‹ Epigraphie romaine du Poitou & de la SaintongeChapitre 123 sur 190 · FILIA-I · texte numérisé non relu

FILIA-I

« Voici, dit M. Robert Mowat, comment je restitue ce texte et comment je le lis :

dmeùmem. C • IVLI • RI^OVERIVGI • F • VOL MARINo 5e mro augus TALI • PRIMO • C • C • R • QVAESTORI YERGobreto Julki MARINA FILIA fecU d. s.

(( [D(ù's) m(anihus) et mem(ortae)] C(au) Juli(i) Rt\g]overiugi f(iln) Vol(tinia tribu), Marino , \sevivo Augus\cali primo , c(uratori) c(ivium) r(omanoram) ^ quaestori, verg[obreto, Julia] Marina, Jïlia [Jecit d(e) s(uo)\ f

(( Aux dieux Mânes et à la mémoire de Gains Julius Marinus, fils de Rigoveriugus, de la tribu Voltinia (1), premier sévir augustal, curateur des citoyens romains, questeur, vergobret, Julia Marina, sa fille, a élevé ce monument.

(( L'inscription appartient au premier tiers du premier siècle de notre ère, puisque Marinus, fils du gaulois Rigoveriugus, se pare du nom gentilice de l'un des trois empereurs de la dynastie julienne, Auguste, Tibère ou Caligula, par qui il avait été fait citoyen romain. Par son cursus honorum, il est successivement qualifié de chef des sévirs augustaux, de curateur des citoyens romains établis à Saintes, de questeur de la cité, et, finalement d'un titre de magistrature commençant par les quatre lettres : VERC, qu'il me paraît impossible de restituer autrement que par le mot vergobreto ou vercobreto. Dans l'ordre hiérarchique municipal, il ne restait à Marinus^ après sa questure, qu'à être élevé au rang de duumvir ; puis donc que le groupe VERC occupe la place invariablement assignée au mot II VIRO, il faut de toute nécessité en faire l'équivalent, et je ne vois que le mot vergobreto qui satisfasse à cette ccmdition. On sait, en effet, que d'une part les duumvirs étaient les magistrats suprêmes de la colonie ou du municipe romain, de même que les vergobrets étaient ceux de la cité gauloise ; et, ce qui rend l'assimilation plus complète encore, c'est que cette dernière magistrature était annuelle et exercée simultanément par deux titulaires. Cela résulte de la définition même que nous en a donnée César en parlant des vergobrets éduens , (B. G. I. 16) : (( In his Divitiaco et Lisco, qui summo magistratui prseerant, quem vergobretum appellant Aedui^ qui creatur annuus et vitae necisque in suos habet potestalem. )) Tous les manuscrits portent praeerant^ que les éditeurs ont maladroitement corrigé en praeerat, en conjecturant, sans aucun motif, qu'il n'y avait qu'un seul vergobret à la fois. Il faut désormais rejeter cette opinion erronée et revenir à la leçon unanimement

(l) M. Mowat a fait remarquer le premier, à propos de ce texte, que les Santons étaient inscrits dans la tribu Voltinia.

Si

donnée par les manuscrits. Ceci est du reste confirmé par la légende d'une monnaie gauloise :

« CATTOS CISIAMBOS VERCOBRETO

« Si le mot vercobreto s'appliquait à un seul homme portant les deux noms Cattos Cisiambos, il devrait avoir comme eux la terminaison os du nominatif singulier. Mais il se termine en o ; c'est un nominatif duel ou pluriel, et les noms qui précèdent sont respectivement ceux des deux vergobrets en exercice

(( Le mot vergobretus était encore en usage du temps d'Isidore de Séville. ...»

Avant M. Mowat, l'inscription qui précède avait été commentée par M. Audiat.

