‹ Epigraphie romaine du Poitou & de la SaintongeChapitre 102 sur 190 · ET MEMORIAL · texte numérisé non relu

ET MEMORIAL

On est moins d'accord sur la signification précise qu'il faut donner au mot Cavariani àéviYé de l'ethnique Cavares.

M. Ledain, s'appuyant sur l'autorité du général Creully, voit aussi dans ce mot l'ethnique du nom de ce peuple dont le territoire était situé près de Cavaillon , dans l'angle formé par le Rhône et la Durance (1). Il cite de plus à l'appui de cette hypothèse le texte suivant qu'on a découvert à Aoste en Dauphiné {2) :

L • IVL • FRONTONI PRAEF • EQYIT Illl VIR • ITER VlCANl • AVGVST

De Cougny était encore de cet avis, mais le général Creully croyait devoir faire quelques réserves à ce sujet et semblait admettre, sans être très affirmatif , que Cavarianus n'était plutôt que « le quatrième vocable de Fronton » .

Il se pourrait sans doute, en effet, — bien qu'une similitude de nom ne soit pas une preuve absolue, — que le personnage de l'inscription de Poitiers ne fût autre que le praejèctus equitum qui nous est ainsi signalé, mais, il n'est pas sans intérêt de faire remarquer toutefois que le village d'Aoste, situé à l'extrémité septentrionale du pays des Allobroges, le long du haut Rhône, se trouve considérablement éloigné du pays des Cavares où serait né Julius Fronto.

Tous les A de l'épitaphe qui nous occupe sont accentués à leur partie inférieure. Ce détail paléographique^ dont on a de nombreux exemples d'ailleurs, était connu du regretté de Longpérier qui s'en est servi dans un travail sur le vase votif de Poitiers dont nous avons parlé déjà.

(( Partout, dit-il cependant, TA ordinaire se rencontre associé à l'A avec un trait vertical ». Vraie sans doute pour les inscriptions de Geromont (3) et des jardins Giustiniani (4), qu'il a citées de même, cette assertion devient erronée lorsqu'il s'agit de l'épitaphe de Maxiniilla. Il est bon d'ajouter toutefois que sur le dessin publié par M. Ledain, dans son Mémoire sur l'enceinte gallo-romaine de Poitiers^ le seul dont de Longpérier parait s'être servi, deux A, — le dernier du mot KARISSIMAE et celui du mot MARITVS, — ne sont pas accentués, mais ce n'est là que le résultat d'un oubli du dessinateur.

(1) Strabon, liv. iv, (édit. de 1809, t. ii, p. 25).

(2) G. 1. L., t. XII, no 2393.

(3) Acad., 1868. p. 432.

(4) Marq. Gudius, Jnscript, antiquw, 1731. p. ccxcvii, 7,

C'est encore ainsi du reste^ que les diverses copies publiées par notre confrère ne donnent à la 7^ ligne, que PMXXXX^ au lieu de PMXXXXI dont l'existence ne fait aucun doute non plus.

Comme l'ont fait remarquer de Cougny et M. Ledain, le miroir avait été gravé sur le cippe avant que l'épitaphe fût tracée, mais il n'en est pas moins incontestable que le lapicide a bien eu l'intention de reproduire dans ce miroir les traits mêmes de Maxim illa.

La mention plus minas qui marque l'incertitude surFàge des défunts est assez rare dans les premières inscriptions païennes, et n'apparaît guère que vers le quatrième siècle en épigraphie (1). Les anciens romains, en effet, notaient avec un soin tout spécial, non seulement le jour de la naissance de leurs enfants, mais encore et souvent aussi jusqu'aux dernières circonstances astronomiques qui se produisaient à ce momentlà (2). La croyance qu'ils avaient en l'influence des planètes sur les destinées des individus, croyance dont il reste encore quelques traces dans certains pays autrefois soumis à la puissance romaine, — et notamment dans le midi de la France, — explique assez cette habitude que le christianisme condamna (3). Au temps du Bas-Empire cette formule de plus minus devint au contraire très fréquente, soit parce que la décadence des institutions romaines eut pour effet de faire disparaître la notation, sur un registre spécial, du jour de la naissance des enfants (4), soit aussi, parce que les idées chrétiennes s'implantaient alors de plus en plus.

