‹ Epigraphie de l'eglise Notre-Dame de DijonChapitre 48 sur 89 · DE JAQUEMART · texte numérisé non relu

DE JAQUEMART

L'une des deux petites cloches qui accompagnent la Marguerite sur l'horloge de Jaquemart, celle qui se trouve à côté de Jaquette, est également ornée d'une

(1) Froissart, Les Chroniques de sire Jehan Froissart, Paris, 1837, t. I, p. 579. — Gollut, Les mémoires historiques de la République séquanoise, Dole, 1522, p. 580.

(2) Gollut, ibid.

ceinture historiée, dans le genre de la précédente. On y voit les figures que nous avons décrites, avec les mêmes traits et les mêmes dimensions : le Christ en croix accompagné de la sainte Vierge et de saint Jean, les armes de France, celles de Bourgogne ancien et moderne^ celles de Bourgogne^ mi~parti de Flandre, la chasse, les arbres, les chiens et les lièvres. On y remarque toutefois cette particularité que le marteau est absent, tandis qu'y paraît la marque des fondeurs : une cloche avec les deux lettres gothiques de chaque côté :

Il n'y a pas d'autres lettres sur cette petite cloche.

La seconde ne porte ni lettres ni autres reliefs.

Les comptes des Despenses pour le fait de Vorreloige de 1383 ne font pas mention des deux petites cloches dont il s'agit ^^\ Mais des petites cloches apparaissent dans une délibération « du lundi après la Saint- Andrier », 1387, où il est dit que Guillaume Trois, de Hollande, devait assortir l'horloge de cordes, marteaux, poids et autres ustensiles, de cloches et de clochettes. Ces cloches et clochettes sont évidemment distinctes de la grosse cloche fondue en 1383. Elles étaient destinées à battre les rappels des heures, dont il est question dans les comptes du 5 juin 1517, comme d'une chose anciennement établie ^^\

La cloche historiée peut ainsi dater de 1387 ou 1388. Elle semble, en tout cas, sortir du même atelier que la Marguerite, parce que les empreintes des figures et des armoiries sont identiques.

S'agit-il, à la lettre B, de Bernard, le fontenier de

(1) A. G. D., série L, n» 347, fo» 22 et suiv.

(2) Mémoires de la Commission déjà cités, p. 184, 189.

1383, et, à la lettre T, de Trois, de Hollande? On peut le supposer pour Bernard, puisqu'il continua de travailler jusqu'en 1401. Mais la chose est moins sûre pour Trois, parce que Bernard a pu s'associer un fondeur inconnu, dont le nom aurait commencé par la même lettre <*^.

Cette petite cloche porte à son bord inférieur une autre ceinture, où reparaissent le Christ en croix avec la sainte Vierge et saint Jean, et les armoiries de France et celles de Bourgogne deux fois répétées.

Si cette cloche parait remonter à une lointaine époque, la petite Jaquelinette, qui la frappe, est au contraire très récente. On lit dans une délibération du Conseil municipal de Dijon, séance du 15 février 1884, qu'un devis de réparations à faire à l'horloge, et qui a été promptement exécuté ^^\ comporte « l'adjonction d'une quatrième figurine », et l'on voit par les gravures modernes de Jaquemart que le second enfant a manqué jusqu'en 1884.

La seconde dindelle se présente dans des conditions quelques peu différentes. Le bronze est d'une autre venue et d'un grain moins foncé, avec cinq cordons seulement, tandis que la dindelle historiée en porte dix. Les dimensions sont sensiblement les mêmes : 0"44 de diamètre avec 0™305 de hauteur pour celle-ci, et 0™ 42 sur 0™ 30 pour celle-là. L'enfant qui la frappe, Jaquet, n'est pas antérieur à 1714 ^^\ Nous en avons

(1) Ibid., eod, loc.

(2) Installée au mois de juillet de cette même année 1884, Jaquelinette a coûté 220 fr. — Lettre de MM. Château, frères, Paris, 5 décembre 1903.

