AU LECTEUR BIENVEILLANT
GUILLAUME DE BAILLOU , Du. MÉDECIN'DE PARIS , SALUT.
Est-il un seul de nous qui vive comme s’il était né uniquement pour les jouisssances matérielles , et qui , à la façon des brutes , ne tienne compte ni du jour présent, ni de la veille , ni des éventualités du lendemain ? Chacun , au contraire, s’applique avec sagesse à étudier les temps passés, et à relier, autant que possible, les faits actuels aux faits à venir. S’il en était autrement , ce serait sans motifs que nous jouirions en commun de la lumière des cieux, et qu’une génération précéderait une autre génération. Les hommes tirés d’une sorte de chaos universel^ ou produits par le concours fortuit et la réunion des atomes de Démocrite , ne connaîtraient rien d’antérieur et de postérieur à eux , ni enfance, ni virilité, ni vieillesse, ni décrépitude.
Mais puisque la Nature n’a pas tout confondu dans une uniformité générale , et qu’elle a établi des âges par lesquels les hommes se distinguent les uns des autres , comme les personnages dans les actes successifs d’une comédie , elle a donc voulu , par les rapports qu’elle a établis entre les générations , que les premiers nés , comme façonnés par l’usage des choses , et instruits par la marche du temps , transmissent à leurs descendants une partie de ce qu’ils ont connu , vu , appris et observé, afin que,, toujours appliquée à cette œuvre, la postérité l’accroisse, la diminue, l’améliore , la perfectionne, ou y introduise de nouvelles décou-