Ce n'est que vers la fin du deuxième siècle d'ailleurs, et surtout pendant tout le courant du iii^ siècle et de ceux qui suivirent, que la formule: diis Manibus et memoriae devint d'un constant usage. (3n se contentait tout d'abord d'une pure dédicace aux dieux mânes : diis Manibus sacrum en Afrique, ou simplement, en Gaule, diis Manibus.

Bibliographie : Ledain, p. 193 et pl. xix, (tiré à part). — De Cougny, Bull, mon., 1873, p. 234. — Adrien de Longpérier, Journal des savants, mars 1881, p. 143. — Ledain b, p. 6. — Ledain, Epigr. rom., p. 21, (et dans Mêm. Ant. 0., 1886, p. 161).

(1) L'époque fixée par M. Edm. r^e Blant (milieu du lu^ siècle) nous paraît beaucoup trop éloignée. (Cf. Man. d'épigr. chrél., Paris, in-l2. 1869, p. 24).

(2) De Rossi, Inscript christ, urh. Romae, t. i, 172. — Allmer, Découverte dans l'église de Saint- Pierre de Vienne, p. 21. — Ed. Le Blant, ouv. cité, p. 26.

(3) TertuUien, De Idol., c. i\. — Saint Augustin, Confess., vu, 6. — Saint Ghrysoslôme, In Episl. ad Cor., Hom. v. — Edm. Le Blant, ouv. cité, p. 25.

(4) Mém., Acad., t. xiii, p. 266.

EPITAPHE D ANEXTLUS.

Musée des Antiquaires de V Ouest.

« Inscription gravée sur un fronton romain et provenant de Saint-Pierre-ies-Eglises. A été donnée par M. Mitton [à la Société des Antiquaires de l'Ouest.] »

(De Longuemar, copie dessinée.)

<( Inscription romaine gravée sur un bloc de pierre de forte dimension provenant de Saint-Pierre-les-Eglises. L'inscription est gravée dans un cadre accompagné [à droite] d'un pilastre cannelé couronné de son chapiteau. [Un] autre pilastre, qui se trouvait à gauche, manque ainsi qu'une partie de l'inscription, »

(Ledain, h.)

La pierre a 0 m. 60 de haut sur 1 m. 15 de large ; les lettres ont 0 m. 10 à la première ligne, 0 m. 09 à la suivante et 0 m. 08 aux deux dernières.

Notre copie (voir pl. xii) :

/ / / / / ANEXTLO /////IN • BELGiO ///// SORORiS • F • / / / / / ^EXTLI ♦ PATRIS

Chapiteau.

Le motif architectural c|ui se voit sur le côté droit devait se trouver répété sur le côté gauche. Il laisse supposer que l'inscription était beaucoup plus considérable et se développait, selon toute apparence, sur l'architrave de la porte d'entrée du monument funéraire dont elle faisait partie. En donnant à cette porte la largeur possible de 1 m. 30, on verrait bien vite que nous ne possédons, ou à peu près, qu'une moitié de l'architrave.

(( Cette inscription, a dit M. Mowat, est doublement intéressante ; d'abord à cause du nom d'homme Anextlus que font connaître la première et la quatrième ligne, ensuite à cause de la mention géographique in Belgio, qui apparaît pour la première fois en épigraphie, et l'on sait que le nom du Belgium n'est usité que par César. »

• Le gentilice Anextlus est des plus rares. Le musée de la préfecture du Mans le fournit peut-être sous la forme ANEX. . . . gravée sur une tablette, provenant du département de la Sarthe, mais cataloguée sans autre indication plus précise. Deux estam-

pilles de potiers découvertes â Poitiers^ et signalées par Bonsergent^ donnent en outre ce même nom sous les formes :

Aiiextlati (2) et Anextia..? (3).

M. Ledain attribue cette inscription au siècle ; nous la croyons plus récente, mais nous ne pensons pas cependant qu'elle puisse descendre au-delà du second.

BiBLroGRAPHiE : De Loiiguemar, Ihill. Ant. 0., 1870, p. 397 et pl. II. — Ledaiii, b. p. 9. — II. Mowat, Notice épiqr., p. 59. — Ledain, Epigr. rom., p. 30, (et dans Mém. Ant. O., 188G. p. 170).

Musée des Antiquaires de U Ouest.

