‹ Épigrammes de Jean-Baptiste RousseauChapitre 7 sur 8 · ATTRIBUÉES A J.-B. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

ATTRIBUÉES A J.-B. ROUSSEAU

Attribuées a T.-B. Rousseau

Sur la manie dg faire de l'esprit

TOUT plein de soi, de tout le reste vide, Le petit homme étale son sçavoir, Jase de tout, glose, interrompt, décide, Et sans esprit veut toujours en avoir ; Car son babil, qu'on ne peut concevoir, Tient toujours prêts contes bleus à vous dire, Ou froids dictons, que pourtant il admire. Et de là vient que l'archigodenot, Depuis trente ans que seul il se fait rire, N'a jamais su faire rire qu'un sot.

'j6 ÉPIGRAMMBS

Contre Longepierre, sur ses traductions

LONGEPiERRE le translateur, De l'antiquité zélateur, Imite les premiers fidèles, Qui combattoient jusqu'au trépas.

Pour des vérités immortelles, Qu'eux-mêmes ne comprenoient pas.

Sur l'aventure de Vévêque de Nîmes

POUR éviter des Juifs la fureur et la rage, Paul, dans la ville de Damas, Descend de la fenêtre en bas :

La Parisière, en homme sage.

Pour éviter ses créanciers En fit autant, ces jours derniers.

Dans un siècle tel que le nôtre On doit être surpris, je crois, Qu'un de nos prélats une fois Ait su prendre sur lui d'imiter un apôtre.

Contre un détracteur de l'auteur

UN gros garçon qui crève de santé, Mais qui de sens a bien moins qu'une buse, De m'attaquer a la témérité, En médisant de ma gentille muse ; De ce pourtant ne me chault et l'excuse, En demandant à gens de grand renom, S'il peut mon los m'ôter par telle ruse, Ils m'ont tous dit assurément que non.

Conte du Pogge

UN fat, partant pour un voyage.

Dit qu'il mettroit dix mille francs Pour connaître un peu par usage Le monde avec ses habitants.

« Ce projet peut vous être utile, Reprit un rieur ingénu :

Mais mettez-en encor dix mille Pour ne point en être connu. »

EN son lit une demoiselle Attendoit l'instant de sa mort ; Un capucin brûlant de zèle,

Lui dépêchoit son passeport.

Puis il lui dit pour réconfort :

« Consolez-vous, âme fidèle ;

La Vierge est là qui vous appelle

Dans la sainte Jérusalem ;

Dites trois fois, pour l'amour d'elle

Domine salvum fac regem.

Sur les fables de La Motte

QUAND le graveur Gilot et le poète Houdart Pour illustrer la fable auront mis tout leur art, C'est une vérité très sûre Que le poète Houdart et le graveur Gilot

En fait de vers et de gravure Nous feront regretter La Fontaine et Callot.

Sur le même sujet

DANS les fables de La Fontaine Tout est naïf, simple et sans fard On ny sent ni travail ni peine Et le facile en fait tout l'art.

En un mot, dans ce froid ouvrage Dépourvu d'esprit et de sel, Chaque animal tient un langage

Trop conforme à son naturel.

Dans La Motte-Houdart, au contraire, Quadrupède, insecte, poisson, Tout prend un noble caractère, Et s'exprime du même ton.

Enfin, par son sublime organe.

Les animaux parlent si bien, Que, dans Houdart, souvent un âne Est un académicien.

DEUX gens de bien, tels que Vire en produit, S'entre-plaidoient sur la fausse cédule Faite par l'un, dans son art tant instruit, Que de Thémis il bravoit la férule.

Or, de cet art se targuant sans scrupule, Se trouvant seuls sur Thuis du rapporteur : Signes-tu mieux ? Vois, disoit le porteur : T'inscrire en faux seroit vaine défense. — M'inscrire en faux, reprit le débiteur, Tant ne suis sot : tiens, voilà ta quittance.

Contre un sot qui veut plaire

QUAND vous vous efforccz à plaire, On croit voir Tâne contrefaire Le petit chien vif et coquet ;

Et si vous vous contentiez d "être Un sot, tel que Dieu vous a fait, On craindroit moins de vous connaître.

L'Épitaphe d'un auteur

CI-GÎT l'auteur d"un gros livre Plus embrouillé que savant Après sa mort il crut vivre, Et mourut dès son vivant.

Épitaphe de l'abbé Courtois

CI-DESSOUS gît monsieur labbé Courtois Qui mainte dame en son temps coqueta.

Et par la ville envoya maintes fois De billets doux plus dun duplicata.

