l’ammoniaque et de l’acide azotique atmosphérique (formé par l’action de l’ozone sur l’azote de l’air), se trouve dans les couches aériennes les plus proches de la surface de la terre, ainsi que l’hydrogène proto-carboné des ma-récages, et l’hydrogène phosphoré résultant de la putréfaction souterraine des matières animales. Ces gaz, ainsi

que l’azotate d’ammoniaque enrichissaient encore les pluies torrentielles.

Le Canal-Vatable ceint la ville de toute part, aboutissant à la mer à chacune de ses extrémités. Ne mesurant que sept . mètres de largeur sur deux mètres de profondeur, chaque marée y apporte une grande quantité d’animalcules, de mollusques, de poissons, et par suite du mauvais état actuel du fond, ce Canal ne rend plus à la mer que la moitié du volume d’eau qu’il devrait lui rendre. Créé dans un but d’assainissement, le Canal-Vatable est donc devenu un réceptacle d’eaux stagnantes, d’immondices de toutes sortes, un foyer de putréfaction très-pernicieux pour ses riverains.

« Quand le Canal-Vatable fut creusé pour donner un écou- » lement aux eaux des marais qui environnaient la Pointe-à- » Pitre, dit M. Gaillard, capitaine au long cours (1), on oublia » d’affecter des fonds pour son entretien. On supposait sans » doute, qu’une œuvre d’une utilité aussi incontestable ne » serait jamais négligée; ce fut une erreur !

» Depuis 1825, une seule opération complète de nettoyage » fut tentée, et nous pouvons dire hardiment qu’elle laissa » beaucoup à désirer.

» Il y a peu de temps, les riverains du Canal, et je suis un » de ces riverains, adressèrent une pétition au maire, alors » M. Léger, pour appeler son attention sur la mortalité cau- » sée par les fièvres qui nous désolaient, fièvres engendrées » par les exhalaisons putrides du Canal. »

M. Gaillard, comme on le voit, est de mon avis. Il attribue les fièvres mortelles du Canal à ses exhalaisons putrides. Or, ces lièvres ne sont autres que celles que j’ai signalées dans ces

(I) Journal Y Avenir, n° du 16 février 1866.

parages et qui ont tué : Madame Louisy Mathieu, le bijoutier Caniquit, le mécanicien Séraphin, etc., morts de choléra endémique. (Observations des docteurs H. Léger et Descorps.)

« Notre pétition fut accueillie, ajoute M. Gaillard, mais on » n’y put donner la suite que nous espérions, l’argent faisant » défaut dans la caisse municipale. On se contenta de faire » retirer une portion de la vase du canal à l’aide de grandes » cuillères manœuvrées par des condamnés. Quand la mer » était basse, le travail allait assez bien; mais le temps de la » basse mer dure peu, et à peine l’eau du canal commençait- » elle à s’élever que les cuillères ne rapportaient plus rien, la » vase au fond du canal étant déjà délayée avant d’atteindre » la surface de l’eau. J’ai bien longtemps suivi ce travail et » j’en parle en connaissance de cause.

» Pendant V épidémie que nous venons de traverser , la » plus grande partie des victimes fournies par notre ville » appartenait aux riverains du canal.

» C’est sur ses bords qu’habitent les malheureux, et, si la » santé est la fortune des pauvres, n’est-ce pas la meilleure » des bonnes œuvres que de la leur conserver ?

» Il suffit d’abord de nettoyer complètement le canal, et » ensuite de l’entretenir dans un état habituel de propreté. » Il en résultera deux avantages sérieux :

» La salubrité publique d’abord, puis l’écoulement plus » facile des eaux pluviales dans les grandes avalasses.

» Nous avons vu en 4 860 les eaux déborder par-dessus les » berges du canal, inonder les terrains nouvellement con- » quis, les boulevards, et s’étendre jusque dans la rue de » Nozières. Le canal, alors, était comme aujourd’hui presque » comblé et ne donnait pas à la mer la moitié du volume » d’eau qu’il aurait du lui rendre. »

Cette publication de M. Gaillard facilite ma tâche. La partie de sa lettre que je viens de reproduire et dont j’ai souligné les passages les plus importants, prouvent une fois de plus que l’épidémie cholériforme de la Pointe-à-Pitre n’a été que locale , et qu’on peut nier son importation du dehors sans être taxé d’impartialité.

