MISCELLANÉES
Les êtres matériels n’existent qu’en vertu d’une loi qui les fait naître , et cette loi les condamne à périr. Qu’on l’attribue à la constitution primordiale de ces êtres, constitution qui leur refuse l’éternité et les assujétit à toutes sortes de vicissitudes , ou plutôt qu’on le rattache à une cause plus élevée, cause incorporelle puisant en elle-même son existence et son action s un fait doit être reconnu , à savoir , qu’une certaine influence se porte des corps célestes sur ceux de cette terre et les modifie. Ce qui avait fait dire à Aristote (Liv. 1. Chap. 2. Met.) que ce bas monde est conduit et gouverné par un monde supérieur. Platon , ce divin auteur, ce prince de tous les philosophes , fait allusion (dans Le Timée) à cet empire qu’exercent les corps célestes sur notre globe , lorsque, sous le voile de l’allégorie, il enseigne qu’il est des dieux inférieurs auxquels lesgrands dieux confient la direction des êtres sublunaires et périssables.
Puisque le Ciel (I), premier moteur, puisque la Nature (2), ou mieux, puisque Fauteur lui-même , l’architecte suprême de la Nature, pur de tout mélange avec la matière , ne saurait avoir aucun contact physique avec ce bas monde, il y a tout lieu de rapporter les diverses influences et modifications que ce dernier subit , à Faction des corps célestes. Mille faits, prouvent l’étendue de cet empire , quelle qu’en puisse être , au reste , la raison ; si l’on considère surtout certaines qualités relatives des uns et des autres d’où dépendent un consensus , des rapports mutuels , des changements réciproques, et qui expliquent la facilité avec laquelle notre corps sent les qualités de l’air et ses diverses mutations (Hipp. De l’Air , des Lieux el des Eaux). Ce n’est pas sans raison que l’on dit que les conditions des corps changent avec celles du temps , et que tel sera l’air , tels seront l’esprit et les humeurs. Aussi Hippocrate , alors qu’il recherche l’origine des maladies , fait-il dépendre leur régularité ou leur violence de l’état du ciel ; et par ciel , il faut entendre Faction de toutes les choses célestes : d’où Galien , combattant l’opinion de plusieurs auteurs , ne rapporte pas le to Ûsïov d’Hippocrate à un autre principe qu’aux diverses modifications et altérations que l’air éprouve par suite de l’approche, de l’éloignement, de la position ou de l’interjection des corps célestes : tant est grand l’empire des causes d’en haut sur les choses d’ici-bas ; tant sont
(1) Le Ciel, premier moteur: d’après la physique d’Aristote, il existait un mobile éternellement mû , circulairement et d’une manière continue : le premier ciel , le premier mobile. Ce premier ciel , qui à la fois est mû et qui meut , occupe par là même un rang intermédiaire. D’où la nécessité d’admettre aussi un être qui meut sans être mû , éternel, essence pure, actualité pure (Moteur immobile).
(2) La Nature : la Nature, selon le même philosophe , est le principe et la cause du mouvement et du repos dans le sujet propre qui les contient en soi , et non par accident.
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puissantes les influences exercées par l’air qui nous entoure, sur nos esprits, sur nos humeurs et sur nos parties solides elles-mêmes. Cette action de l’air sur nos parties solides est attestée, non-seulement parle témoignage de nos sens, mais encore par la parole de notre antique maître (au Traité de la maladie sacrée) , qui fait dépendre la force , l’étendue et la sagesse de l’intelligence , des qualités mêmes de l’air, suivant que ces qualités raréfient et dissolvent ou épaississent et condensent les humeurs du cerveau.
Si donc l’étude des saisons actuelles ou précédentes nous donne le secret de la nature des maladies et de leur génie , désigné par Hippocrate sous les noms de malignité ou de bénignité , pénétrons-nous bien des règles qu’elle fournit pour connaître les maladies , pour les présager , je dis plus , pour les guérir. Le médecin qui n’applique pas son esprit à cette étude, ne saurait se distinguer du vulgaire ni se rendre digne des fonctions qu’il exerce. Et puisque par malignité , on entend ce génie des maladies qui les place au-dessus de nos ressources, quelque convenables qu’aient été le choix et l’emploi de ces ressources , mettons toute notre attention et tous nos soins à découvrir si cette malignité provient de l’état de notre corps ou de l’influence de l’atmosphère , afin que , dans le cas où les malades seraient condamnés à succomber à la violence ou au caractère pernicieux du mal , on sache bien qu’il finit en accuser moins le défaut de la science que la nature même de la maladie. Cette branche de l’art médical a été, de la part des anciens l’objet de nombreux travaux , et ils l’ont cultivée autant qu’il leur était donné de le faire.
Avant d’entrer dans le champ des maladies populaires , j’ai cru devoir éclairer la voie par ces préliminaires et par ce retour vers le passé. Lorsque , donnant de ma personne , j’aurai , soit à déterminer les variétés des constitutions, soit à produire des faits nouveaux , je pourrai m’ap-
puyer comme sur des renforts , et me servir comme d’une arme sûre , des préceptes et des exemples que nous ont laissés les écrivains de l’antiquité. Puissé-je, atteignant le seul but auquel j’aspire , glorifier ainsi le saint nom de Dieu et être utile à mes semblables !