Jean, son valet, qui très bien l'assista. Souvent par jour en porta plus de dix ; Mais de réponse onc il n'en rapporta.

Or prions Dieu qui leur doint paradis.

DE JEAN BAPTISTE ROUSSEAU 8l

Contre l'abbé de^ellegarde

Sous ce tombeau gît un pauvre écuyer, Qui, tout en eau sortant d'un jeu de paume, En attendant qu'on le vînt essuyer, De Bellegarde ouvrit un premier tome.

Las ! en un rien tout son sang fut glacé. Dieu fasse paix au pauvre trépassé !

A M. le comte d'A ttinger

DE tes lectures assidues, Ami, crois-moi, pour quelques jours, Tâche d'interrompre le cours ; Car pour peu que tu continues, Je crains, à te parler sans fard, Que la mort sévère et chagrine, Jugeant, peut-être à tout hasard.

De ton âge par ta doctrine, Ne te prenne pour un vieillard.

AMI T..., sais-tu pourquoi On te fuit comme la chouette Non. Que peut-on reprendre en moi

Rien, sinon d'être trop poète.

Car quelle rage, en bonne foi !

Toujours réciter, toujours lire ?

Point de paix dedans ni dehors ; Tu me talonnes quand je sors, Tu m'attends quand je me retire, Tu me poursuis jusques au bain.

Je lis, tu m'étourdis l'oreille ; J'écris, tu m'arrêtes la main ; Je dors, ton fausset me réveille.

A l'église je veux prier, Ton démon me fait renier.

Bref, sur moi partout il s'acharne, Et si je t'enferme au grenier.

Tu récites par la lucarne.

Trop déplorable infirmité !

En veux-tu voir l'énormité ?

Bon homme, ingénu, serviable, Tu te fais haïr comme un diable.

Avecque toute ta bonté.

Sur les talents divers de l'abbé Bigiiet (i)

CHRYSOLOGUE toujours opiuc ; C'est le vrai Grec de Juvénal :

Tout ouvrage, toute doctrine Ressortit à son tribunal.

(i) Variante (éd. àei-jii) : Epigramme contre Saurin,

Faut-il disputer de physique ?

Chrysologue est physicien.

Voulez-vous parler de musique ; Chrysologue est musicien.

Que n'est-il point .'' Docte critique, Grand poète, bon scolastique, Astronome, grammairien.

Est-ce tout ? Il est politique, Jurisconsulte, historien.

Platoniste, cartésien, Sophiste, rhéteur, empirique.

Chrysologue est tout, et n'est rien.

Justification de la précédente Epigramme à un important de cour

BIEN que votre ton suffisant Prête un beau champ à la satire, Ne vous alarmez pas, beau sire ; Ce n'est point vous, quant à présent, Que ma muse a voulu décrire.

Et qui donc ? Je vais vous le dire : C'est un prêtre mal décidé.

Moitié robe, moitié soutane.

Moitié dévot, moitié profane, Sçavant jusqu'à TA B C D, Et galant jusqu'à la tisane.

Le reconnaissez-vous ? Selon.

C'est celui qui sous Apollon,

Prend soin des haras du Parnasse,

Et qui fait provigner la race

Des bidets du sacré Vallon.

Le reconnaissez-vous mieux ? — Non.

Ouais ! Pourtant, sans que je le nomme,

Il faut que vous le deviniez.

C'est l'aîné des abbés noyés.

Oh ! oh ! j'y suis. Ce trait peint Ihomme

Depuis la tête jusqu'aux pieds.

DEUX jeunes gars, en amour gens d'élite, Gageoient un jour à qui mieux le feroit; L'un le fit onze, et tout bas murmuroit, Mais l'autre en fit quatorze tout de suite, Et dans l'instant se saisit de l'enjeu. Le malheureux, à certaine donzelle, Conta le cas : Sainte Vierge ! dit-elle, Est-il permis de perdre à si beau jeu ?

AVEC scandale, un Peintre, en son taudis, Entretenoit gentille chérubine :

« Vous, pour le sûr, et votre concubine, Dit frère Luc, de Dieu serez maudits.

Épousez-vous: les anges ébaudis.

Fête en feront sur le céleste cintre.

Epousons donc, puisqu'il faut, dit le Peintre. Etre cocu pour gagner paradis.

CHEZ des juives, un paillard Moine Prenoit sa récréation.

Sur quoi certain grave Chanoine Lui disoit par compassion :

Ami, vous courez risque d'être Brûlé, comme un porc vif ou mort.

Nenni, par Dieu, reprit le prêtre.

Car je les baptise d'abord.

