‹ Epigraphie romaine du Poitou & de la SaintongeChapitre 100 sur 190 · IPSE MANDAVIT · texte numérisé non relu

IPSE MANDAVIT

Aux dieux mânes et à la mémoire

de Gaïus Fabius Sabinus

de Téanum en Campanie

chevalier Romain, arnspice

le plus distingué de son temps

qui a vécu 58 ans

cinq mois et 5 jours

G. F., Sabinianus son fils

au meilleur et au plus cher des pères.

Lui-même a commandé

avant sa mort

de lui élever un monumen».

(( Il paraît, ajoute de Longuemar, que [l'église de Savignyl'Evécault] s'élève, ainsi que l'ancien presbytère , sur l'emplacement jadis occupé par l'élégante VUla Sabiniaca. »

De Longuemar et de Chergé ont en outre publié, en 1851, une très mauvaise gravure sur bois du cippe de l'haruspice Sabinus. Cette gravure, qui ne comprend que les sept premières lignes du texte, a fort heureusement disparu des éditions postérieures du Guide du voyageur à Poitiers.

La formule finale sic sibi Jieri ipse mandavit , Q^i k rapprocher de cette autre bien plus connue : testamento fierijussit,

Amantissimo s'employait assez fréquemment comme équivalent de amatissimo.

« Les funérailles étaient dans l'antiquité un acte essentiellement religieux. Les anciens, en général, pensaient que les âmes des morts erraient inquiètes et souffrantes, quand le corps

n'avait pas reçu de sépulture convenable. On croyait fermement c(ae ceux-là seuls jouiraient du repos et du bonheur dans l'autre vie, qui auraient été ensevelis suivant les rites. Aussi prenait-on un soin particulier pour se préparer un tombeau » (1).

C'était un souci pour tout le monde en effet, que celui d'être convenablement enseveli, et c'est par suite de cette préoccupation constante que certaines personnes, moins peut être par superstition que pour avoir la certitude de reposer dans la paix qu'elles avaient rêvée, faisaient une clause testamentaire de l'exécution même de leur tombeau, ou veillaient à le faire construire pendant leur vie. C'était jadis une très grande marque d'amitié que d'offrir un tombeau à quelqu'un de vivant. Nos mœiu^s ont changé tout cela, mais l'usage antique valait certainement celui d'aujourd'hui.

Alors comme de nos jours, et plus encore peut-être, les sépultures de famille étaient en honneur. On tenait à reposer auprès des siens, et chez les pauvres gens, pour lesquels les associations, les collegia, remplaçaient plus d'une fois la famille, il était assez souvent fait usage de tombeaux communs. Les membres des collèges s'engageaient entre eux, comme le font encore les adhérents aux sociétés de secours mutuels, à n'abandonner le corps de leur camarade défunt que lorsqu'il aurait reçu la sépulture convenable prévue par les statuts de l'association commune.

Des moulages de l'épitaphe de l'haruspice Sabinus sont conservés au musée de la ville de Poitiers.

On remarquera que le nom du personnage dont il est plus particulièrement question dans l'inscription qui précède, n'est pas Sabinus , comme on pourrait le supposer , mais Fabius, Sabinus n'est qu'un cognomen dont on connaît de très nombreux exemples (2), mais qu'il faut bien se garder de confondre avec le gentilice Sabinius.

Si le principe souvent admis pour la transmission des noms avait été suivi dans la famille de notre haruspice, son fils, Sabinianus^ en raison même de son cognomen, devrait être considéré comme le troisième de ses enfants. Il est bon de remarquer toutefois que ce principe n'avait absolument rien d'absolu, et que, par suite, il devient impossible de l'appliquer à tous les cas.

L'inscription que nous venons de décrire parait être du iii^ siècle.

(1) Ch. Lenthéric, L ancien confluent du Wiône et de la Saône, 'ians Mém. Acad, de Nîmes, 7^ série, t. ix, 1886, p. 71 (tirage à part, p. 71).

(2) Cf. C. L L.. t. xii, nos 1516, 2254, 2259, 2979, etc.