En décrivant le Canal- Vatable, M. Gaillard n’a indiqué que ce qu’il voit dans la partie Est delà ville, dans celle qu’il habite. Mais ce canal possède encore de profondes ramifications dans le Nord, dans la vallée des Petites-Abymes, dans les faubourgs d’Enncry et de Nozières où des conditions d’insalubrité aussi graves existent. Dans ces parages, l’herbe croît sur certains points du chenal, encombré qu’il est de meubles brisés, de matières fécales, de cadavres d’animaux domestiques, ainsi que d’immondices de toutes sortes. Pendant l’épidémie on y a jeté des paillasses, des matelas, des draps de lit, des chemises souillées de déjections cholériques. Aussi les miasmes qui s’exhalaient de la partie Est du canal comprise entre la route des Petites-Abymes et la rue de Provence faisaient-ils fuir les passants. On sait déjà combien les déjections au contact des matières animales en décomposition favorisent d’une manière extraordinaire la production du virus cholérique. Il n’était donc pas étonnant de voir le fléau sévir plus longtemps dans ces quartiers. Griesinger a encore prouvé que l’accumulation d’ordures et de déchets organiques contribue puissament à la propagation du choléra.

A l’abattoir de la route du cimetière passe un ruisseau qui, du faubourg des Abymes, charrie les ordures de l’hospice Saint-Jules dans le Canal-Vatahle. Jusqu’au 1er novembre

1865, c’est-à-dire jusqu’au moment de l’épidémie, tout le

sang de cet abattoir a coulé de ce ruisseau dans le Canal.

Il est aisé de calculer la quantité de sang qui y a été introduite en observant que les bœufs de Porto-Ilico, ainsi que ceux de la Guadeloupe qui n’ont pas subi de croisement avec ceux du Sénégal, ne donnent, lorsqu’ils sont gras, âgés de quatre ans et châtrés, que 150 kilogrammes de viande au plus. Or, d’après le rendement de l’abattoir, j’estime que la quantité de sang fournie par chaque espèce d’animal doit èlre approximativement :

De dix-huit litres pour un bœuf, un litre trente centilitres pour un mouton ou cabrit, de cinq litres pour un cochon.

Le tableau suivant fera donc connaître le nombre des divers bestiaux tués dans le dernier trimestre de 1865 à cet abattoir, et la quantité de sang qu’on a laissé couler chaque année dans le Canal-Valable.

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Gomme on le voit, on a versé dans la partie nord du Canal-Vatable, qui avoisine le cimetière, celle où l’épidémie a pris naissance, 7126 litres de sang par trimestre, soit 28504 litres chaque année.

Je ne compte pas les animaux tués à la boucherie du chemin des Petites-Abymes, dont le sang a été répandu dans les marécages de la partie Est de la ville.

Ces faits ont-ils besoin de commentaires ?

Les terrains meubles et cultivés, plus élevés que le Canal- Vatable, y laissent donc couler leurs eaux pluviales où elles n’arrivent qu’à l’état de véritables lessives, chargées qu’elles sont de toutes les matières solubles qu’elles ont pu recueillir pendant leurs parcours.

Ce n’est pas, en effet, à la nature ni à l’abondance des sels que ces eaux contiennent, qu’elles doivent leur insalubrité, mais bien aux cadavres d’animaux : cochons, chiens, chats, poulets, rats morts qu’on jette dans le canal, ainsi qu’aux matières fécales accumulées sur plusieurs points ;

C’est au sang des abattoirs, cette chair coulante si facilement putréfiable, aux poissons, aux poulpes, aux mollusques uni-valves ou bi-valves (moules et huîtres), aux animalcules phosphorescents, fournis par la mer à chaque marée ;

C’est aux mycodermes, à ces produits ultra-cellulaires, aux conferves, aux herbes touffues, aux racines, aux branches et aux feuilles mortes, à la vase argilo-calcaire, surtout à l’humus, etc. ;

C’est à toutes ces matières végéto-animales qui pourrissent au sein de l’eau très- saumâtre du Canal, qu’on doit le perpétuel dégagement de gaz sulfhydrique, de sulthydrate d’ammoniaque, d’hydrogène proto-carboné, d’acide carbonique, d’hydrogène phosphore, etc., qui s’en échappent.

C’est le gaz sulfhydrique excrété par les mollusques qui, à l’état naissant, transforme en ammoniaque l’acide azotique des azotates qui se produisent. Il se forme encore dans les dépôts: des carbonates, des sulfates, des phosphates alcalins et terreux dont certains des éléments favorisent le développement des sporules suspendues dans l’air, et dont le résultat ultérieur est de faire naître des mucédinées, des mycrophytes etc. M. Pasteur a en effet démontré que les êtres infiniment petits peuvent produire des putréfactions et des fermentations. Il a prouvé encore que le phosphate de chaux gélatineux possédait spécialement la propriété d’activer la putréfaction des matières végéto-animales. Or, que se passet-il dans le Canal-Vatable, où stagnent tant de substances animales et phosphorées, dans ce véritable laboratoire de chimie, creusé, ainsi que les lavoirs du cimetière, dans une roche calcaire (roche à ravels), si ce n’est une production constante de phosphate de chaux ?