UN Guillaumet mâtinoit à confesse Un sectateur de l'art du Titien, « Quoi ! vous peignez, disoit l'homme de bien, D'après le nu, bras, tétons, cuisses, fesses, Le tout à choix ! Il n'est nul, voire un saint, Dont, en ce cas, la chair ne fut rebelle. J'ai, dit le Peintre, un remède certain : J'exploite, avant, quatre fois mon modèle.

UN Cordelier faisoit lœuvre de chair, Et s'ébattoit en festoyant sa mie, Son compagnon lui dit : Frère très cher, Pourtant faut-il aller chanter Compile ? Lors le frater dit: Parbleu ! je m'oublie ! Sus ! haut le cul, dépêchons-nous, Gogo ! Je reviendrai, si Dieu me prête vie, Dès que j'aurai chanté tantum ergo. »

QUOI ! faire cas d'un plaisir qui ne dure ? Ah ! renoncez à celui de nature !

Disoit un jour un Dévot très outré.

Le gars, auquel fut ainsi remontré, Lui répliqua : Vous savez mal conclure. Bon pour celui qui pourroit se lasser, ■ Et s'abattroit d'une seule aventure !

Mais mon plaisir est de recommencer.

DANS un village, au jeudi de l'Absoute, Certain Pasteur dit au peuple amassé :

Au moins, enfants, afin que nul en doute. N'allez pas faire ainsi que l'an passé ? Tous vos maris, femmes, mont confessé,

Avoir troussé leurs voisines en mâle.

Et d'entre vous nulle n'a prononcé, Avoir forfait à la loi conjugale.

POUR confesser femelle de vingt ans.

Par un matin, arriva frère Antoine ; Près de son lit d'abord se mit le Moine, Et tôt après le ribaud fut dedans.

Frère Lubin, avec des yeux ardents, Voyoit le tout, de loin par la fenêtre : Mon Dieu ! dit-il alors entre ses dents, N"aurai-je point le bonheur d "être prêtre ?

EN' un quartier, une maison brûloit :

Chacun y court, comme on fait en tel cas. L'un, sainte Barbe, à son aide appeloit, L'autre, saint Jean, l'autre, saint Nicolas, Le Maître donc, tout en colère, sort Et leur cria : Que le Diable nous tord ! Allez à Dieu tout droit, mieux il sera, Car, cependant qu'ils feront leur rapport, Vertu-sambleu ! ma maison brûlera.

UN Cordelier, un Billete. un Gendarme, N"avoient qu"Alix pour unique atelier.

On tire au sort : le sort échut au Carme ; Puis au Frappart, et puis au Cavalier.

Gentil soudard, dit lors le Cordelier, Là de longtemps tu n'auras ton aubaine ; Le Carme et moi finirons la douzaine, C'est la gageure. Or, ne sois point marri : En attendant, faisons l'œuvre romaine, Et pour cela ne perdrai le pari.

UN vieil Abbé, peu curieux de messes.

Pendant la nuit de Noël exploitoit Fille de bien ; mais mal s'y présentoit, Dont tous les deux avoient grandes détresses. De ce. dit-il, ne t'étonnes, m'amour ; Dieu ne permet qu'on pêche en si saint jour. Advint pourtant qu'à la fin il engaine. Lors elle dit : Dieu n'y songe-t-il plus ? Si, dit l'Abbé, mais ce n'est pas sans peine Qu'enfin le Diable a repris le dessus.

u temps de Pâque. un certain Jouvenceau Se confessoit. suivant l'usage D'avoir un jour sous un feuillage

Appris quelque terme nouveau

A jeune fille prude et sage.

Bon ! dit le Père; après, que fites-vous ?

Rien de plus contre Tinnocence, Reprit le Gars, avec un naturel fort doux. A votre âge, mon fils, je gardois le silence ;

Mais j'avois une autre éloquence....

Allez ! Puisque ainsi est, fuyez les rendez-vous !

UN Cordelier, frais gaillard et dispos, Après dîner, attendant le service, Entretenoit trois autres de propos, Et leur contoit qu'une jeune novice L'avoit prié de fourbir son devant.

Puis il leur dit, son discours poursuivant : Frères très-chers, qu'eussiez-vous voulu faire Les deux ont dit qu'ils eussent pris la haire. Et que soudain eussent quitté le lieu, Mais le dernier dit quil l'auroit foutue. Lors le Frater : « C'est bien dit, vertubieu ! Elle le fut, ou la peste me tue !

Les belles Fesses

u temps des Grecs, deux Sœurs disoient avoir Le plus beau eu, que filles de leur sorte. La question fut de sçavoir

Laquelle sur l'autre l'emporte.

