JOB
par métastase. La diarrliée se déclare ; la malade meurt , le vingtième jour. Nous avions dû pratiquer de nombreuses saignées , en présence surtout des symptômes caractéristiques de la pneumonie , cette dernière affection exigeant impérieusement la saignée. Il faut étudier avec soin ce que Galien a écrit dans son commentaire sur le livre 2 du Régime dans les maladies aiguës , lorsqu’il compare la saignée avec la purgation. Dans la pleurésie , il place la saignée bien au-dessus de la purgation , dans les cas mêmes où la douleur occupe les liypochondres et, se servant de l’argument a minori ad majus : Lorsque la douleur , dit-il ^ siège aux hypochondres j ce qui semblerait indiquer la purgation plutôt que la saignée , cependant , dût la saignée pratiquée dans les pleurésies occupant les fausses côtes , procurer un moindre soulagement , il est encore beaucoup plus sûr d’ouvrir la veine , soit parce que l’on ignore le tempérament du malade que l’on purgerait , soit parce que souvent les purgatifs mettent les humeurs en mouvement , sans en débarrasser le malade , ce qui est très -mauvais . Ajoutez que, s’il y a inflammation , il sera plus facile de dégorger l’organe malade que de le déterger , et, enfin, qu’avec les signes de l’inflammation coïncide une fièvre intense, et qu’il est mieux et plus sûr d’ouvrir la veine. Ainsi s’exprime Galien à l’endroit cité.
Le malade atteint de pneumonie éprouve souvent de la faiblesse et des défaillances , par suite de l’intensité de la fièvre et de la gêne d’un organe essentiel ; et cependant, loin d’être trop réservé dans l’emploi de la saignée , il fuit la pratiquer d’une main résolue.
Un enfant avait une douleur de côté. Les émissions sanguines n’étaient pas épargnées. Les douleurs persistaient. Tout à coup il rendit des vers, et les douleurs s apaisèrent.
Dépendaient-elles donc des vers?
pas de parties oii ils ne puissent
à coup sûr : il n’est même faire naître des douleurs
ET ÉPHÉMÉRIBES. 109
de lonte sorte , surtout s’ils remontent jusques à l’estomac. Nous avons vu une femme menacée de suffocation par un gonflement de l’orifice inférieur de l’œsophage et de l’estomac , être soulagée par l’expulsion des vers. La saignée eût-elle convenu dans ce cas ? nullement, et c’est une raison pour nous de redoubler de prudence.
Un chevalier était atteint de fièvre continue ; ses urines déposaient un sédiment cendré , comme cela a lieu chez les malades qui souffrent de la rate et de l’hypochondre gauche ; douleur dans l’oreille gauche ; violente lièvre. Au septième jour , tumeur à la mâchoire inférieure. Du sang est tiré ; il en résulte un peu de calme. Mais le soir recrudescence, et, la nuit suivante., apparaissent d’énormes parotides qui croissent à vue d’œil. Oppression extrême,, fièvre moindre , tension et endolorissement des muscles crotaphytes. Tout alla de mal en pis. Il mourut le vingt-unième jour (B).
Nous avons observé dans les fièvres tierces et dans les continues, de légères contractions des mains: c’est un indice de métastase par la voie du système veineux. Quelquefois la saignée y réussit ; mais le plus souvent elle fait courir des dangers au malade (C).
Chez une jeune fille noble de Palaiseau tourmentée depuis un mois par une fièvre tierce , des douleurs dans l’hypochondre droit et dans la cuisse précédaient les paroxismes et s’apaisaient au fort de la chaleur. D’où venait cela ? Craignez qu’un abcès ne se forme (ainsi que vous pouvez l’apprendre dans les Aphorismes), à moins que vous ne le préveniez par des purgations.
Dans une fièvre qui revenait le troisième jour, chez une dame noble , une indicible douleur prenait naissance dans l’hypogastre , au début des paroxismes , et de cette région se portait au sinciput. Elle avait lassé l’art des médecins. On administra à la malade, deux heures avant l’accès , des
lavements irritants prépares avec les follicules de séné ; les douleurs disparurent de l’une et de l’autre région.
Le sirop préparé avec l’eau de vie et le sucre , convient admirablement dans les coliques produites par des humeurs crues.
Dans les fièvres de longue durée , comme il importe de ménager les forces nécessaires à la longueur du mal, j’aime à répéter les saignées, mais d’une main très-économe: car les petites saignées ainsi renouvelées , portent la nature à quelque effort salutaire. Même au déclin de ces sortes de fièvre , il convient d’ouvrir la veine.