On le voit, le Canal-Vatable contient aujourd’hui tous les éléments capables de donner spontanément naissance à un choléra endémique, effluve réputée jusqu’à ce jour comme ne pouvant surgir que du fleuve indien. Pourquoi établir alors en axiome qu’il ne peut prendre naissance que dans l’Inde, lorsqu’ailleurs on rencontre réunies, toutes les causes de production de cet agent morbide ?

Le choléra n’a-t-il pas pris naissance spontanément à la Mecque au milieu des pèlerins agglomérés, sous l’influence de la putréfaction des matières animales amassées en si grande quantité autour de la Ville Sainte ? — C’est de là qu’il s’est étendu partout.

Peu de temps avant l’épidémie, des prisonniers de la geôle

curaient, au moyen des cuillères dont a parlé M. Gaillard, la partie Nord du Canal -Valable, laissant comme de coutume les vases fétides sur la berge. Dans le Sud de la ville, les godets de la drague saturaient les quais d’émanations sulfhydriques. C’est donc sous l’influence des conditions insalubres que je viens d’énumérer, que les riverains du Canal présentèrent, dès le mois de mai 1865, des cas de fièvres à détermination gastro-intestinale, des fièvres pernicieuses algides cholériformes, dyssentériques ou typhoïdes, enfin des cas de choléra sporadique.

Telle était la constitution médicale de la Pointe-à-Pitre, lorsque l’ouragan du 6 septembre éclata, ouragan qui se fit surtout remarquer par une émission considérable de fluide électrique et qui modifia si profondément les qualités vivifiantes de l’air, l’impressionnabilité des habitants et des animaux, enfin l’intégrité du sol, rompant l’équilibre si nécessaire à la santé. Ces causes puissantes déterminèrent alors la terrible épidémie dont je me suis fait l’historien.

Que se passe-t-il habituellement dans ces tourmentes électriques?

Les vents enlèvent à la surface des mares, des rotifères, des brachions, une multitude d’animalcules invisibles. Immobiles et offrant toutes les apparences de la mort, ces êtres flottent suspendus dans les airs, jusqu’à ce que la pluie les ramène à la terre nourissante, dissolve l’enveloppe qui enferme leurs corps tourbillonnants et diaphanes, et que l’oxigène que l’eau contient donne à leurs organes une nouvelle irritabilité.

Les météores de l’Atlantique, formés de vapeurs jaunes et poudreuses, qui, des îles du Cap-Vert, s’avancent vers l’Est, dans le Nord de l’Afrique, en Italie et dans l'Europe centrale,

sont,, d’après les belles découvertes d’Ehrenberg, des amas d’organismes microscopiques enfermés dans des enveloppes siliceuses. Beaucoup errent durant de longues années, à travers les couches les plus élevées de l’atmosphère, jusqu’à ce que des courants d'air verticaux ou les vents alizés qui soufflent dans les hautes régions, les ramènent, capables encore de vie et tout prêts à se multiplier par la division spontanée.

On a donc remarqué que le choléra s’est souvent déclaré après de violents orages, de violentes perturbations de l’atmosphère, après surtout une émission anormale d’électricité. C’est précisément ce qui a eu lieu pendant l’ouragan dont je vais décrire bientôt la marche et les phénomènes principaux.

Mais, bien avant l’ouragan, la colonie subissait les effets de causes météorologiques anormales. Les ciels étaient fréquemment gris, sombres, chargés d’électricité et, quoique le tonnerre ne se fît pas entendre, les éclairs chaque soir embrasaient l’horizon. Ces temps lourds indisposaient non seulement les Européens, mais aussi les Créoles. La foudre éclata enfin.

L’histoire de la Martinique relate l’ouragan de 1766, à la suite duquel une épidémie enleva plus de deux mille personnes à Saint-Christophe, à la Guadeloupe et à la Martinique.

Ce fait, non écrit pour les besoins de la cause, prouve combien la décomposition organique peut devenir active dans de pareilles conditions et imprimer aux maladies qui se montrent dans le moment, un caractère épidémique inconnu jusqu’alors.