Sur ce débat, un expert étant pris, A la moins jeune il accorde le prix : Puis, l'épousant, lui fait don de son âme. A son exemple, un sien frère est épris De la cadette, et la prend pour sa femme. Tant fut enfin, sur ce point procédé, Que, par les sœurs, un temple fut fondé Au nom de Vénus belle-fesse :

Je ne sais pas à quelle occasion.

Mais c'eut été pour moi le Temple de la Grèce,

Pour qui j'eusse eu plus de dévotion.'

DEUX Cordeliers, grands débrideurs de nonnes, A frais communs desservoient un couvent, Et dirigeoient douze fringantes nonnes; C'en étoit six pour chaque desservant.

L'un trépassa dans ses rudes épreuves ; — Moi, j'ai bon dos, dit l'autre survivant ; Morbieu ! je veux épouser les six veuves.

Sur une bague envoyée par une dame à une autre dame

EAU doigt ministre des plaisirs.

Toi qui sçais soulager les plus ardents désirs, Reçois aujourd'hui mon hommage :

Quoi qu'on en puisse soupçonner D'un diamant je veux t'orner, Et la reconnaissance à ce devoir m'engage.

Pour le portrait de Despréaux

LA Vérité par lui dévoila l'artifice :

Le faux, dans ses écrits, fut partout combattu, Mais au parfait mérite il sçut rendre justice, Et ses vers furent moins la satire du Vice, Que l'éloge de la Vertu.

PAUL, vieux Manceau, maître en l'art des faussaires Assigne Jean, grand clerc au même fait, Pour acte où Paul n'avoit que contrefait Le seing de Jean et celui des notaires. Or, comme au Mans plaideurs vivent en frères, Toujours jasant alloient nos deux Manceaux : L'acte est bien fait on n'y voit nuls défauts ! Dit Paul à Jean, mais je sçais ta défense : Tu vas tenter l'inscription de faux ?

De faux ? dit Jean. Va, va, j'ai la quittance.

A Madame la Princesse de Conti, sur un bruit

qui s'étoit répandu que le Roi du Maroc

'toit devenu amoureux d'elle sur son portrait

VOTRE beauté, grande Princesse, Porte les traits dont elle blesse Jusques aux sauvages lieux :

L'Afrique avec vous capitule, Et les conquêtes de vos yeux Vont plus loin que celles d'Hercule.

UN Florentin faisoit son cupidon Et s'ébattoit d'un Suisse du Saint-Père. Le Barigel, par sentence sévère, Le condamna d'aumôner un teston, Le condamné crioit : C'est tyrannie !

Payer vingt sols pour péché si mignon ! Beau justicier, sommes en Italie, En lieu papal... Paye et sans repartie ! Reprit Dandin. Tu l'as bien mérité :

Ton cas n'est pas honnête sodomie, Mais bien péché de bestialité.

Sur le Temple du Goût de M. de Voltaire

VOLTAIRE, sur Montmartre, endormi lautre nuit, Avoit construit en songe un Temple pour sa secte, Mais un bruit de sifflets réveillant l'architecte. Il se frotta les veux et trouva tout détruit.

PAR le démon de la dramaturgie, Ce vil rimeur, aux Pradons subrogé, Que ses preneurs, avec tant d'énergie, En Euripide ont jadis érigé, Moins que jamais devroit sen faire accroire. Sa tragédie a pourtant eu la gloire De s'être fait de larmes honorer ; Car, s"il n'a fait pleurer son auditoire, Son auditoire au moins l'a fait pleurer.

GRANDS écrivains qui vous entremordez, Quand par hasard, faisant brochure et livre, Par le courroux vous vous sentez guidés, Pour votre honneur gardez-vous de poursuivre, Car je crains fort que le Public, moins ivre, N"abjure enfin vos écrits indécents.

Fruit d'une aveugle et bachique manie,

Où VOUS croyez attirer son encens,

En opposant le fiel à l'ironie,

L'ire au sang-froid et l'injure au bon sens.

Sur de mauvais vers publiés contre l'A bhé des Fontaines

Vous sentez bien, turbulents Rimailleurs, Vos dieux battus, d'aller chercher querelle A de fâcheux et discourtois railleurs, Qu'Appollon même a pris en sa tutelle.

Si donc en vous reste un grain de cervelle, Ne rimez plus. Surtout gardez-vous bien De molester un nouveau Lucien, Qui mit jadis si bien à la compote, Pour réparer l'honneur Parnassien, Les vers défunts du très défunt La Motte.

