‹ Epigraphie romaine du Poitou & de la SaintongeChapitre 99 sur 190 · NIS • F • CO . . . S PATRI · texte numérisé non relu

NIS • F • CO . . . S PATRI

(( La pierre est brisée à droite, et il est bien difficile de dire ce qui n)anque. Le ET qui précède Cintugenits semble appeler à la fin de la ligne 2 un autre nom d'homme également au nominatif. — Si cette observation n'était pas juste, on pourrait songer à relier les lignes 3 et 4 par le mot DECVmoNIS. »

Notre copie (V. planche xli) :

REGALI • COINITI ' I / / / / ANNOR • XX HIC SIT^ / / / / ET • CINTVGENVS • DEC\ / / NIS * F C^^^^ ' ^ TOT

D'après M. Emile Ernault, professeur â la faculté des lettres de Poitiers, le nom propre Coinitis, au génitif , n'est ni latin ni grec.

(( Il semble dérivé, dit-il (1), de la même racine que Cornus et Coiiiagus {Grammatica ceXtica, 2^ éd. p. 30), au moyen d'un suffixe qu'on retrouve dans Bitu-itos, etc. {ibicL, 797). Le sens du nom en question n'est pas facile à déterminer, on peut penser au vieil irlandais Gain « bon », cf. Gaitionense castrum {ibid.^ 29), parce qu'en cette langue vient quelquefois de oi: maini, (( objets précieux » = v. latin mœnia, phis tard inunia {ibid., 30, 31). Mais cette interprétation de Goinitos n'est qu'une hypothèse.

« Gintugenus, au contraire^ s'explique sans difficulté. C'est une forme latinisée du gaulois cintugenos, (( ainé », composé de cintu-s, (( antérieur», vieux breton aujourd'hui keiit, et de genos, ((fils ». Gintugenos est devenu, en vieil irlandais,- le

(l) BulL Anl. F., 1884, p. 309.

nom propre Cetgen. Cf. en irlandais moderne le substantif cêidghin « premier-né » .

« La marque de potier Cintugeni a été découverte en Angleterre (1), et la variante moins correcte Centigeni a été signalée depuis peu dans le Cher (2). Le musée de Bordeaux possède en outre l'épitaphe d'une Cinttigena, fille de Solimarus, dont le mari s'appelait lui-même Cinto (3) ». Le même préfixe Cintu-s se retrouve encore dans les noms suivants : Cintua, Ciniucmatas, Cintusma, Cintusmo et Cintutus^ tous fournis par des inscriptions de Bordeaux (4).

La copie donnée par M. Ledain, dans son Epigraphie romaine du Poitou^ est à peu près conforme à la nôtre.

« Cette épitaphe, dit-il, a été découverte en 1885 par le P. de la Croix dans le cimetière antique d'Antigny. Elle est déposée au Musée des Antiquaires de U Ouest.

(( Lecture : Regali Coiniti

Annorum XX hic situs est...

Et Cintugenus decurio. . .

Nis Coinitus patri

Et plus loin :

«... Cette épitaphe, dont les caractères sont assez beaux, doit bien remonter au moins au m® siècle. »

Pour notre compte, nous proposerons de lire :

Regali, Coiniti f(iln). [V{ixii.)] minor[um) XX. H(ic) s{itus) e{st). Et Cintugenus Decu[mo]nis [{ilius). Coin[itu]s patri.

A Régalis, fils de Coinitus. Il vécut 20 ans et repose ici. Et à Cintugenus, fils de Decumo. Coinitus à son père.

Une telle rédaction ne serait certes pas correcte; mais nous l'expliquerions en supposant, ce qui parait très naturel, que Regalis et Cintugenus ne moururent pas à la même date. Le lapicide, en continuant plus tard pour Cintugenus l'épitaphe déjà gravée pour Regalis, ne fit sans doute pas attention que la tournure de la phrase demandait un datif. Coinitus aurait été par suite le fils de Cintugenus et le père de Regalis. Le monument funéraire sur lequel l'inscription se trouvait placée aurait été élevé par ses soins.

(1) G. I. L., vol. VII, Grande-Bretagne, n« 1336, 314.

(2) Mém. des Ant. du Centre, vol, xi, Bourges, 1884, pl. in, fig, 6, et p. 19'2.

(3) Cf. Bdll. épig. de la Gàule, t. i, 1878, p. 151. — C. Jullian, Inscript, rom. de Bordeaux, t. i, p. 326.

(4) C. Jullian, toc. cit., pp. 324 et suiv.

Ce même nom de Coinitus paraît devoir se lire sm^ un fragment d'inscription funéraire découvert dans le département de l'Aude, âTliéza(l).

Bibliographie: Bull. Ant. F., 1884, pp. 307 et suiv. — Ant. O., 1885, p. 600. — Ledain, Eipigr. rom., p. 31.

ÉPITAPHE DE l'haruspice (2) SABINUS.

Musée des Antiquaires de l'Ouest.