« N° XXXII. ELIAE CL

TD

(( Ce débris d'épitaphe a été trouvé par le Père de la Croix au

cimetière romain des Dunes de Poitiers Les objets recueillis

dans les fouilles exécutées par le Père de la Croix ont été déposés au musée de la Société des Antiquaires de l'Ouest. Ceux découverts par M. Rothmann, commandant du génie, ont été envoyés au musée de Cluny, à Paris. » (Ledain, Epigr. rom.)

Dans une des conférences qu'il a faites à la Faculté des lettres de Poitiers, M. A. Richard a établi un certain rapport entre l'inscription de Verpant n° XXXVII de V Epigraphie romaine de M. Ledain (4), et l'inscription n° XXXII que nous venons de citer. Ce rapprochement est basé sur l'existence de la palmette ou feuille de lierre qui se trouve au-dessus des deux inscriptions.

(( Dans l'inscription de Verpant, dit le Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, M. Fillon attribuait à cette feuille un sens caché rappelant selon lui le martyre de ce personnage.

(1) Clichés communiqués par M. A. Richard.

(2) Archives historiques du Poitou, t. i, p. 343.

(3) Dessin de Boiisergent, inédit.

(4) Cette inscription, que nous publierons plus tard, est ainsi conçue

fg VERPANT ROMYLVS • L •

Dans toutes les deux la feuille occupe une place si insolite qu'on ne peut s'empêcher de croire qu'elle a une signification. La seconde inscription, qui a été trouvée par le P. de la Croix, au cimetière romain des Dunes, ne comprend que les lettres suivantes :

(( Bien qu'elle soit mutilée, il ne semble pas qu'elle ^it contenu d'autres lignes. Voici la restitution qu'en propose M. Richard : Memoriœ Atœ^lAJE (ou tout autre nom finissant en eliœ) Chaudius (ou tout autre nom commençant par Cl) Tàulum PosuiL Ces deux inscriptions appartiennent-elles à des martyrs ou même à des chrétiens ? Telle est la question que se pose M. Richard et à laquelle, à défaut d'autre indice, il hésite à répondre. »

La pierre a 0 m. 26 de haut sur 0 m. 35 de large dans ses plus grandes dimensions ; les lettres ont 0 m. 05 de haut et sont assez nettement gravées.

Notre copie (voir pl. ix bis et le fac simile ci-dessus) :

1 1 ELIAE • Cl. / /

La feuille de lierre que M. A. Richard a pu prendre pour un signe chrétien, permet de supposer qu'il n'existait pas d'autres

(1) Nous devons la communication de ce cliché à l'obligeance de M. A. Richard.

(2) Il ne faut attribuer qu'à une erreur typographique la lecture inexacte TD fournie par VEpigraphie de M. Ledain. {Lettre dv> 22 janvier 1888.)

lettres sur la ligne où elle se trouve^ que celles aujourd'hui disparues de la formule ordinaire d{us) M{anibus).

Cette inscription funéraire était relative à quelque femme dont la fin du gentilice nous est donnée, au génitif ou au datif, par les cinq premières lettres de la seconde ligne. Les deux lettres suivantes pourraient appartenir à un cognomen.

Si la dernière ligne était complété, — ce qu'il est assez difficile de reconnaître en l'état actuel de fragment, — nous lirions t{estamento) p(osuit) de préférence à l'interprétation proposée par M. Richard. On sait qu'en style lapidaire le mot titulum n'était généralement pas employé.

Ce fragment avait été placé dans la seconde marche de V Hypogée martyriam avec un débris de sculpture païenne. Le R. P. de la Croix ne l'a pas mentionné dans la très intéressante monographie qu'il a consacrée à ce monument religieux.

Bibliographie : Ledain, E'pigr. rom., p. 36, (et dans Mém. Ant.O., 1886, p. 177). — Courrier de la Vienne, n° du 13 février 1888. — Richard, Bull. Ant. O., 1888, p. 415. — Revue poil, et saint., t. v, 1888, p. 21.

Le carton des manuscrits et autographes, que possède la bibliothèque de Poitiers, contient une copie à la plume et un fac-similé au crayon, signé Prévost, de l'inscription funéraire de Senodonna. Cette dernière copie est donnée comme « collationnée sur son original en pierre le 6 juin 1783 ». Elle est ainsi conçue et provient peut-être des papiers de dom Mazet :

EPITAPHE DE SENODONNA

Musée des Antiquaires de l'Ouest.

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