CONSTITUTION DE L’AUTOMNE
L’année quinze cent soixante-dix fut remarquable dans tout son cours par un temps brumeux et pluvieux, et par l’excessive prédominance d’une chaleur humide et étouffante. La persistance de cette constitution fit que les maladies eurent une nature et des conditions différentes de celles qu’elles auraient eues , si chaque saison avait conservé la température qui lui est propre (À). Cependant , je ne veux pas dire qu’un temps sec soit exempt de maladies. Hippocrate a suffisamment prouvé le contraire. Vers le milieu de l’été , il survint une multitude de fièvres putrides , la plupart du type double-tierce , les autres continues. Chez tous les malades, on observait des exacerbations le soir , de l’angoisse la nuit , un mal de tête intolérable , des douleurs dans les lombes , de la jactation , de l’inquiétude. Les humeurs séreuses et pituiteuses surabondantes s’étaient échauffées pendant l’été , et avaient produit ces tierces illégitimes. Elles frappaient de préférence ceux qui faisaient abus des melons et autres fruits de même nature , et qui
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étaient, en outre , sujets à vomir et à aller en diarrhée. Peu de ceux qui se nourrissaient ainsi furent épargnés. Un traitement énergique et prompt ne tardait pas à les rétablir ; ceux qui différèrent de se soigner eurent longtemps à en souffrir. Chez un grand nombre , la maladie dégénéra en hydropisie; surtout lorsque, refusant de se soumettre à d’énergiques purgations , ils s’étaient bornés à boire de l’eau en abondance.
Au commencement de l’automne , les maladies , après une courte trêve , reparurent en plus grand nombre et accompagnées de plus de danger. Galien attribue les maladies du printemps et de l’été à un excès d’humeurs plus qu’à la malignité , et les maladies de l’automne à la dépravation des humeurs plus qu’à leur* surabondance. Des sueurs qui ne soulageaient pas et qui ne jugeaient pas la maladie , apparaissaient dès les premiers jours chez certains malades , qui ne se plaignaient que de la tête, les autres organes ne paraissant pas affectés. Des jeunes filles furent atteintes de la fièvre que Galien appelle tritéophie (1) : au plus fort de la chaleur , elles avaient les boissons en aversion. L’une d’elles , tourmentée par une fièvre de cette nature , avec des exacerbations au milieu du jour et des sueurs froides le soir, tomba vers le sixième jour dans un carus protopathique (2) , car il persistait durant la rémission. Vers le septième jour, il s’établit une sueur assez chaude ; mais le ventre resta fermé , ne fournissant que quelques déjections provoquées. Un flux naturel eût laissé quelque espoir” de guérison. La mort eut lieu le dixième jour , au milieu de convulsions qui agitaient tout le corps. La mère de la malade ne sut pas solliciter par des moyens convenables les évacuations alvines. Je soupçonnais.
(1) Qui se rapproche de la nature des lièvres tierces.
(2) Essentiel.
une complication vermineuse. A l’ouverture du cadavre, le cerveau présenta plus de sérosité cpie dans l’état normal. Cette jeune fille avait été sujette toute sa vie à des douleurs de tête : une application trop constante au travail , en affaiblissant le cerveau, avait appelé sur cet organe l’action de la constitution régnante.
Dans ces affections cérébrales et convulsives , l’application sur la tête d’un coq éventré peut-elle avoir quelque utilité ? Elle m’a toujours paru nuisible , lorsque , dans le but de soulager la pesanteur de tête et de solliciter le sommeil , on y a recours à l’époque où les humeurs en mouvement se portent vers la tête. Au déclin de la phrénésie , elle peut aider à la résolution.
Est-ce le propre des fièvres tierces de présenter des exacerbations la nuit? Dans un assez grand nombre de doublestierces, le redoublement tombe pareillement la nuit. Il est permis de douter si les accès de fièvre nocturnes sont plus dangereux et plus longs que les accès diurnes , ou si c’est l’opposé. Hippocrate enseigne, dans ses Épidémies , que les fièvres de nuit sont moins dangereuses que celles de jour ; mais l’expérience me semble prouver le contraire.
Sous cette constitution, la saignée fournissait un sang altéré , quelque répétée qu’elle fût. Les fièvres régnaient épidémiquement , mais sans malignité. Beaucoup de personnes furent prises de douleurs de côté , que soulageait promptement la saignée pratiquée dès le début ; le sang n’offrait pas d’altération. Dans les fièvres , il était complètement altéré : l’ouverture de la veine y était fort salutaire.
Faut-il s’arrêter à la doctrine de ces modernes qui s’abstiennent de saigner dans les fièvres putrides sous le prétexte ([ue leur foyer est dans le mésentère ? L’expérience s’élève contre eux , car la saignée y est suivie d’un prompt soulagement. La convenance de la saignée se lire de la sensation même de chaleur intérieure qui succède à chaque
paroxisme , et dont l’impression détermine le prochain accès.
Une soif intolérable étant le symptôme qui prédomine chez les enfants dont le ventre est tuméfié , il convient de choisir la méthode la plus capable d’éteindre le feu caché qui les consume (BV Une chaleur morbide tient sous sa domination les viscères internes ; les sucs viciés ne peuvent être expulsés ; il y a phlogose des veines mésaraïques et des vaisseaux lactés. Il faut donc recourir aux émissions sanguines ; l’extrême enfance même n’en contre-indique pas l’emploi. On aura recours ensuite aux purgations répétées avec le séné ., la rhubarbe, le sirop du Roi Sabor (1), additionné de séné , et surtout avec l’agaric: en ménager l’emploi , c’est compromettre la vie des malades.
Sous l’influence des pluies qui régnaient , il était fréquent qu’une fluxion catarrhale se portât sur les poumons. Une longue débilitation de ces organes rendait facile l’extension du mal aux parties voisines. Des médecins ont prétendu que, dans les affections de poitrine, le sang était toujours altéré. Il faut faire la distinction suivante : si le poumon est atteint d’une maladie inflammatoire , leur opinion est erronée ; elle est juste , si l’élément putride y domine.