Faut-il ordonner les lavements et l’usage fréquent des bouillons aux personnes tourmentées par des vents et un peu enflées , comme le sont celles qui sortent de maladie , et celles qui ont les liypochondres distendus par des flatuosités ? Le plus souvent ils paraissent nuire , parce qu’ils engendrent des vents ; il en résulte une sorte de corruption et de dissolution.
Chez un malade atteint de pleurésie , la saignée fit disparaître la douleur. Était-ce un motif d’entière sécurité ? nullement , car nous avons vu souvent la pleurésie se changer de suite en pneumonie. La soif était très-grande : indice de la violence de l’incendie du poumon. La toux ne revenait que par intervalles. Les signes de l'inflammation du poumon sont souvent trompeurs , cela tient à ce que rarement l’inflammation est franche. Dans les cas où l’inflammation est exquise , la toux est incessante ; il y a de la soif ; la langue est pâle avec enduit verdâtre; le pouls médiocrement dur ; il y a des vomituritions et des douleurs dans la région abdominale. Le ventre s’irrite facilement, ce qui nous fait un devoir d’être prudents et réservés dans l’emploi des médicaments cathartiques. L’âme semble souvent près de défaillir, soit à cause d’une sorte d’écœurement produit par la rétention des phlegmes, soit à cause de quelque vapeur, soit
surtout en raison du voisinage du cœur avec l’organe dans lequel s’est allumé l’incendie. Ajoutez encore le retrait de la chaleur et des esprits qui se fait de toutes les parties du corps , l’excitation produite par les mouvements fluxionnaires vers la tête brûlante , et le reflux des humeurs et des liquides des extrémités inférieures, ainsi que le fait observer Hippocrate.
Dans cette disposition aux défaillances, faut-il s’abstenir de la saignée (qui est dans le cas ci-dessus le remède le plus actuel^ l’unique remède)? au contraire, il faut réitérer l’ouverture de la veine , sans se laisser intimider par ces défaillances ; car elles différent des syncopes et des sueurs froides qui dépendent de l’incendie du cœur. Si jamais l’expérience, la raison et le jugement du médecin peuvent briller dans tout leur jour, certes ; c’est dans ce cas.
Beaucoup de malades sont enlevés par l’inflammation du poumon , chez lesquels ; à l’ouverture du cadavre , on ne trouve dans cet organe que quelques traces de la flamme qui les a brûlés. Aussi les ignorants ne savent-ils pas les découvrir.
Faut-il saigner dans les douleurs de colique? c’est le remède actuel , surtout si elles paraissent être bilieuses. Il faut s’y abstenir de l’emploi des purgatifs violents et de l’application de linges immodérément chauffés. Une chaleur modérée et les bains y conviennent mieux , ainsi que le sirop de violettes et l’usage du lait récemment tiré , ou chaud.
Lorsqu’une femme enceinte est atteinte d’une maladie qui réclame la saignée, l’état de grossesse contre-indique-t-il l’emploi de larges et fréquentes émissions de sang? Puisque elles ont , dans leurs couches , une évacuation de sang très-considérable , et qu’elles la supportent très-bien ; de plus , puisque les femmes soutiennent ; mieux que ne le font les hommes, des saignées plus fréquentes et plus copieuses , pourquoi ferait-on une exception pour le cas posé cidessus (D) ?
On doit mettre tous ses soins à empêcher que les parotides ne suppurent, car lorsqu’elles suppurent, elles sont très-longues à se fermer, et dégénèrent souvent en écrouelles. Dans ce cas , n’épargnez ni les lavements ni les cathartiques.
Lorsqu’un malade est tourmenté par la passion iliaque avec vomissements fréquents , on doit redouter une hernie de l’iléum (car souvent la passion iliaque n’a pas d’autre origine). Or, lorsqu’il existe une hernie des intestins, quelques faibles que soient les forces en raison de l’altération des esprits (vitaux) , il faut relâcher le ventre par de doux purgatifs , afin de ramener vers les parties inférieures les humeurs détournées vers les supérieures. Nous pouvons citer en exemple une dame noble que nous purgeâmes après que l’intestin eut été réduit , quoique toutes les extrémités fussent froides, et que l’on eût eu vainement recours aux cordiaux. La portion herniée était si petite que tout le monde l’avait méconnue , et que, bien plus , un chirurgien niait que ce fût l’intestin , prétendant que la tumeur serait tout autre et plus volumineuse. Cependant un médecin, habile anatomiste , a observé que l’entérocèle était plus dangereuse chez les femmes que chez les hommes, bien que la tumeur fût plus petite chez elles , et qu’elles en périssaient souvent. Nous l’avons vu fréquemment nousmême: car chez les femmes, la partie qui fait hernie ne dépasse souvent pas en longueur la moitié du doigt annulaire , tandis que la tumeur dépasse fréquemment chez les hommes le volume de la tête, et 11e leur fait pas courir autant de danger. Cela tient-il à ce que chez les femmes c’est le cæcum qui s’obstrue et fait hernie , tandis que chez les hommes , ce seraient d’autres parties des intestins et surtout l’iléum (E) ?