M. Moreau de Jonès cite plusieurs autres coups de vents qui n’eurent pas les mêmes conséquences. Après celui de 1825,

dont on se souvient encore à la Guadeloupe, vient celui du 23 juin 1831, qui ravagea la Dominique. Ceux des 21 septembre 1834 et 1835, qui n’éprouvèrent que la Basse-Terre.

Le 26 juillet 1837, un autre ouragan ravagea la Barbade, jetant vingt -deux bâtiments à la côte dans le port de Bridegetown.

Le 2 août de la même année, les îles sous le vent furent éprouvées.

Le 13 septembre 1846, un coup de vent de peu d’importance passa sur la Guadeloupe et ses dépendances.

Le 21 août 1848, la Désirade fut ravagée ainsi que plusieurs communes de la Grande-Terre (Guadeloupe).

Rien dans ces coups de vents ne peut être comparé à ce qui a eu lieu dans l’ouragan électrique du 6 septembre 1865 — (1).

La journée du 6 septembre 1865 fut belle dans toutes les Antilles.

A la Pointe-à-Pitre, le baromètre resta à 0,766 millimètres jusqu’à 4 heures du soir. Mais à partir de cet instant, le ciel chargé d’électricité commença à s’assombrir ; la mer déferla

sur les récifs de l’entrée de la rade et le baromètre descendit de deux millimètres.

A 6 heures il marquait 0,760 millimètres. Alors commencèrent les grains mêlés de rafales, se succédant bientôt avec beaucoup de violence, sans interruption; une pluie torrentielle ne cessa de tomber.

A 7 heures les bourrasques vinrent du N. E.

(1) Voir le Journal de Y Agriculture des pays chauds , numéro de septembre 8G5 — Y Illustration, journal universel, n° des 16 et 23 octobre

A 8 heures apparurent les éclairs, des météores fulgurants qui, sans répit éclairaient le ciel ; des trépidations du sol, variant du Nord à l’E. N. E. L’ouragan éclata dans toute sa fureur de 8 heures à 9 heures, le baromètre restant à 0,757 millimètres. Des éclairs sans tonnerre, d’une nature particulière, se succédaient, ressemblant à l’embrasement que produit la projection d’une poudre inflammable sur des charbons ardents.

A 9 heures et demie, le baromètre remonta de 3 millimètres; alors passant à l’Est, le vent commença à mollir et vers 10 heures, les grains diminuant de violence, le calme se fil peu à peu.

A minuit, le baromètre s’éleva à 0,763 millimètres et à 0,766 le lendemain matin ; le pluviomètre contenait 0,038 millimètres d’eau.

A Marie-Galante où l’ouragan a été le plus terrible, le vent ne changea que dans l’après-midi ; le temps très-calme jusqu’alors commença à s’assombrir, le vent souffla du Sud, le ciel se chargea de nuages noirs.

A 4 heures, éclata un raz de marée formidable, couvrant d’écume les récifs du Nord de la rade du Grand-Bourg, et déferlant sur la plage à une distance de cent mètres environ.

Passant au Nord puis au N. E., l’ouragan éclata vers six heures avec une rapidité incroyable. La terre sembla trembler à deux reprises, les éclairs répétés mettaient l’atmosphère en feu ; on assure même que des flammes sortirent du sol.

Le vent passant au Sud, des trombes emportèrent les toitures ; la rue de la marine fut ravagée, une maison fut, sur un autre point, lancée comme une flèche dans une savane à 300 mètres de son emplacement primitif. L’usine de M. de Retz s’écroula écrasant sous ses ruines plusieurs victimes. Le

baromètre, à 0,765 millimètres le matin, était alors à 0,711 millimètres.

Après 9 heures, le vent tomba et l’ascensiou du baromètre se fit de plusieurs lignes ; le ciel s’éclaira des faibles lueurs de la lune, mais la campagne était ravagée dans toutes les directions, ainsi que la partie S. E. de la ville.

À la Basse-Terre, le temps ne changea qu’à 4 heures ; le baromètre étant à 0,750 millimètres.-Les premiers tourbillons venant du N. O., se firent sentir et la colonne de mercure s’affaissa tout à coup de 5 millimètres. Une trombe passa à un mille au large.

A 6 heures, le vent se fixa au Nord et, de 7 heures 15 minutes à 8 heures 25 minutes, le baromètre descendit à 0,727 millimètres. Le vent de Nord augmentant graduellement à chaque rafale, la tempête devint imminente.

A 8 heures 15 minutes, les vents sautèrent au N. E. et peu d’instants après à l’Est, les rafales devenant très-violentes. La mer monta furieuse, brisant tout sur son passage, envahissant les quais. Le baromètre ayant subi 32 millimètres de dépression, était à 0,718 millimètres.