Dans les maladies de la rate , d’ordinaire les urines laissent déposer un sédiment cendré ; un flux abondant d’urines , ne présentassent-elles pas ce dépôt , y serait encore avantageux ; car sans cela , les parties voisines , au lieu de se dégorger , resteraient congestionnées , au grand détriment des malades. Ccu\ dont le teint est jaune se trouvent bien de rendre , dès le principe , de pareilles urines , ainsi
(1) C’est le Sirop de pommes composé (sue de pommes , bourrache, buglose, feuilles de séné, tartre soluble , safran). — Comme ce sirop a été inventé en faveur d’un roi des Mèdes, nommé Sabor, on l’a toujours appelé sirop de pommes du Roi Sabor (Lemery, Pharmacopée Universelle , p. 181).
que l’atteste Galien dans ce passage : Ceux qui ont le fuie el la rate malades, rendent des selles et des urines séreuses , et cela leur est avantageux . A défaut de la science , le plus vulgaire bon sens démontre que si les organes malades ne laissaient pas s’écouler de pareilles humeurs , il en résulterait un surcroît d’humeurs crues , dépravées et superflues.
Il y eut un grand nombre de dyssenteries mortelles et d’hydropisies. Un malade, tourmenté d’une tierce erratique, diurne , ne pouvait apaiser sa soif par les boissons les plus abondantes ; la diarrhée survint et ne le soulagea pas ; le ventre parut au contraire augmenter de volume. Le flux de ventre guérit-il l’hydropisie ? oui , si la diarrhée ou l’hydropisie provient d’un amas de matières. Le flux de ventre tue les uns et sauve les autres , suivant Hippocrate.
Quelques personnes, surtout parmi celles adonnées au vin , furent frappées d’apoplexie. Un homme tombe en apoplexie ; on le secoue par tous les moyens ; on lui introduit de la poudre de lierre dans les narines. Est-ce une conduite sage ? un apoplectique fut jeté dans l’épilepsie par l’usage d’une poudre analogue. Ces irritants sternutatoires , administrés par la bouche ou par les narines , ne sauraient convenir à ces malades , la matière morbifique étant encore à l’état de crudité. Leur survient-il tout à coup un coryza ? loin de l’exciter , appliquez-vous à le tarir. Les médicaments injectés parla bouche , fréquemment employés, entraînent toujours quelques matières des poumons et des parties inférieures. En outre , le mouvement convient-il dans cette maladie? les pléthoriques qui , au printemps, se livrent à de violents exercices , sont frappés d’apoplexie. Résulterait-il de ces exercices un état de pléthore?
Cette année-là , le flux de ventre n’opérait pas la résolution des parotides, preuve de l’abondance de la matière morbifique, qui suffisait à la fois à alimenter ces tumeurs ,
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et à fournir aux évacuations alvines. Je vis un homme périr entre les mains d’un empirique qui lui avait supprimé ce flux intestinal.
Une femme enceinte fut prise d’une métrorrhagie que l’on ne pouvait arrêter. On mit en délibération s’il fallait provoquer l’accouchement, comme étant la seule chance qui restât de la sauver , et administrer dans ce but des médicaments abortifs. Il convenait d’adopter cette résolution ; hors d’elle tout était péril. Plusieurs niaient que ce fût un moyen sûr ; d’autres conseillaient les excitants diffusibles , afin d’augmenter l’impétuosité du sang ; ils affirmaient bien que, par leur emploi , l’hémorrhagie irait croissant ; ils ne portaient aucune aide à la malade. Le mieux est de s’abstenir. Ne savons-nous pas que la délivrance nécessite l’action commune de la mère et de l’enfant. Si les forces de la mère sont épuisées , à quoi bon ces médicaments? C’est là, au reste, une question très-controversée.
Cet automne fut aussi marqué par un grand nombre de pleurésies. C’étaient des douleurs de côté produites par un transport de sérosité dont la tête était le point de départ. La dyspnée y était médiocre. Elles consistaient moins en une inflammation phlegmoneuse qu’en une fluxion érysipélateuse. La saignée les soulageait. Un gentilhomme souffrait d’une douleur de côté, aux environs du sein gauche. Elle était continuelle ; elle résista à tous les remèdes. Au bout de trois mois, un abcès, qui s’était formé dans la plèvre, se fit jour au dehors, donnant lieu à une expectoration noirâtre et mal bée. Le malade en réchappa. Mais il lui reste une petite toux, et l’ancienne douleur n’a pas entièrement disparu. Il est à présumer qu’il mourra phthisique. Je crains que le poumon n’ait contracté des adhérences avec les parois de la poitrine. Ce malade ne saurait faire trop longtemps usage des anacathartiques (1).
(I) Médicaments qui purgent par le haut.
DO
J 'observai des douleurs de côté continues, mais qui s’exaspéraient pendant la nuit. Elles résistaient à tout. A bout de remède, je leur soupçonnai une origine vénérienne. Le régime et les frictions en triomphèrent enfin. Toutes les fois que des maladies résistent à leurs remèdes ordinaires, il faut se rappeler le conseil de Galien et remonter à un principe cacoethe.
J’observai aussi d’autres douleurs de côté produites par des flatuosités. Ces flatuosités provenaient d’une disposition hypochondriaque agissant surtout au moment de l’absorption du chyle ; de l’habitude de prendre des boissons froides au saut du lit , ou de l’usage des crudités.
Consulté sur le sevrage des jeunes enfants , je répondis qu’il y avait convenance à permettre qu’on les allaitât durant deux ans et demi entiers. Car quel aliment peut , mieux que le lait , fournir au développement des parties solides de notre corps ?
Faut-il attribuer à la mollesse des gencives l’éruption tardive des dents? l’exemple des jeunes filles chez lesquelles cette mollesse retarde la dentition , semblerait le prouver.
Dans les constitutions médicales malignes , surtout lorsque les malades sont en proie à la fièvre asode (1) et à une chaleur dévorante , c’est leur causer un grand préjudice et épuiser leurs forces que leur tirer trop souvent du sang. Ce sang n’est pas altéré, il contient peu de sérosité et il est d’un rouge vif. La chaleur fébrile consume la sérosité : il y a , en outre, yeux hagards , mouvements désordonnés , cardialgie. Dans ces circonstances, quelle utilité peut avoir la saignée? il faut s’en abstenir complètement, ou ne tirer du sang qu’en petite quantité. Mieux vaut donner les alexipbarmaques et les cordiaux , et administrer
(1) Fièvre accompagnée d’une grande anxiété.
