REPAS
moins compétents, l’admettent encore, en se montrant toutefois conciliants.
D'autres, s'appuyant sur les observations qu'ils ont eu occasion de faire, ont pensé que seule la période prééruptive, celle dite période d’invasion, communique la maladie, la fièvre morbilleuse.
Quelques-uns admettaient que la contagion commençait avec l’éruption sans préciser à quel moment elle cessait.
Nous voyons que la période prodromique latente se trouve dépourvue de défenseurs, que seules celles de desquamation, d'éruption et d'invasion ont eu des adeptes, des représentants.‘ Aujourd'hui l'entente semblese faire et l'héritage paraît révenir tout entier à la période d'invasion et aux premiers jours de la période éruptive qui la suivent, pour ce qui concerne la succession du pouvoir contagieux. Je ne citerai que comme preuves, les conclusions des D Evanno et Gannelon : « La contagion ne ‘se fait pas pendant la desquamation, mais bien pendant la période prodromique, et sa puissance contagieuse va en décroissant pendant l'éruption. Evanno. Thèse de Paris, 1892. »
« La contagion de la rougeole commence à se manifester dès le début de la période d’invasion et l'apparition du premier malaise. Elle s'éteint, en général, 5 à 6 jours après l’éruption. Thèse de Gannelon. Paris, 1892.» |
Loin de nous la prétention d'apporter à cette question sa solution définitive.
Cependant, une chose nous a étonné : nous nous sommes aperçu, en lisant l’histoire de la contagion de la rougeole, que tous ceux, qui exposaient leurs observations pour leur manière de voir, avaient tous quelques exemples qui leur faisaient obstacle pour poser des conclusions absolues.
Et, à notre tour," nous avons cru. être autorisé à nous demander à quelles périodes la rougeole est-elle contagieuse ?
Si nous admettons, ce qui est prouvé, que la rougeole est une
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maladie cyclique, qui évolue en traversant quatre phases, toutes bien distinctes et inégales par leur durée: période prodromique latente, période d’invasion, période d’éruption et. période de desquamation; nous examinerons successivement ce qui à été dit sur chacune d'elles, nous verrons aussi quelle est la part de raison que chacune d’elles semble rencontrer dans notre épidémie.
Pour nôus conformer à notre plan, nous nous demanderons tout d’abord : la rougeole est-elle contagieuse à la période pro-
dromique latente?
Panum, de Copenhague, à qui revient l'honneur d’avoir écrit le premier travail sur la contagion de la rougeole, à la suite de nombreuses observations qu’il fit aux îles de Saint-Féroë, en 1846, s'exprime ainsi: «S'il est admis en principe, dit-il, que l’incubation est de 13 à 14 jours, si d'autre part des exemples
imposants par leur nombre et leur authenticité prouvent qu'ha-.
bituellement il s'est écoulé juste 13 où 14 jours entre les premiers symplômes de l’éruption chez un malade et l'apparition de l’exanthème chez ceux auquels on à communiqué la maladie, n'est-il pas évident que la contagion à eu lieu à la période d’efflorescence ? On est au moins en droit de conclure qu'elle n’est pas contagieuse tant qu’elle reste à l’état latent. L’est-elle à la période des prodromes ? Sans connaitre des faits qui démontrent la possibilité de la transmission durant les simples accidents calarrhaux, je ne serai pas en mesure d'établir le contraire. »
-Panum conclut d’une façon explicite, très claire, que la période d’incubation n’est pas contagieuse et ne soupçonne pas que la période catarrhale puisse aussi donner la maladie.
Les cliniciens modernes croient aussi que la fièvre morbilleuse ne peut pas se communiquer durant cette période,
M. Grancher, d’après Gannellon, «est à peu près le seul à
admettre que la rougeole peut se communiquer, dès la première
-heure de l'invasion de la maladie, avant tout symptôme apparent, avant même l'élévation thermique qui marque le début de la période d’invasion, de sorte que le mal est déjà pris lorsque le diagnostic est possible. La démonstration du fait ressort, ajoute-t-il, de la confrontation des dates d’entrée, dans la salle, d'une rougeole méconnue et de l'apparition de l’éruption rubéolique à 14 ou 15 jours de là chez un, deux, trois enfants. Les 14 ou 15 jours sont le temps nécessaire à l’incubation et à l’invasion de la maladie ». |
À notre tour, nous ne pourrions pas nous empêcher de signaler notre. élonnement, si on n’admet pas que la rougeole est contagieuse à cetle période, lorsque nous voyons la maladie ren-. trer dans une maison, au milieu d’une famille composée de plusieurs enfants, suivre une marche presque invariablement la même, s'attaquer d’abord à celui dont l’âge se rapproche le : plus de 12 ans, passer à celui qui succède par rang d'âge à ce dernier, ainsi de suite, et nous avons rarement vu 8 jours marquer la différence du début de l’éruption du premier, du début de l’efflorescence du dernier enfant atteint dans l'épidémie qui nous intéresse. |
On peut, sans doute, dire tout d'abord que les germes sont entrés dans la famille, parmi les membres qui la composent, puisés à des sources, à des foyers de contagion différents. Cette raison nous paraît bonne pour être donnée, opposée à une observation isolée, mais on ne saurait expliquer par elle de si nombreuses coïncidences. Si donc nous supposons que la rougeole a été introduite par celui qui est arrivé le premier à Ja période de l’éruption, et si nous accusons celui-ci d’avoir donné la maladie à ses frères, nous serons forcés d'admettre que la rougeole a, à sa période d’incubation aussi, son pouvoir contagieux.