« A la séance du 3 décembre, M. l'abbé Cousseau a fait un rapport sur un tombeau romain trouvé le 30 novembre à Poitiers, dims le jardin des Filles de la Croix, à une profondeur de 4 mètres. Ce beau monument, haut de près de 3 mètres, était couché et servait de fondement à ce mur d'enceinte construit après les premières inondations des barbares, lequel a déjà offert aux recherches de la Société tant de curieux débris. L'inscription en beaux caractères romains de 5 centimètres a été admirablement conservée par la couche de ciment qui la recouvrait. . . » (Bull. Ant. 0., 1840.)

(( M"® Dauvilliers faisait pratiquer dans [le jardin des

Filles de la Croix] une large et profonde excavation pour une construction nécessaire aux orphelines que sa charité a réunies dans une partie de sa maison. A une profondeur de trois mètres environ , les ouvriers trouvèrent, avec des débris d'ossements d'hommes et d'animaux, des restes de muraille dont la solidité les étonna. Cependant , à force de travail, ils entamèrent ce mur, et parvinrent bientôt à une énorme pierre, longue de plus de deux mètres, qui lui servait de fondement. Grande fut leur surprise, lorsque le dernier coup de pioche enlevant tout d'un coup une large plaque de ciment et de briques , mit â nu plusieurs lignes d'une belle écriture qui, gravée en creux sur la pierre , se trouvait parfaitement reproduite en relief sur la

plaque de ciment M^^'' Dauvilliers et la supérieure de sa

communauté d'orphelines eurent alors la bonté de me faire

avertir Je relevai aussitôt Tinscription suivante : »

(Abbé Cousseau.)

(1) Cf. C. 1. L, t. XII, n« 5363.

(2) Nous n'employons pas Torlhographe fautive aruspice qui nous paraît résulter d'une mauvaise étymologie. C'est en elîet complètement à tort qu'on a fait dériver ce mot, de ara inspicere. L'orthographe adoptée par tous les anciens lapicides prouve assez qu'il n'en est pas ainsi.

(( Ce cippe a été trouvé en 1841 (sic), à 3 mètres de profondeur, dans la maison des Filles de la Croix, enfoncé dans un blocage du mur de l'enceinte wisigothe ». (de Chergé.)

« Le cippe était couché, la face en bas, dans le blocage

du mur. Le point précis d'où il a été extrait se trouve précisément sur le bord même de la terrasse très élevée qui domine les maisons de la rue Saint-Cybard. » (Ledain.)

(( [Monument funéraire] trouvé en 1840 à Poitiers, dans le sol avoisinant Saint-Cybard, et placé au musée. Il donne la preuve que [laj cité romaine possédait un collège d'aruspices. »

(de Longuemar.)

« Cippe funéraire de l'aruspice Sabinus, découvert en 1840^ dans les fondations de l'enceinte romaine de Poitiers , dans le jardin des Filles de la Croix, rue des Gaillards. L'inscription gravée en belles lettres capitales est très remarquable et très intéressante. » (Ledain h.)

« On peut certainement attribuer ce monument au ii^ siècle. II n'y aurait même aucune témérité à le faire remonter au i^"" * »

(Ledain, Epigr. rom.)

Le cippe a 1 m. 25 de haut sur 0 m. 65 de large; les lettres ont 0 m. 055

Notre copie :

G F SABINICAM PANITEANENSIS EQR HARVSPICI 5 SVI TEMPORISSIN GVLARIQVANLViii MVDVGFSABIN^A NVS FIL PATRI RAR^S SIMO ET AMANTIS 10 SIMO SIC SIBIFIERI ANTEQVAM DECE DIT REBVS VMANIS IPSE MANDAVIT

D{us) M(anibus) et m{emo'nae) G(an) F[ahii) Sabini, Campani Teanensis (1), eqiuiti) r(omano), haruspici sui temporis singulari, q[ui) v(ixit)

{[) Il y avait deux villes portant le nom de Teanum, l'une en Apulie, l'autre en Gampanie ; c'est pour éviter toute confusion, que l'ethnique Cmnpanus se trouve ici accolé à Teanensis.

an{nis) LVIII, m[ensibus) F, d(iebus) V. G{aius) F[abius) Sabinianus fii{ius) patri rarissimo et amantissimo . Sic sibi fieri^ antequam decedit rébus umanis, ipse mandavit.

Aux dieux Mânes et à la mémoire de Gaius Fabius Sabinus, originaire de Teanum en Campanie, chevalier romain, bai'uspice distingué de son temps qui a vécu 58 ans 5 mois 5 jours. Gaius Fabius Sabinianus, son fds. [a fait construire ce tombeau] pour son excellent et très aimé père, ainsi qu'il l'avait ordonné lui-même, avant de quitter les choses de ce monde.

La lecture de Mgr Cousseau, assez peu différente de la nôtre, a été reproduite presque sans changements par de Longuemar et M. Ledain.

(( L'inscription, a dit de Longuemar, est gravée sur un

cippe élevé, en belles capitales carrées.

(( Elle est ainsi conçue :

D iis, M(anibus e T M(emorie)

G(aii) F(abii) SABINI GAM

PANI TEANENSIS

EQ(uilis) R(omaiii) HARVSPICI

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