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fréquemment de doux laxatifs ; car la maladie se juge par des évacuations pultacées, jaunes. Telle est la pratique d’Hippocrate et de Galien : Arrêter les vomissements et ouvrir trop largement la veine , est nuisible.
Dans la plupart des fièvres tierces, il existe de la cardialgie et des vomissements de matières verdâtres (C). Est-ce un signe de malignité, et faut-il se hâter de prescrire la poudre d ’unicornu (i)? Ainsi se conduisent les médecins qui veulent paraître toujours agir. Au fond, les fièvres intermittentes sont presque toujours exemptes de malignité, tandis que les continues sont engendrées par la malignité et par le mauvais état des fonctions. Dans les premières , la cardialgie et l’agitation sont produites par l’impression que fait la bile sur l’orifice de l’estomac, en refluant dans cet organe. Ces vomissements occasionnent une dépression des forces (par suite de l’irritation causée par la bile) , qui n’est qu’apparente, et qui cède aux évacuants.
Peut-on appliquer à la fièvre quarte ces paroles d’Aulu- Gelle : une marâtre , deux mères , et comparer les deux jours de rémission à une bonne mère , et celui de l’accès à une marâtre méchante ? Ne serait-il pas mieux de regarder comme le meilleur jour celui de l’accès , en considérant le paroxisme comme un effort de la nature ? Dans cette pensée, les Arabes prescrivaient un cathartique , même dans le jour de l’accès. Il est des médecins qui vont plus loin , et qui veulent que l’on coupe, à l’aide d’amulettes , la fièvre quarte , ou toute autre intermittente , bien qu’elle suive un cours régulier. Mais mieux 'Vaut souffrir d’un mal qui a sa raison d’être , que tenter une médication aussi déraisonnable.
Un malade , fatigué de la longueur d’une fièvre quarte , trouvait que les médecins , confiants dans leur doctrine et
(I) Corne du rhinocéros fossile ou non fossile (carbonate de chaux).
restant clans l’expectation , n’agissaient pas avec assez de vigueur contre cette affection. Sous l’influence de certains enchantements , l’agitation des humeurs s’apaisa. Le mal ne pouvant plus suivre son cours régulier , et les efforts de la nature étant rendus vains , il ne se produisit aucune excitation capable de rappeler les accès. Le malade , soulagé en apparence , se répandait en sarcasmes contre la science médicale. Il ne lui fit pas longtemps supporter ses outrages. Le lendemain, ses paroles étaient moins mordantes; il ne fut pas repris de la fièvre : c’eût été un châtiment trop doux pour le détracteur. Mais le mal , qui avait paru réprimé par les sortilèges, se réveilla furieux , et eut une issue funeste. Je note ceci pour diminuer et détruire la folle confiance que les ignorants, et même certaines personnes de la classe élevée, donnent aux maléfices; et j’ajoute que c’est une chose grave , dans toute maladie, que de voir le malade délivré de son mal sans qu’on puisse en découvrir la raison.
Un homme souffrait d’une fièvre quarte, qui , plus tard , dégénéra en erratique. Il demandait pourquoi il ressentait une chaleur continuelle au pied gauche , tandis qu’il n’éprouvait rien de pareil au pied droit. Il lui fut répondu par ces paroles d’IIippocrate : Ceux chez lesquels la rate occupe une place plus déclive, ont aux pieds une chaleur plus forte. C’est un indice de fluxion et une menace d’abcès sur ces parties. Ainsi, chez les uns, le visage se colore fortement : tels sont ceux dont le foie est malade ; et , chez d’autres , il survient aux pieds une chaleur anormale et des varices aux jambes : tels ceux qui souffrent de la rate. Car dans les maladies du foie , les mouvements fluxionnaires se portent vers le haut ; ils se portent vers le bas dans les maladies de la rate.
Dans les affections cérébrales , certaines fonctions sont altérées, tandis que d’autres ne souffrent aucun trouble. Car , autre chose est pour le cerveau d’être lésé dans les
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fonctions animales et inhérentes à sa propre contexture , autre chose d’être lésé dans les fonctions qui sont du domaine de l’intelligence et du raisonnement. Car une part, à savoir la substance propre du cerveau et certaines de ses facultés , nous est commune avec le reste des animaux ; l’autre part est animée par la divine étincelle réservée aux hommes seuls.
Le Maréchal de Brissae présentait les symptômes suivants : tremblement, paralysie , délire, apepsie au plus fort de la chaleur , respiration haute et rare , perte de la mémoire , symptômes qui tous indiquaient une lésion du cerveau ; et cependant il dissertait admirablement sur les choses divines, et traitait avec justesse de ses affaires privées ; sur tout le reste il délirait. La lenteur des inspirations dénotait la faiblesse du cerveau , et le sentiment de cette faiblesse avertissait le malade qu’il avait besoin de faire de profondes inspirations pour suppléer à leur lenteur. Ainsi défaillaient les facultés qui sont communes à l’homme et aux brutes, et qui résident dans la contexture du cerveau , tandis que les facultés particulières à l’homme se conservaient pleines de sève et de puissance. C’est pourquoi Hippocrate pense qu’une partie de l’intelligence peut être malade, et l’autre, dont la nature nous est inconnue, rester à l’abri de toute altération. Éclairé comme par une inspiration divine , il a soutenu que cette dernière faculté ne pouvait être lésée ni par le régime ni par les vicissitudes de l’atmosphère. J’ai fait la même observation sur un conseiller royal : il ne sortait d’un délire profond et continuel que lorsqu’il entendait discourir sur Dieu ; il délirait touchant tout le reste ; il était même, selon l’expression d’IIippocrate , complètement aliéné.