A 9 heures, le vent sauta à l’E.-S.-E., et mollit à 9 heures 15 minutes; le baromètre remonta à 0,734 millimètres. — A 9 heures 50 minutes, le vent s’apaisa, les bourrasques diminuèrent de fréquence, le ciel s’éclaircit et la lune apparut.

A 10 heures, le mercure atteignit 0,741 millimètres; à 11 heures 30 minutes, il était à 0,745, limite qu’il conserva jusqu’au lendemain 7 heures, stationnant alors à 0,748 millimètres.

Depuis 7 heures et demie jusqu a 10 heures du soir, la pluie tomba par torrents.

Au Camp-Jacob, situé à 545 mètres au-dessus du niveau de

la mer, le baromètre descendit de 0,721 millimètres à 0,690 pendant la durée de l’ouragan, autrement dit de 31 millimètres.

En résumé, les dépressions barométriques ont été : de 0,01 1 millimètres à la Pointe-à-Pitre, de 0,012 millimètres à la Basse-Terre, de 0,031 millimètres au Camp-Jacob et de 0,054 millimètres à Marie-Galante.

Le vent de Nord a d’abord frappé Marie-Galante et les Saintes, commençant une œuvre de destruction que le vent du Sud a complétée.

A la Guadeloupe, les vents de N.-E. et d’Est ont frappé le Petit-Bourg, Sainte-Marie, La Capesterre, les Trois-Rivières-

Les vents d’Est et de S.-E. ont dévasté les hauteurs du Camp-Jacob, du Matouba où des arbres deux ou trois fois centenaires ont été déracinés aussi facilement qu’on pourrait arracher du sol une balsamine. Ainsi sont tombés des acajous énormes que dix hommes réunis n’auraient pu embrasser. Ces vents se sont encore violemment faits sentir à la Basse-Terre? dans les communes du Baillif, des Vieux-Habitants et de la Pointe-Noire.

La Grande-Terre, cette partie plate et la plus cultivée de la Guadeloupe, a peu souffert. La Pointe-à-Pitre, sa ville princi-

dans les communes de Saint-François, du Moule, de l’ Anse- Bertrand.

L’électricité a produit des effets surprenants: des barres de fer d’un très-gros volume ont été tordues; la grille de l’ancien gouvernement, à la Basse-Terre, a été coupée, tordue et arrachée de son scellement. Courbée à angle droit, la girouette de l’hôpital du Camp-Jacobest restée en cet état. Des jantes de

roues ont été brisées sous le retrait de leurs cercles en fer, faisant aussi sortir leur moyeu.

A Marie-Galante, les tiges de fer qui servaient de coulisses à la lanterne du phare ont été coupées. Les colonnes, les piliers de fonte qui supportaient la longue toiture ên fer de l’usine de Retz ont été brisés, tordus, fixés en réseau ; les tuyaux métalliques de cette usine ont été brouillés comme pourrait l’être un écheveau de fil.

Des globes s’enflammaient dans l’air, emportés par les rafales et semblables à des lampes funèbres ; on pouvait les suivre un instant dans leur course rapide.

Tel est le résumé succint de cette tempête électrique, dont la violence et les conséquences ultérieures seront si terribles

que le souvenir ne s’en effacera jamais dans la colonie !

L’ouragan ne s’est pas fait sentir à la Martinique, mais à cent lieues dans le Nord, le brick du commerce la Loire fut démâté.

A la Dominique, on ne l’a pas ressenti dans la partie Sud, tandis que toute la partie N. 0. de cette île a vu ses cases et ses plantations détruites.

La Guadeloupe fut couverte de trombes d’eau salée se résolvant en pluies diluviennes. Aussi, dès le lendemain de la tourmente, trouvait-on très-saumâtre l’eau des puits de la Pointe-à-Pitre, celle des mares environnantes, ainsi que celle des sources.

Doit-on s’étonner encore, si le Canal-Vatable, enrichi d’un surcroît de sels et de matières organiques enlevées à l’Océan,

soit devenu des plus meurtriers ?

Marche du baromètre , force et direction des vents 'pendant l’ouragan du 6 Septembre 1865.

Un mois s’était à peine écoulé, que sous l'influence de cet ouragan électrique , et les grandes chaleurs de l’hivernage aidant, le Ganal-Yatable, ses artères bourbeuses et les marécages voisins, ressemblaient à autant de chaudières en ébullition. De volumineuses bulles de gaz montaient en chapelet et sans interruption, du fond à la surface, répandant dans l’air une prodigieuse quantité de miasmes fétides. L’Épidémie commença !!!...

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