(3) La Très humble supplique du bon vieux Jacquemard insérée dans l'Annuaire de la Côte-d'Or pour les années 1871-1872, suppose que M. et M^^ Jaquemart avaient des enfants avant 1714, mais c'est une pièce satirique, dont l'exactitude historique est le moindre souci.

pour preuve les comptes de la Chambre de ville <*>, les anciennes gravures, et tout spécialement la célèbre Requaite de Jaiquemar et de sai fanne ai messieu de lai Chambre de ville de Dijon <*> qui est de la fin de 1714. Jaquemart expose qu'il n'avait jamais eu d*enfants et il prie Messieurs de la Chambre de \ille de lui en fabriquer :

Jaiquemar et sai bonne fanne.

Que j'estime ène autre Suzanne, Aivon fai veu de chaistetai, Ç'à porquei ai n'on poin d*halrai Pô fraipai dessu lô dindelle ; Messieu lé Réjan de lai velle, Vô m*antandé, ç*a qu'ai vorein Que vô los an fabriqueussein.

Jaquet et Jaquelinette travaillent toujours ensemble. Ils frappent l'un et l'autre et successivement, chacun sur leur dindelle, une fois pour les quarts, deux fois pour les demies, trois fois pour les trois-quarts, quatre fois pour les rappels. Avant leur naissance, l'ouvrage dont il s'agit était fait par un mécanisme aujourd'hui disparu, mais qui doit remonter très loin, parce que les fils de fer de ce mécanisme, en frôlant les petites cloches, les ont profondément sillonnées.

(1) A. G. D., séries M, 286 et suiv. ; et B, 349.

(2) L'illustre Jaquemart déjà cité, p. 47 et suiv. La pièce dont nous donnons un extrait est d'Aimé Piron, père d'Alexis Piron.

ijv bouchère

Il y avait autrefois, à Notre-Dame, une cloche appelée la Bouchère, qui portait cette inscription <*^ :

t ihs maria

Dame Hugotte je suis nommée

DES Bouchiers de Dijon,

l'an m cccc courant l'année lui

fut sonnée.

Autorité de moy sonneront,

SANS licence des PROCUREURS,

et sur moy du tout ordonner, et en faire comme sygneur.

Et me fit MAITRE ^2) Simon Maigret.

Cette cloche remplaça peut-être, en 1453, une cloche antérieure qui sonnait, comme celle-ci, le marché de la boucherie. L'inscription constate sans doute un usage établi, et non l'introduction d'une règle nouvelle. Dès 1418, on avait refondu non seulement la grosse cloche, mais encore trois autres cloches importantes que Ton sonnait pour les processions d'assemblées générales, pour le marché au charbon et pour les

(1) L.-B. Baudot, 90. - Cf. Chenevet, apud Baudot, fo 110.

(2) Baudot et Chenevet écrivent « mettre ». — M. J. Berthelé a donné la véritable leçon. (Lettre du 11 octobre 1903.)

fermeture et ouverture des portes de la ville ^*\ Destinée à faire des canons ou des sous, en 1794, la Bouchère fut dépendue, puis oubliée sur les voûtes, où on la retrouva en 1814 ^2>. Ne sachant alors qu'en faire, on l'abandonna à un fondeur qui la vendit à la Fabrique de Meursault. Elle n'est plus au beffroi de cette ville.

Quant à Simon Maigret, il était originaire d'Huillîécourt (Haute-Mame)(3>. Il fondit, en 1462, le bourdon de l'église cathédrale de Troyes. Son nom et ceux de son neveu et de son fils, fondeurs comme lui <*>, y furent

Mis en tiltres azurez,

De lettres d'or enrichis, coulorez,

Triumphamment dedans le cronographe.

La Bouchère était armoriée d'une tête de bœuf et d'une hache plusieurs fois répétées ^^K

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