La coutume vulgaire de donner aux hydropiques des juleps et des apozèmes doit-elle être approuvée? En entraînant au dehors , par leur action diurétique , les parties les plus
ténues , ne laissent-ils pas au dedans les plus épaisses ? ïl est incontestable qu’ils augmentent le mal. La coction ne fait-elle pas perdre de leur force aux racines médicinales, et leur tisane ne nuit-elle pas, par la grande quantité d’eau qu’elle contient, plus qu’elle ne sert par les faibles éléments hydragogues qu’elle conserve ? Si pour guérir , il faut que l’on s’abstienne de toute boisson , à quoi bon le liquide des apozèmes ?
Il est des médecins qui nient que le vin blanc soit avantageux aux personnes malades de la rate et aux mélancoliques^ parce que, à la manière d’un ferment, il met en mouvement l’humeur mélancolique (l’atrabile) qui surabonde chez ces malades. Ont-ils raison ? nullement : car par sa fluidité , le vin blanc pousse aux urines et aux sueurs.
Puisque plus on fournit de nourriture à un corps plein d’impuretés , plus on accroît ses dérangements , d’où vient cependant que la diète prolongée augmente le mal dont souffrent les personnes bilieuses et celles atteintes de catarrhe (chez lesquelles dominent l’impureté et un excès d’humeurs) ? n’est-ce pas parce que l’estomac vide et épuisé se sature de sucs corrompus, et se remplit d’une bile plus écbauffée?Àinsi, Galien raconte que, dans une épidémie de peste, tous les malades qui consentirent à prendre de la nourriture guérirent , tandis que ceux qui gardèrent la diète succombèrent.
Un gentilhomme fut pris d’ischurie. La suppression des urines le jeta en léthargie et le mit en danger de mort (D). L’écoulement des urines se rétablit , large et abondant ; et néanmoins ce gentilhomme ne tarda pas à mourir. D’où vient cela ? de ce que la suppression de toute humeur excrémentitielle détermine la lésion des parties nobles ; en vain son cours se rétablit , le sort des malades n’en devient pas meilleur.
Des coliques et des douleurs néphrétiques tourmentent
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les femmes enceintes. Faut-il les combattre par des lavements , des fomentations et des onctions ?on doit bien s’en garder, de peur que ces remèdes, en relâchant les organes utérins , ne provoquent l’avortement.
Parmi les phthisiques , les uns se dessèchent au dernier point, par suite de l’altération des matériaux destinés à réparer les parties solides du corps ; d’autres présentent une tuméfaction soit des pieds , soit des mains , soit du corps entier. Ces deux états dérivent d’une cause identique , mais variable dans sa manière d’agir. Un gentilhomme phthisique et issu de parents phthisiques , eut , peu de jours avant de mourir , toute l’habitude du corps enflée , comme s’il eût été atteint d’anasarque. Mais , chose remarquable ! cette enflure était passagère. D’où venait cela ? de ce que le foie dégénéré sécrétait, au lieu de sang, de malignes vapeurs. De son temps , Hippocrate avait fait la même remarque : Ils mourraient des maladies les plus dangereuses , comme l’est celle appelée phthisie.
A l’époque où l’on célèbre les Rois , et où l’on fait abus du vin aromatique appelé hypocras , beaucoup de gens sont pris d’inflammation des amygdales. Un jeune homme qui avait fait abus de cette boisson, fut saisi, pendant la nuit, d’une angine qui menaçait de le suffoquer. Il s’ouvrit la gorge à l’aide d’une épée ; il perdit beaucoup de sanie et en réchappa. Dans un cas pressant, serait-il possible de tenter quelque opération analogue ?
Une femme qui n’avait jamais ressenti de douleurs articulaires , après avoir passé une partie de la nuit à parler au grand air et sous la clarté de la lune , commença à souffrir violemment de la tête, et essuya depuis lors toutes les variétés des souffrances rhumatismales ; le mal se joua de tous les remèdes (E).
Le mercure est-il un remède sûr (F) ? Il est des médecins qui le décrient : suivant eux, il ne détruit pas le poison ;
au contraire , comme corps froid , il le repousse à l’intérieur et s’oppose ainsi à son élimination. Je leur réponds que le mercure provoque les sueurs. C’est là l’effet de sa divisibilité ; et la matière atténuée se cherche une issue par toutes les voies. Si le mercure gagne ainsi les parties les plus superficielles en s’éloignant du cœur (car il n’attaque jamais cet organe) , cela tient à la répulsion que ce métal éprouve pour le feu. Cette répulsion est absolue. Or , le cœur est en quelque sorte tout igné. A en croire un auteur très-versé dans la science chimique , le mercure ne serait froid qu’à son extrême surface ; dans ses couches profondes , la chaleur et la ténuité de ses molécules seraient extrêmes , et c’est à cela qu’il devrait sa grande énergie. Et quant à la guerre que le mercure, en sa qualité d’alexipharmaque(l), fait à tout germe de corruption, on l’explique par l’analogie qui rapproche un germe et le mercure , (car ce métal est comme le germe de tous les métaux). Partout où se trouve un germe morbifère , partout le mercure le poursuit comme par une sorte d’antipathie.
ANNOTATIONS
(A) Hippocrate, au livre Des Jours critiques , prescrivant d’observer les conditions des saisons, dit : Voyez si le temps agit concurremment avec la maladie , car souvent la nature de l’homme ne peut pas surmonter la puissance de V univers.
(B) Lorsque les enfants et les jeunes gens sont dits cachectiques, en termes vulgaires tombés enchartre , atteints d’atrophie , on les abandonne , presque comme sans ressources, et, les voyant réduits à une maigreur extrême, on n’en fait plus l’objet de la moindre médication , mais seulement un sujet de pronostic. L’événement ne justifie pas toujours une telle conduite. Il faut rendre à Fernel les louanges qu’il mérite pour les choses , excellentes à mon sens , qu’il
(I) Qui a la propriété d’expulser les poisons.