TOUT frais sifflé, certain Rimeur de baie, Soupoit, un soir, encore tout furieux.

Chez une vieille où sa muse vénale Se va parfois venger des envieux.

Si se vengeoit, avalant de son mieux.

Cailles, perdrix, tourte, crème, gelée, Sans sonner mot, dont un de l'assemblée

Lui dit : « Bon cœur, poussez doux notre ami :

Tel aujourd'hui votre pièce a sifflée.

Qui n'a, par Dieu, soupe si bien que vous.

DITES de lui qu'il est fat, effronté : Chacun le sçait, lui-même en fait parade. Reprochez-lui blasphème, impiété :

C'est de nectar lui présenter rasade.

Ajoutez-y balaffres, bastonnade :

C'est son plus clair et plus sûr revenu. Bref, le mignon est sur tout trop connu, Pour craindre encore affronts ni flétrissures, Et son salut est d'être devenu Invulnérable, à force de blessures.

Imitation d'un Epigramme de Martial (Lib. IX, Ep. 82.)

Lorsqu'à la Cour, à la Ville, en tous lieux. Chacun nous prête oreilles attentives, D'un tas d'auteurs sottement envieux, Quel mal nous font les critiques chétives ? Le doux parfum des fleurs récréatives.

Est-il donc fait pour plaire aux jardiniers :

Et quand la fête est au gré des convives,

S'informe-t-on du goût des cuisiniers ? (i]

J "appelle grand un roi qui, par soi-même, Brigue l'honneur de se voir applaudi, Qui, secondé de ses peuples qu'il aime. Offre aux périls un cœur ferme et hardi. Mais, pour un roi sur son trône engourdi, Qui ne dit rien que ce qu'on veut qu'il dise, N'agit, ne voit rien que par entremise ; Malgré sa morgue et tout son quant-à-moi. Ce n'est qu'un coq sur un clocher d'église, Haut élevé, oui, mais grand ? Non, ma foi.

Souhaits de jour de l'An, adressés à V Académie royale de musique

QUE jamais, par son chant glacé, Colasse ne nous refroidisse !

Que Campra soit aussi chassé, Qu'il retourne à son bénéfice !

(i) Variante :

Fruits savoureux et fleurs récréatives Ne sont régal des pauvres Jardiniers Q.aand le Festin coniente les Convives, Est-il besoin qu'il plaise aux Cuisiniers ?

Que le bourreau, par son valet, Fasse un jour serrer le sifflet De Perin et de sa séquelle !

Que Pécourt qui fait les ballets Ait le fouet au pied de l'échelle!

SIRE Martin consoloit sire Eloi Sur le trépas de sa femme brunette ; Las ! disoit-il, tu le sçais mieux que moi, La male-mort fait partout maison nette.

Mais qui leût cru qu'épouse si jeunette En paradis, dût si tôt s'envoler ?

Ah ! cher ami, dit l'autre, je souhaite Que jamais Dieu ne t'y puisse appeler ! »

Sur un Parasite

INSPIRÉ par son appétit, Il flatte, amuse, divertit :

Le matin, lit son répertoire ; Le soir, vide à table son sac.

Son esprit est dans sa mémoire, Et son ... dans son estomae.

CROYEZ-MOI, changez de maxime, Et soyez quelquefois de l'avis !de quelqu'un, Car, avec cet orgueil et ce tic importun De contrarier tout, sans raison et sans rime, De trancher du censeur et du juge sublime. De jouer l'esprit fort et de livrer combat

A ce que tout le monde estime; Tel qui croit se donner pour homme délicat, Ne se donne que pour un fat.

DEUX auteurs, de même séquelle Se sont fait au Théâtre une route nouvelle L'un, de beaux sentiments paré hors de saison, Fait pleurer à ses comédies, Et l'autre, furieux sans rime ni raison, Nous fait rire à ses tragédies.

Sur la continuation de /'Histoire de l'Académie FRANÇOISE, par l'abbé d'Olivet

LECTEUR, qui vous sentez l'âme assez intrépide Pour lire jusqu'au bout la légende insipide De ce Compilateur ingénieux et fin ; "Vous apprendrez, du moins, à sa lecture entière,

Qui des deux, au bon jeu, rompt le plus en visière , L'apologiste de Cotin, Ou le censeur de la Bruyère.

LU

RARE esprit, génie inventif.

Qui prétend, qu'à toi seul la Nature connue N"a son principe opératif, Que dans l'attraction par Newton soutenue. Voltaire, explique-nous le principe attractif, Qui fit tomber sur tes épaules Ces orages de coups de gaules, Dont tu reçus le prix en argent effectif ?

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