On pourra peut-être, aussi, nous objecter : l’évolution de la période d’invasion a été de plus courte durée chez les enfants
plus jeunes. On ne peut pas admettre une évolution plus courte
= 4 = pour l’enfant secondairement atteint, âgé par exemple de 8 ans et en admettre alors une plus longue pour celui qui né serait que dans sa quatrième année.
Cette argumentation ne marcherait plus en harmonie avec les faits considérés comme vrais, relatés dans la thèse de M. Macry,
en 1888: « lorsqu'une épidémie de rougeole envahit une région
qu’elle n’a jamais visitée, ou qu’elle frappe à de rares intervalles,
elle prend un caractère malin dont l'épidémie des îles Saint- Féroé,
rapportée par Panum, et l'épidémie des îles Fidji, 1875, venue de l'Australie du sud, nous donnent un très bon exemple ; non seulement tous les âges sont atteints, mais encore la rougeole frappe toutes les portions de l'organisme indistinctement,et les complications sont très fréquentes. Dans l’armée aussi, tous les médecins militaires ont remarqué que ce sont surtout les jeunes recrues, n’ayant jamais eu la rougeole, qui sont frappées de préférence et que chez celles-ci, l'affection, si bénigne d'ordinaire, peut prendre un caractère grave ».
Le jeune enfant qui, sorti il ÿ a quelques mois à peine, de l’utérus de sa mère et qui n’a encore emprunté au règne extérieur d’une façon directe que l'air pour l'entretien de sa vie, nous semble moins prédisposé à la contamination de la maladie, et si nous admettons à priori que celui qui est le moins prédisposé résiste le plus aux atteintes, nous conclurons que l’incubation devrait être plus longue chez l’enfant que chez l'adulte ; si l’enfant vient d’une mère immunisée comme le cas se présente dans notre épidémie, cette seconde objection ne pourrait trouver un point d'appui solide pour être soutenue,
Bien plus sérieuse est l’objection suivante : Dans ces circonstances le premier atteint aura pu jouer le rôle de facteur, et aura donné, communiqué les germes qui l'ont lui-même contagionné en ne servant que comme moyen de transmission indirect. S'il en est ainsi, le rôle est important et vaut la peine qu'on en tienne compte dans un milieu hospitalier : car il aurait,
dans la population qui nous occupe, servi à donner la maladie dans la plupart des familles.
Nous croyons donc, après M, Grancher, que la rougeole. est contagieuse à la période d’incubation.
Période d'invasion. — La période d'invasion proprement dite est-elle contagieuse ? Comme nous l'avons dit au commencement de ce chapitre, aujourd'hui on lui accorde presque toute l’hérédité du pouvoir contagieux. Panum ne la lui accorde pas, mais déjà avec plus d'hésitation qu’il n'a mis pour la refuser à la péricde latente.
Mayr a été le premier qui a voulu prouver d’une façon positive que cette période est contagieuse.
En 1860, cet auteur publie, dans un journal de médecine, l’exemple d’un enfant de Vienne qui va faire un voyage dans une ville où il y avait la rougeole, voit un de ses amis qui était à la période catarrhale prodromique; de retour et quatorze jours après ce contact, cette visite chez ua rubéoleux, l’éruption apparaît chez lui.
En 1865, Girard, de Marseille, qui paraît n'avoir pas eu connaissance du fait rapporté par Mayr, adresse à la Société médicale des Hôpitaux une lettre où il pose nettement la question suivante : À quel moment dans les fièvres éruptives la maladie cesse-t- elle d’être contagieuse ? Dans cette lettre, il soutenait les propusitions suivantes :
1° La transmission des fièvres éruptives se fait dès le premier jour, alors qu'apparaît la fièvre d'invasion.