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a écrites touchant l’atrophie. L’atrophie, dit-il , reconnaît le plus souvent pour cause un épanchement de bile jaune et noirâtre vers le foie. Rarement observe-t on une véritable atrophie sans cpie les viscères , en outre d’autres mauvaises dispositions , ne soient souillés et distendus par un amas d’humeurs bilieuses. Cette disposition morbide déprimant la vitalité et la chaleur naturelles, il est difficile qu’il se forme un sang de bonne qualité. Et réservant les médicaments pour la cachexie , en raison de ce que la nutrition s’y fait mal, on n’oppose à l’atrophie qu’un régime analeptique. Mais si l’amas de bile dans les organes entretient leur état morbide , c’est vainement que l’on s’efforcera de les en débarrasser par le régime seul. Pour obtenir ce résultat , on peut recommander la décoction d’orge, des chicoracées, de la racine d’orcanette , des fleurs de nénuphar, de pourpier, des semences froides majeures et mineures, à laquelle on pourra ajouter une dissolution de casse et une infusion de rhubarbe, pour fortifier les organes de la sanguinification. On clarifiera la colature , et le malade la boira dans les vingt-quatre heures. On y emploiera aussi le julep rosat , qui cà la vertu de dessécher joint celle de rafraîchir. Nous ne devons pas nous préoccuper de l’amaigrissement et du marasme de ces malades , que nous n’ayons préalablement débarrassé le foie de la bile dont il est gorgé, fl en est qui conseillent d’administrer les eaux minérales aux enfants cachectiques, chez lesquels il existe de l’inappétence et une soif inextinguible : cette opinion ne manque pas de partisans.
Du reste, les enfants dans cet état sont souvent tourmentés par un flux de ventre chyleux, comme le sont ceux qui ont une obstruction des veines mésaraïques ou une atonie du foie. La portion la plus pure du chyle , destinée à aller recevoir l’hématose dans le foie , ne se sépare plus et n’est plus absorbée. Les médecins , en présence de ces
déjections blanchâtres et chyleuses, hésitent à purger, tandis qu’il faudrait le faire sans hésitation et sans retard. Car,, jusqu’à ce que cette obstruction soit détruite , il n’y a pas pour les malades d’espoir de rétablissement. Il faut mettre toute son application à rétablir l’absorption du chyle qui s’échappe sans toucher aux canaux mésaraïques.
En outre, dans le flux cœliaque, deux choses sont souvent à remarquer : la fièvre avec un pouls fréquent et les défaillances que produit une vapeur malfaisante qui s’élève jusqu’à la bouche de l’estomac. Quels remèdes faut-il donc opposer au flux chyleux et au flux cœliaque? Cette fièvre est due à l’opiniâtre obstruction des veines mésaraïques , et elle en est symptomatique , s’il faut en croire Galien. Il faut donc la combattre par les mêmes moyens qui guérissent cette obstruction. Telles sont les décoctions des racines d’aunée , de grande consoude , des deux espèces de garance, de gentiane, d’aristoloche préalablement infusées durant six heures dans du fort vinaigre, des feuilles d’origan, de germandrée , d’ivette , de lichen , de capillaire , de pois chiches , de quintefeuille , de chicorée avec addition des semences de fenouil , de pivoine , de citron , de genêt , de feuilles de séné , d’agaric et de rhubarbe. Que l’on ne s’effraie pas de l’accroissement des évacuations : elles n’entraînent pas un chyle qui soit élaboré , puisque l’obstruction de ses voies accoutumées met obstacle à son absorption ; au contraire, en rendant ces voies libres , on enlève la cause de la maladie , et Ton restitue au corps le pouvoir de se restaurer par une douce alimentation.
(C)Galien, dans son commentaire s'urle§. 9 delà 1" section du 1" livre des Épidémies dit que , dans les fièvres continues, la matière morbifique est renfermée dans la concavité du foie et autour de l’or if ce de V estomac. Notez qu’il dit autour de l’orifice de l’estomac , et qu’en conséquence , s’il survient des vomissements et des défaillances , vous
ne devez pas en conclure qu’il y a de la malignité car ces symptômes tiennent à l’essence de la maladie. Remarque d’autant plus essentielle qu’Hippocrate a dit , dans le livre des Jours critiques , qu’ait début des maladies, le foie se tuméfie y augmente de volume et s’élève vers le diaphragme, ce qui explique les désordres graves qui marquent le commencement des maladies et des paroxismes : mouvement tumultueux des humeurs, violente réaction des organes contre ce qui les blesse, soulèvement des organes eux-mêmes , comme le fait le cerveau dans l’éternument ; d’où la convenance d’administrer dans ces circonstances un vomitif de préférence aux cordiaux.
(D) Cet aphorisme se trouve dans les Coaques : Quand les parties inférieures sont en mauvais état après avoir été le siège d’une forte démangeaison, l’urine devient sablonneuse et se supprime quand le cas est pernicieux , l’ intelligence s’engourdit (Coaques y n° 488. Trad. de Daremberg). Hippocrate , au 4me livre des Épidémies , dans l’histoire d’un enfant, appelle cette même maladie une suppression d’urine.