ET ËPHÉMÊRIDES.
ANNOTATIONS
(A) Je pense que ces pleurésies étaient de nature pestilentielle. Beaucoup de maladies se terminaient sous cette forme. La saignée n’y était absolument d’aucune utilité. Relativement à la pleurésie pestilentielle et à l’emploi de la saignée dans cette maladie , consultez Manard , lettre 5, livre i 2.
(B) Galien dit, dans son commentaire sur le §. 84, section 2 , livre 1 des Épidémies : Les parotides , avant leur suppuration , guérirent sous V influence des excrétions par les voies inférieures. 11 ajoute ensuite : Cratistonaôte et la servante d’un peintre périrent à la suite de la suppuration des parotides , à cause de l’existence d’une matière crue contenue dans les veines. Car il n est pas impossible qu’une coction partielle se fasse sur un certain point , l’ensemble des humeurs restant à l'état de crudité. Hippocrate dit aussi §. 81, sect. 2. liv. î des Épidémies : Les parotides qui se formèrent dans ces fièvres n’ arrivèrent ni à résolution ni cl suppuration chez quelques malades , bien que la fièvre eût cessé d’une manière critique y dans ces cas, une diarrhée bilieuse ou la dyssenterie , ou des urines épaisses avec sédiment , les dissipèrent comme cela arriva à Hermippus le clazoménien (Trad. de M. Daremberg). En effet , les principes producteurs de la maladie sont éliminés par ces voies d’évacuation.
(C) Le terme de contraction spasmodique employé dans les Prorrhétiques , convient mieux que celui de spasmes à ces sortes de contraction : différence essentielle que nous expliquerons plus loin.
(D) On doit moins redouter d’ouvrir la veine à une femme enceinte que de lui administrer un purgatif. On rencontre beaucoup de femmes pléthoriques qui , si elles ne
sont pas saignées au quatrième mois de leur grossesse , avortent , le fœtus périssant étouffé par l’abondance du sang. Dans tous les cas, lorsqu’elles sont sous le coup d’une fièvre ou d’une inflammation violentes, il n’y a aucun danger à leur tirer du sang, et à suivre dans ces conjonctures le conseil donné par Celse, qui veut que l’on ne tienne compte que de la gravité de la maladie et de l’état des forces : La saignée, dit cet auteur, est un moyen de guérison sûr pour les enfants et les vieillards robustes, et pour les femmes enceintes. On 11e doit tenir compte de l’état de grossesse que relativement à la quantité de sang à tirer. Le passage suivant d’Hippocrate , dans les Aphorismes , ne saurait être absolument vrai : La saignée provoque V avortement chez les femmes en état de grossesse , et cela avec d’autant plus de facilité que l’âge de l'enfant est plus avancé. On ne doit y voir qu’un avertissement de s’abstenir des grandes soustractions de sang en usage au temps d’Hippocrate, de peur que le manque d’aliment ne force l’enfant renfermé dans l’intérieur de ia matrice, à venir au jour.
(E) La chute de l’intestin dans les bourses donne lieu à la passion iliaque et au vomissement de matières fécales, que la perversion des mouvements intestinaux porte vers la bouche. La réduction de l’intestin n’éloigne pas tout danger , et il faut tenir le malade en garde contre la fausse opinion d’un salut assuré. Car , pendant quelques jours, il doit se faire d’abondantes évacuations par les voies inférieures, et il faut calmer l’irritation de l’ouverture supérieure de l’estomac et la tendance que ce viscère conserve à reproduire les évacuations symptomatiques dont il avait pris l’habitude. La rhubarbe convient alors, soit sous la forme pilulaire, soit en décoction. Il se produit aussi quelquefois des accidents plus graves ; car il se développe une inflammation dans les vaisseaux lactifèrcs et dans les glandes du mésentère , d’où un flux chyleux, la puissance d’attraction
et de succion du foie restant suspendue par suite de 1 inflammation des veines mésaraiques et mésentériques ; et alors , malgré le flux de ventre , l’abdomen se ballonne. C’est pourquoi il faut user des moyens qui dissipent l’inflammation , ainsi que nous en avons fait maintes fois 1 expérience. C’est ce qu’explique tres-doctement Galien dans son commentaire sur le §. 2. du Livr. 1. du Prognostic. Celse (Chap. 20. Livr. 7.) met au-dessus de tout , dans la hernie intestinale , la diète et la saignée.