2° Passé celte période la contagion n’a plus lieu, d’où l’inutilité des. quarantaines si longues imposées aux convalescenis.
La société rejette, à la presque unanimité, les propositions de l’auteur marseillais, sauf Blache, qui en était le rapporteur et
so H. Roger, de Paris, qui affirma en avoir observé un cas dans sa clientèle. : | bts
En 1872, Dumas, de Cette, publia dans le Montpellier médical, douze observations venant affirmer que la rougeole était contagieuse à la période d’invasion.
En 1873, Lancereaux reprend la question et soumet à la même société, qui avait refusé les opinions de Girard, de Marseille, deux faits qu’il venait d'observer. |
« La première observation rapporte que, le soir du 23 décembre, dans une réunion, un enfant présentant toute la symptomatologie de la période catarrhale de la rougeole s'était trouvé en contact avec deux petits enfants du même âge que lui. L’éruption rubéolique est apparue, dit-il, le 24 décembre, chez le premier, et le 4 janvier chez les autres». Il affirma dans cette observation qu'une enquête minutieusement faite lui prouvait qu’il n'y avait eu que ce seul moyen possible de transmission. ù
« Deuxième observation. F..., âgé de 8 ans, accuse, le 8 février, le premier malaise de la fièvre morbilleuse ; passe la soirée du 9 février chez son oncle, qui avait quatre enfants ; contagionne ses deux cousines, qui ont successivement l’éruption, l’exanthème de la rougeole, l’une le 22 et l’autre le 25 février ». Cette communication ne souleva aucune objection, et, dans la mème séance, Vidal rapporte un cas de contagion de cette période et confirme les faits rapportés par Lancereaux. fs
En 1876, Dumas donna, dans un mémoire présenté à la Socié‘é de médecine pratique, quinze observations nouvelles, dans lesquelles onze fois le contact avait eu lieu pendant l’invasion, la veille de l’éruption ou les jours précédents,
Il maintient les conciusions de son premier travail, et répète que la rougeole ést éminemment: contagieuse à la période d'invasion, alors que l'enfant, ne paraissant pas incommodé, peut sortir et se livrer à ses jeux. « L'agent contagieux,
ajoute-t-il, à probablement sa source à la surface des muqueuses uasale, palpébrale et bronchique, qui sont atteintes, dès le début, d'un catarrhe sui generis. Enfin, il ne me paraît pas démontré qu'elle soit contagieuse à toutes les périodes. Je crois que sa puissance de transmission décroît d’un stade à l’autre, pour cesser à celui de la desquamation ».
La même année, dans une communication qu'il fit à la Société des sciences naturelles et médicales de Dresde, sur le mode de la propagation de la rougeole et de la scarlatine, R. Fœærster émet une opinion analogue : « Lorsque dans un milieu un enfant est contaminé, il n’est pas rare que les antres enfants sains en contact avec ldi, ne soient pas infectés, le premier ou le second jour de la période prodromique. La contagion date rarement, ajoute-t-il, de la période d’éruption ou d’une période postérieure ».
Eu 1882, le D’ Béclère, dans une thèse où il rapporte cinquante-deux observations personnelles de rougeole, contractée à l’hôpital des enfants malades, à étudié avec beaucoup de soins la contagion de la rougeole : « Quand un enfant de nos salles, dit-il, a présenté une éruption rubéolique, quelques jours après avoir été en contact avec un morbilleux, nous avons toujours noté que ce morbilleux était à la période d’invasion ou à celle d’éruption, et, dans ce cas, que l'éruption était en pleine efflorescence ». | |
La même année, Cade de Cassicourt publiait, dans son livre, un cas très probant de contagion pendant la période prodromique.
« Un jeune garçon est ramené de sa pension dans sa famille, à Paris, avec les prodromes de la rougeole. À son arrivée, il voyait sa sœur, plus jeune que lui, qui habitait avec ses parents, Join de toute. influence morbilleuse. J'étais mandé, et, à peine arrivé, je faisais partir la petite fille pour Meudon.
Le lendemain soir, vingt-quatre heures après, l’éruption se
ss 88 — montrait chez le petit garçon. Le contact entre les denx enfants n'avait donc eu lieu que pendant les prodromes. Huit jours après, Ja petite fille commençait à avoir du coryza et du lar mojement,
Au bout de trois jours, l’éruption.se montrait.
En 1885, le D° Geschwind relate l’observation suivante : « L'ordonnance du capitaine P... se trouve indisposé le 28 mars 1885 ; le 29, retourne à la caserne, ne revient plus chez son officier ; le 39 mars apparaît une éruption morbilleuse, et G... est isolé à l'hôpital. Le capitaine P... a 3 enfants. Le 8 avril, dix jours après que l'ordonnance eut quitté la maison, un premier enfant eut des prodromes et le 10 avril, éruption ; un deuxième eut des symptômes catarrhaux le 10, et l’éruption le 12. Enfin, le dernier présenta de la fièvre le 17 et l'éruption le 21.
