AU LECTEUR
vertes. Manquer à cette tâche, c’est, pour l’homme, se dépouiller de la faculté qui le rapproche le plus de Dieu. Il n’y a dès lors plus de raison de le distinguer et de le mettre au-dessus de ces troupeaux qui n’ont d’autre loi que l’assouvissement de leur faim.
C’est pourquoi j’ai noté les changements annuels des saisons , leurs états rares et leurs variations , afin d’en conserverie souvenir, et de le faire servir au profit de l’art que je cultive. Celui qui se livre à l’exercice de la médecine sans se préoccuper de l’étude des saisons, étude non moins importante pour connaître les maladies que pour les traiter, se conduit comme le voyageur qui entreprend un voyage sans s’enquérir de la route qu’il doit suivre. Par contre , ceuxlà sont convenablement préparés aux fonctions de notre ministère , qui se sont familiarisés avec la connaissance des constitutions antérieures et la prévision des constitutions prochaines , de manière à ne pas crier à la nouveauté lorsque des maladies se présenteront avec tel ou tel génie , et à ne pas être terrifiés par toute affection nouvelle , comme s’ils étaient en face de quelque monstre inconnu , ainsi que cela arrive à ceux qui vivent au jour le jour , peu au courant des choses d’autrefois : on les voit tomber dans l’étonnement des demi-savants et dans les explications du vulgaire. Tandis qu’ils s’absorbent dans leur surprise , ils laissent échapper et se perdre une foule de faits qui , recueillis avec soin , leur eussent valu une gloire immortelle.
S’il fallait ne s’occuper que du temps actuel sans s’inquiéter du passé , à quoi servirait la mémoire, cette épargne profonde où nous mettons en réserve le souvenir des faits accomplis et observés , pour en tirer plus tard des secours au fur et à mesure de nos besoins. Par les mêmes motifs , les anciens tenaient en grande estime l’histoire , parce qu’elle reproduit le tableau de tous les siècles et de tous les événements écoulés ; ils avaient même déduit le nom