(E) On a coutume de demander s’il convient de donner des médicaments au début d’une attaque d’arthrite , et lesquels. Faut-il tirer du sang, et de quelle partie ? N’y a-t-il aucun danger à tirer du sang de la main sur laquelle sévit la douleur ? V aut-il mieux laisser passer le paroxisme et purger vers son déclin ? Cette question embarrasse beaucoup les médecins , et il est triste et dangereux pour les malades qu’ellé reste encore indécise. Des maîtres de l’art veulent que l’on saigne, et que, par la soustraction d’un sang vicié (il l’est presque toujours dans l’arthrite), on réprime l’effervescence des humeurs, et l’on apaise la douleur en diminuant l’inflammation. Cette opinion est la plus plausible. Ils soutiennent de plus que l’emploi des purgatifs au début des paroxismes, accroît la véhémence de l’humeur morbifique, et fait que celle-ci produit de plus grandes souffrances , mise
on mouvement qu’elle est, et non expulsée par les purgatifs, dont l’action, bien quelle s’étende avec moins de force aux parties éloignées , n’en excite pas moins l’humeur morbifique dans toute l’habitude du corps , et la rend plus malfaisante ; car cette maladie tient à une disposition générale comme toutes les espèces de lassitudes ( 1). Fernel se trompe quand il fait découler du cerveau l’humeur de l’arthrite, et que, mettant , dès le début de celle-ci, tous ses soins à évacuer cet organe , il recourt à de violentes purgations , dans le dessein d’en soustraire la sérosité putride qu’il considère comme la cause des souffrances , et cela sans attendre aucun signe de coction , ne disant mot de la saignée. Mais dans le paroxisme arthritique, il existe une sorte d’état colliquatif, un épanchement dans le système musculaire , une décharge , hors des vaisseaux , de sérosité et de sang putride : quoi de plus capable que la phlébotomie de tempérer le mouvement impétueux des humeurs ? En outre , les articulations sont dans un état de débilité ; il faut donc aviser surtout à ce que la décharge ne se fasse pas des parties les plus fortes et les plus riches sur les plus faibles et les plus pauvres, à l’inverse de ce qui se pratique dans les affaires publiques. La purgation est opportune, si le corps est plein d’humeurs dépravées , si le foie élabore un sang trop brûlant , et s’il est souillé par trop de bile. Elle rendra le sang plus pur et moins malfaisant. Je voudrais que ce point de doctrine fût invariablement fixé, afin de mettre un terme à toute incertitude, et de faire cesser entre les médecins ces hésitations et ces disputes si préjudiciables à l’intérêt des malades.
(1) Lassitudes. Lorsqu’elle désigne un symptôme, cette expression a, dans le langage des anciens, la même signification que dans la langue médicale moderne. Mais elle sert aussi à désigner une classe de maladies dans lesquelles les fonctions animales ne s’accomplissent qu’avec langueur, par suite de la faiblesse du suc nerveux.
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Il est à remarquer que Fernel tire de la couche blanche qui recouvre le sang , la preuve d’une surabondance de pituite. Nous y voyons, nous, un commencement d’altération putride , car le sang se corrompt et blanchit par le ralentissement de son cours , surtout lorsqu’il a acquis plus de viscosité et qu’il surabonde ; la nature refuse un tel sang, et il stagne dans les veines. Certains auteurs regardent cette blancheur du sang comme étant jusqu’à un certain point naturelle , et l’attribuent à la force et à la puissance des liqueurs spermatiques qui tendent à lui donner cette blancheur.
(F) Le mercure est regardé comme l’alexitère (1) de la vérole. Cependant il est bon de faire précéder son emploi de moyens plus doux. La vérole , les écrouelles, l’élépliantiasis, ont entre eux une parenté et un rapport générique. Ce sont trois hydres qu’un même remède herculéen , le mercure , doit vaincre et anéantir.
CONSTITUTION DP: L’HIVER
Au commencement de l’hiver de la même année , il se manifesta une prédominance d’humeurs qui, après avoir jeté des racines profondes , quoique cachées , abandonna les parties intérieures du corps et se fit jour au dehors. Elle en-
0) Contre-poison, spécifique.
gendra des flux de ventre, à marche lente, et des déjections rougeâtres , fétides , hépatiques , surtout mésentériques. Beaucoup de personnes furent atteintes de dyssenteries. De simples lavements de lait provoquaient un cours de ventre excessif, tant était grand l’amas de matières humorales. Beaucoup de ces malades périrent. De telles évacuations épuisaient les forces. La saignée fut souvent avantageuse ; et par exception, il fallait se hâter d’arrêter ces évacuations, car elles n’étaient que symptomatiques (A). Mais, direz-vous, elles étaient épidémiques, et dans les maladies populaires, il est dangereux de supprimer tout flux excrémentitiel. Néanmoins , nous eûmes à nous louer de les avoir réprimées dès le début. Les respectait-on, elles avaient une longue durée ; il y en eut qui persistèrent six mois.
Chez un gentilhomme, la brusque suppression de la diarrhée, à l’aide de la rhubarbe, donna lieu à une tuméfaction phlegmoneuse de tout l’abdomen ; on y rémédia par des saignées répétées. Le sang était jaunâtre.
Dans les flux dyssentériques dont je viens de parler , est-ce un moyen sûr que d’user avec persévérance de lavements anodins? nullement , et les médecins commettaient une grande erreur , qui ne se lassaient pas d’inonder de lait les intestins. Ces lavages , ces ablutions continuelles produisaient une énervation, un ramollissement des intestins eux-mêmes , d’où résultait la disposition que Galien appelle rliumatique.
L’épouse d’un chevalier éprouva dans le dos , l’estomac et les épaules , des douleurs atroces , qui , par moment , lui ôtaient la respiration. Elles dépendaient de malignes flatuosités. Nous attendions que la fièvre survînt et les guérît, d’après ces paroles d’Hippocrate : Chez ceux qui souffrent des hypochondres , sans quil y ait inflammation, si la fièvre se déclare , elle amène la solution de la maladie; et d’après celles-ci, dans les Aphorismes : La saignée
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guérit les douleurs qui du dos descendent au coude. Le sang coula abondant et écumeux. Elle en fut comme purifiée , et elle guérit.
Si les selles restent opiniâtrement supprimées , faudrat-il recourir à des lavements irritants ? nullement. Les plus doux , souvent répétés , agiront beaucoup mieux. Les plus violents occasionnent fréquemment le volvulus, en déterminant dans les intestins , irrités par leur contact , des mouvements péristaltiques de bas en haut (B).
Dans les grands vomissements , c’est aux lavements répétés et aux bols de rhubarbe qu’il faut avoir recours , car les potions sont rejetées. Lorsque les vomissements sont fréquents et résistent à tous les remèdes , et qu’il y a absence de selles , on doit grandement craindre qu’il n’existe un volvulus (C).