En 1887, le D' Giron rapporte ses observations et relate que, sur deux cent cinquante cas observés, il a pu se convaincre que la période d’invasion en avait contaminé le plus grand nombre. Bard, de Lyon, à la suite d’une épidémie qu'il a observée à l'hôpital Saint-Pothin, conclut aussi. que la période d’invasion est presque seule à craindre pour la propagation de la maladie.
Sevestre, dans ses leçonsciliniques, a avancé ceci : « La rougeole est contagieuse dès le début de la période d'invasion, mais elle ne l’est pas avant. Pour appuyer ses conclusions, M. Sevestre cite le cas d’un jeune garçon en incubation de rougeole qui, dans l'après-midi du 25 décembre 1888, assiste à une matinée d'enfants où ils étaient une douzaine. Le soir, il se plaint de lassitude, de mal de tête et se couche de bonne heure. Le lendemain, il assiste à une nouvelle matinée d'enfants ; à ce moment il était à la période de catarrhe, et deux jours après, le 29, äl avait une éruption de rougeole. Or, parmi les enfants de la première série, aucun ne contracta la maladie, sauf la sœur, qu couchait dans là même chambre que lui, «et d'après le calcul fait, elle:avait dû être contagionnée dans la muit du mardi au mer-
| — 839 — credi. Parmi les enfants de la deuxième série, plusieurs eurent la rougeole ».
La période d’invasion est done reconnue éminemment contagieuse ; les 5°, 7°, 14° et 36e observations nous ont prouvé, chacune pour leur compte, que la phase prodromique avec symptômes catarrhaux est capable de communiquer la maladie.
La rougeole à la période d'éruption a-t-elle un pouvoir :contagieux ? — Panum, à qui il faut toujours revenir quand on fait l'étude de la contagion de la rougeole, faisait coïncider le contage avec le début de l’efflorescence et le faisait cesser avec elle. Aujourd’hui, on la croit contagieuse ; mais on croit aussi qu’elle perd ce pouvoir au fur et à mesure qu'elle s'éloigne de la période d’invasion. Cette croyance est légitime, puisque l'importance de donner la maladie est presque toute accordée à la période d’invasion, puisque aussi, d'autre part, chacun avait des faits pour se convaincre que cette phase était aussi à redouter pour la contagion.
49 Période de desquamation ow de convalescence. — Jusqu'en 1846, tout le monde pensait que, seulement à cette période, la fièvre morbilleuse était contagieuse, les cliniciens étaient tellement convaincus du pouvoir contagieux de cette phase de la rougeole qu’ils n'avaient jamais eu l’idée de contrôler si la période de desquamation était seule responsable de la propagation de la maladie. |
En 1846, Panum s’exprimait ainsi : « On croit assez généralement que la rougeole est surtout contagieuse pendant la desquamation. Sur quelle base repose cette croyance ? Je ne saurais
le dire ; quant à moi, je n’ai vu qu’un seul cas de nature à me
convaincre que la contagion ait lieu pendant la période de desquamation. La transmission, en tenant pour constante la durée que j'ai assiynée à l’incubation, a toujours été faite à l’époque où les boulons se développent ».
Panum déjà voulait lui faire perdre son droit, et, sur 6,000 observations, il prétend que dans un cas seulement, la contagion a
pu se faire à cette période.
Les auteurs et les cliniciens ont continué à signaler la rou- ‘geole contagieuse à cette période, et n’ont rencontré encore que les obstacles que nous venons de signaler en analysant la période d’invasion.
De nos jours, Gannelon prétend que les cas de contagion à la période de desquamation sont des cas exceptionnels. Ainsi, très puissante hier, nous la voyons très peu à redouter aujourd’hui.
De notre côté, nous pensons qu’elle est à craindre, puisque nous l'avons vue, comme nous le témoignent les observations rv etLxlv, commencer et terminer l'épidémie.
Nous croyons donc :
1° Que la rougeole est contagieuse à toutes les périodes ;
2° Que la période d’invasion catarrhale est plus contagieuse que toutes les autres périodes ; parce que, à ce moment, l'enfant sort encore, tousse, éternue et a ses yeux larmovants. Son poumonet ses fosses nasales font alors office de pulvérisateurs de débris muqueux virulents, vicient par la toux et les éternuements leur voisinage. Voilà pourquoi leur approche est plus
dangereuse; tandis que dans les autres cas, il faut un contact plus direct.