OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Au sujet de chaque maladie contagieuse que nous avons étudiée, nous avons fait voir le rôle de l’habitation, de l’encombrement, de l’insalubrité dans l’éclosion et la propagation des maladies.
Partant de ce fait démontré que les épidémies atteignent surtout les logements encombrés et insalubres qui sont des foyers d’où rayonne le mal et où il se réveille de temps à autre, il résulte la nécessité de l’isolement d’abord, de la désinfection ensuite.
Nous avons dit combien il était difficile de préserver les enfants, les familles et par suite les écoles de la contagion de la rougeole par l’isolement. Les médecins inspecteurs des Ecoles procèdent habituellement par le renvoi des malades, l’exclusion de ceux qui peuvent être dangereux, et la fermeture des Ecoles. La désinfection n’étant pas encore pratiquée au sujet de la rougeole, il nous semble que le rôle, des médecins inspec-
tours devrait se borner à préserver les Ecoles non atteintes.
En ce qui concerne la diphtérie, le problème est très délicat. Isoler les contagionnants, tout est là, dit le Prolesseur liard de Lyon, et songer surtout a joute-t-il, aux cas frustes et aux convalescents qui sont les vrais propagateurs. Les médecins inspecteurs auront donc à examiner avec soin les gorges et les nez cl à prolonger la durée de la convalescence hors de l’école. Ces cas frustes dont on ne se méfie pas communiquent une diphtérie grave aux autres et l’on a vu des convalescents rester contagieux 4o ou 5o jours après leur maladie.
Les règles d’isolement et de désinfection sont plus simples et plus précises à propos de la variole, de la fièvre typhoïde et de la coqueluche, surtout au point de vue de laprophylaxie scolaire ou de la prophylaxie dans les établissements de l’administration soit d’assistance, soit pénitentiaire etc.
Quant à la fièvre scarlatine, si l’isolement est possible (et il faut qu’il soit prolongé) la désinfection est dans bien des cas illusoire. Pour être efficace il faudrait qu’elle fut faite après complète guérison et desquamation du malade qui n’aura pas quitté sa chambre et n’aura eu aucune communication avec d’autres personnes.
Combien ces conditions sont difficiles à réaliser dans la pratique! et nous ajouterons, si l’isolement était
obligatoire comme en Angleterre pour les étrangers, combien d’individus atteints d’érythèmes scarlatiniformes seraient transportés dans des pavillons d’isolement sans communication avec leur famille, et exposés meme à contracter une maladie épidémique qu’ils n’ont pas !
Au sujet des écoles, la prophylaxie est extrêmement difficile, car les frères et sœurs des scarlatineux vont à l’Ecole et propagent peut-être la maladie sans pour cela la contracter eux-mêmes. C’est dans ce cas que les causes d’absences des élèves sont importantes à connaître exactement, qu’elles doivent être signalées au médecin inspecteur qui exclura de l’école les frères ou sœurs des malades signalés.
Au point de vue de la mortalité générale, nous avons remarqué une mortalité particulièrement supérieure sur la route de Ghoisy qui borde les cimetières parisiens. Nous ne faisons (pie signaler le fait sans chercher à l’expliquer. Disons toutefois que les logis pauvres et les marchands de vins sont plus nombreux autour des cimetières qu’ailleurs.
Quant à l’origine des épidémies, nous avons dit qu’il était impossible d’assigner une origine quelconque à la coqueluche et à la diphtérie* dont l’endémicité est malheureusement certaine.
Le choléra paraît être la plupart du temps né sur place, par reviviscence des germes.
La variole a élé importée de Paris ou d’une 'commune avoisinante.
La fièvre typhoïde, endémique, lient au régime local des eaux.
La scarlatine et la rougeole, endémiques également, naissent et se propagent sur place.
Pourtant, plusieurs épidémies de rougeole, paraissent avoir été importées de Paris.
La rougeole est caractérisée pour une périodicité annuelle bien nette. Elle pénètre en général dans notre ville en avril, par le Pctit-Ivry sur le coteau, et continue souvent une épidémie parisienne. De là elle progresse, descend au Centre et s’étend à Ivrv-Port, en paraissant augmenter d’intensité.
La coqueluche, qui suit presque toujours la rougeole, présente la meme marche envahissante.
A propos du choléra et de la fièvre typhoïde, nous avons étudié la question des fosses d’aisances, des égouts et de l’enlèvement des matières fécales.
Nous avons aussi étudié la question des eaux, la topographie, la nature du terrain, et nous ne reviendrons pas sur ces questions.
Les influences météorologiques sont difficiles à constater dans la plupart des cas. Les vents dominants dans notre contrée sont ceux du Sud-Ouest, et nous avons remarqué (pie ces vents pluvieux sont favorables à l’apparition de la diphtérie qui suit aussi, comme nous l’avons vu, les mouvements d’ascension de la Seine.
Les vents, les poussières, les pluies ont-ils une influence bien nette sur la marche des épidémies dans notre région '? il est bien difficile aussi de l’établir. Les remarques que nous avons faites à ce sujet (nous en avons signalé quelques-unes), ne sont pas bien probantes.
Pourquoi la rougeole, la coqueluche et la scarlatine apparaissent-elles d’abord au Pelit-Ivry d’une façon épidémique, puis se propagent-elles en descendant le coteau jusqu’au Port'? Pourquoi lorsque ces maladies et même d’autres maladies générales infectieuses, comme la grippe, la pneumonie, sévissent au Petil-Ivry, sonlelles rares au Port, et lorsqu’elles sévissent au Port s’éteignent-elles au Pelit-Ivry, après avoir trappé Ivry- Centre '?
Nous avons même, maintes cl maintes fois remarqué (pie s’il y des maladies épidémiques ou autres à Ivry, il yen a peu à Charenlon, de l’autre coté de la Seine, et inversement. Comme si les vents dominants de la région, les vents du Sud-Ouest, quelque peu arrêtés par le coteau de la rive gauche et combinés avec le mouvement d’air provoqué par le courant de la Seine, apportaient d’abord les germes sur la crête du coteau. Ensuite l’épidémie descendrait dans la vallée, traverserait la Seine, él irait frapper Charentonen dernier lieu. Comme si encore le quartier du Pelit-Ivry, peuplé et avoisinant les quartiers populeux du XI 11e- arrondissement, était d’abord plus facilement contagionné que le Port
<|iii avoisine bien Paris, il esl vrai, mais près de quartiers couverts de chantiers, d’entrepôts, de magasins généraux, de gares, de jardins etc, où la population est presque nulle et partant la contagion plus amoindrie.
Nous donnons nos remarques sur les influences météorologiques dans la marche des maladies épidémiques à lvry pour ce qu’elles valent, et nous nous garderons bien de les donner pour certaines et indiscutables.
Les différents établissements d’instruction publique communaux, libres ou congréganistes, les pensionnats, n’ont' pas offert de particularités à la marche des épidémies. Ils n’ont pas présenté d’inmunité spéciale ni une intensité plus grande au mal.