La veuve de Jean Placair était atteinte d’une hydropisie de poitrine à laquelle elle succomba. Elle avait souffert pendant trente années de difficulté de respirer , et se plaignait d’oppression à l’estomac ; ce dernier phénomène n’était que sympathique. Toutes les membranes étaient corrompues ; le cœur nageait dans l’eau et se mouvait avec difficulté. On lui tira de la cavité de la poitrine six livres d’une eau putride. Elle se couchait sans peine sur le côté droit ; elle ne pouvait le faire sur le côté gauche , sans être menacée de syncope. Les poumons s’étaient desséchés. Le pouls , grand , élevé , lent , entrecoupé , offrait une intermittence après chaque pulsation. Elle mourut en proie à de cruelles douleurs et à-une oppression extrême.
Chez les malades épuisés par une longue maladie , il survenait souvent des hémorrhagies symptomatiques. On en espérait quelque soulagement pour les malades. Le contraire arrivait. Elles se déclaraient dans les maladies des poumons et du foie., principalement dans les premières. Il était bon d’arrêter de pareilles hémorrhagies.
i 04 ÉPIDÉMIES
Une dame noble, pleine d’humeurs exerémenlitielles , vomit jusqu’à cinq fois les purgatifs qu’on lui prescrivit. On lui administra un sirop solutif, à la dose d’une cuillerée le premier jour , de deux le second , de trois le troisième. Le purgatif fut enfin supporté. N’est-ce pas là un fait à retenir ?
Si, chez un goutteux , l’estomac est faible et sujet à se remplir de saburres , les douleurs des membres céderontelles à l’usage du vin? non, car il ne fait qu’ajouter un nouvel aliment à la maladie , ainsi que l’expérience me l’a démontré.
Un enfant de douze ans avait eu la petite vérole. Les pustules effacées , il survint à la peau des douleurs que rien n’apaisait et que le seul contact de la main exaspérait. Depuis ce moment, il fut tourmenté , à des époques fixes , par des douleurs articulaires. Ce fait est en contradiction avec le dogme d’Hippocrate , à savoir , que les enfants ne sont pas sujets à la goutte. Peut-être était-ce un mal de famille , car j’ai su que son père était goutteux. Au reste , j’ai vu souvent la rétrocession du principe de la rougeole produire des douleurs de ce genre.
Chez beaucoup de pulmoniques . la moindre cause excite des points de côté qui simulent la pleurésie. Faut-il recourir à de fréquentes saignées pour apaiser ces douleurs ? loin de là. Dépendent-elles de vents et n’existe-t-il qu’une fièvre légère , la saignée ne convient pas. Si , à l’apparition de ces douleurs, vous saignez, vous causez un grand préjudice aux malades , car vous les affaiblissez , ce qui est nuisible. Soupçonnez -vous , au contraire, une inflammation réelle ? saignez dans ce cas, et, immédiatement après, ayez recours aux anodins.
Au reste , il est à remarquer que , dans le fort de l’hiver, il règne beaucoup de ces points de côté , par suite du resserrement produit par le froid de l’atmosphère. Faut-il leur
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opposer la saignée ? On peut (dans le but de combattre l’orgasme) saigner, ou bien ne rien faire. Mais ce n’est pas le cas de purger , bien que beaucoup de médecins tombent dans celte faute , sans tenir compte de la préférence qu’Hippocrate donne à la saignée sur la purgation.
Si le sang de la saignée coule lentement, quoique l’ouverture soit large, c’est signe de faiblesse. Un jet abondant annonce de la force et la vigueur des facultés excrétrices.
ANNOTATIONS
(A) Galien , dans son commentaire sur l’aphorisme 21 du livre 4 , enseigne que, dans les maladies pestilentielles, les pires excrétions sont encore avantageuses. 11 ajoute qu’elles doivent apparaître non au début , mais dans l’état des maladies ; car si elles apparaissent au début , elles annoncent une mauvaise disposition du corps , ou une grande corruption des humeurs. Dans le cours de la maladie , elles sont dues à l’action de la chaleur et de la maladie, et présagent un effort de la nature. Quant à nous , dans les maladies et les constitutions malignes , nous avons vu les excrétions exercer une influence favorable , même lorsqu’elles étaient rapprochées du début de la maladie.
(B) Ceci s’appuie de l’autorité d’Hippocrate dans le livre De l’air, des lieux et des eaux: — Pour ceux dont le ventre est dur et s’échauffe facilement , les eaux trés-douces , tr esté gères et très-limpides , sont avantageuses (Trad. de Daremberg). Il se garde de recommander les eaux imprégnées de nitre et d’alumine, et loue les eaux onctueuses^ douces et légères. Il doit en être de même des purgatifs employés soit en boisson, soit en lavement. Car, pour apaiser les ardeurs intestinales , des purgatifs adoucissants , tempérants, doucement résolutifs et eccoprotiques (1), conviennent non
(l) Purgatifs doux.
moins qu’une eau douce et légère. Sont au contraire nuisibles les purgatifs trop chauds, trop énergiques ; ils pourraient occasionner l’iléus et accroître la chaleur , la siccité et la force de rétention des intestins , causes principales du resserrement du ventre, en d’autres termes, de ce qu’il ne se vide qu’avec paresse, qu’avec plus de peine et à la dernière extrémité. A ceux donc qui ont le ventre resserré et une constitution sèche , aride , les laxatifs conviennent mieux que les drastiques.
(C) Hippocrate , section 1 du livre II des Épidémies , en parlant du volvulus , s’exprime ainsi : Des hernies , les unes , siégeant prés du pubis , sont , pour la plupart , innocentes tout d'abord ; les autres, siégeant un peu audessus de r ombilic à la droite , causent de la douleur, des nausées, des vomissements s ter cor aux , ainsi qu’il arriva à Pittacus. Les hernies sont produites ou par un coup , ou par une distension , ou par la pression d'un homme qui vous saule sur le ventre (Trad. de Littré).