Bibliographie: Abbé Cousseau, Bull. Ant. 0., 1840, p. 114. — Mém. Ant. 0., t. viii, p. 121. - De Longuemar, Chroniques et légendes du Poitou, des Gaulois à ran mille, p. 57. — De Cliergé, Guide du voyageur à Poitiers. Poitiers, 1851, 1''^ édit., in-12, p. 47. — De Longuemar, p. 141 : Mém. Ant. O. t. xxxv, p. 188. — Ane. Cat. P., p. 53, (et dans J/em. Ant. O. t. x, 1843, p. 53). — De Longuemar, Les anciennes fresques d<s églises du Poitou, Poitiers. 1883, in-8°, (extr. de la Semaine liturgique), p. 257. — Ledain b, p. 7. — Brouillet, p. 299. — A. Ménard, Diplôme de la Soc. des Ant. de l'Ouest, (copie dessinéel. — Ledain, Épigr. rom., p. 20, (et dans Mém. Ant. O., 1886, p. 160).

EPITAPHE d'aLPHIA FAVENTINA.

Musée des Antiquaires de r Ouest.

« En examinant avec soin les masses étonnantes [cle l'enceinte gallo-romaine de Poitiers, visibles au n° 18 de la rue du Pigeon- Blanc], nous avons eu le bonheur de découvrir deux inscriptions complètes, entièrement ignorées jusciu'â ce jour. Ce sont deux grands cippes funéraires couchés la face en bas. Nous les fîmes extraire de la muraille pour en enrichir le musée. L'un des cippe.s a été élevé à la mémoire d'une jeune fille, Alphia Fcœentina, par ses père et mère, Catiliaet Faventius, ce dernier, agent de l'impôt du vingtième sur l'affranchissement des esclaves. [L'autre est la pierre tumulaire de Julia Maximitla que nous donnons ci-après.] » (Ledain, copie dessinée, voir notre pl. xxi.)

« Cippe funéraire provenant de l'enceinte gallo-romaine de Poitiers, rue du Pigeon-Blanc, d'où il a été extrait en 1871. ^)

(Ledain, b.)

« Le cippe sur lequel est gravée cette épitaphe a été extrait, en 1871, des fondations de l'enceinte romaine de Poitiers et dépos ) au musée de la Société des Antiquaires de TOuest. »

vLedain, Epig. rom.)

La pierre a 1 m. 06 de haut, sur 0 m. 60 de large ; les lettres ont 0 m. 055.

Notre copie :

d m et m

ALPHIAE • FAVEN TINAE • FIL • CATI LIA -^ET FAVENTI VS • XX • LIB • VILC

[D[iis) M{anibus) et miemoriae)] Alphiae Faventinae fil{iae). CaLilia et Favenlius, vîcesimae lib{ertatis) vil{i)c{us).

Aux dieux Mânes et à la mémoire d'Alpliia Faventina. Son père, Faventius, préposé à l'impôt du vingtième sur les affi anclii.ssements, et sa mère Catilia [lui ont fait consti'uire ce tombeau].

M. Ledain paraît croire que cette épitaplie est complète, mais il nous semble beaucoup plus probable que la pierre, aujourd'hui très mutilée, a dû posséder jadis un fronton sur lequel se lisait la formule d'usage : d(ù's) M{anibits) et m{emoriae).

Le gentilice Alphius, d'où dérive la forme Alp/u'a, s'est rencontré en différents lieux. Bien que ce nom fût d'origine grecque, il semblerait qu'on l'orthographiait de préférence: Aljias (1).

Faventina est un cognomen beaucoup moins connu dont la forme masculine Faventinus s'est cependant rencontrée dans le Gard (2).

L'impôt du vingtième sur la valeur de l'esclave affranchi, qui fut prélevé jusqu'à la fin de l'Empire, avait été créé sous la République, l'an de Rome 397. Caracalla le fit porter au dixième, mais cette réforme ne dura que jusqu'à la mort de cet empereur.

La ferme des impôts de toute nature était concédée, sous la République, à des personnages qui appartenaient généralement à Tordre équestre et portaient le titre de pubUcanus. Sous l'Empire, c'était à des procuratores qu'il appartenait de les percevoir.

Faventius qui n'a pas de gentilice, mais seulement un cognomen servile, n'était probablement que le comptable de l'un d'entre eux.

Bibliographie : Ledain, p. 192 et pl. xix. — De la Ménardière, Mèm. Ant. 0., t. xxxv, p. 227. — Butl. mon., 1873. p. 233. — Ledain p. 8. — Revue des Soc. savantes, 5^ série, t. vi, 1873, p. 184. — Ledain, Epigr. rom., p. 22, (et dans Mèm. Ant. 0., 1887, p. 1()2).

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