(( Le nom Rinoveriugus, est-il dit dans Y Epigraphie santone, est sans doute un nom propre gaulois latinisé comme Ottuaneunus de l'Arc de Triomphe. L'F que je traduis par filius pourrait peut-être mieux signifier fecit. Le mot VERO, qui termine la deuxième ligne, doit être considéré comme le nom du questeur. » L'interprétation donnée par M. Mowat et adoptée par M. Audiat dans son Catalogue du musée de Saintes^ est fort heureusement meilleure à tous les points de vue.

Il est probable que l'inscription complète se développait sur quatre blocs de pierre dont les deux extrêmes ont disparu.

Dans les Mémoires de la Société de linguistique, M. E. Ernault a consacré toute une savante dissertation au mot gaulois vergobretos. Nous ne citerons que l'énoncé même de sa thèse :

« Le mot gaulois vergobretos, dit-il, signifie littéralement (( ma gistrat au jugement efficace », c'est-à-dire « exécutoire ». Il est formé de vergos = vieux breton guerg « efficace », cf. grec év{F]epy6ç, et de breta = vieil irlandais bj^et/i « jugement », proprement « [sentence] portée » (1). C'est un composé possessif analogue à ^ocv66-Koiioç,Jlavicomus, de xô^», coma.

« M. Mowat a vu un nominatif duel de ce substantif dans la légendemonétaire gauloise CISIAMBOS ' CATTOS* VERCO- BRETO ; sur l'autre côté de la pièce, qui porte SIMISSOS * PVPLICOS LIXOVIO, ce dernier mot serait au même cas (2). L'explication a été adoptée par M. Whitley Stokes (3). M. P. -Charles Robert l'a attaquée, considérant ces deux formes en 0 comme des nominatifs singuliers abrégés : le titre VER- COBRETO(s) ne se rapporterait qu'à Cattos , et Tadjectif

(1) Cf. D'Arbois de Jubainville, Mém. de la Soc. de ling., V, 248, 250.

(2) Revue celtique, V, 121-124.

(3) Cellic declension, 69, 88.

ethnique LIXOVIO(s) qualifierait simissos pour le latin semissis ; puplicos serait l'adjectif publicus (1).

(( La question de savoir s'il y avait dans les cités gauloises, spécialement chez les Eduens et les Lixoviens, un ou deux vergobrets à la fois est intéressante à bien des points de vue, et sa discussion par des savants aussi versés dans l'histoire et dans la numismatique que le sont MM. Mowat et P. -Ch. Robert ne pouvait manquer d'être des plus instructives. Mais peut-être jusqu'ici la linguistique n'a-t-elle pas été assez consultée à ce sujet. Il me semble que la phonétique celtique donne raison à M. P. -Ch. Robert, et que le gaulois n'a pas dû avoir de duel end » (2).

BrBLiOGRAPHiE : Audiat, p. 18. — Jouannet, p. 540. — R. Mowat, Bull. Ant. F., L XL, 1879, p. 201 et 238 et Revue celtique, t. v, 1881, p. 121. — Bull. arch. S., t. n, 1880, p. 71 et t. m, 1881, pp. 95 et 370. — Audiat, journal la Nature, n° du 24 mars 1888, p. 258. — Audiat, Catalogue, 14, p. 35.

ÉPITAPHE DE PETRONIUS AVITIANUS.

Musée de Saintes.

(( La partie du terrain [où l'inscription a été découverte], est située au sud-ouest du jardin [de l'hôpital général]^ du côté de la Cabaudière. Elle a 25 m. de longueur sur 3 m. de largeur, et 3 à 4 m. de profondeur. »

(Indépendant, journal de la Ch.-Inf'"^.)

Notre copie (voir pl. xx) :

PETRONIO AVI TIANO VIXIT AN NIS IIII DIEB • C • SENILIS ET AVE TICCVS PAREN TES FC t

(1) Gommnnicaliou du 18 septembre 1885 à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, reproduite par la Revue archéologique, cf. la Revue belge de numismatique, 1886.

(2) E. Ernault, Mém. de la Soc. de ling., t. vu, pp ' 158" à 161,

D(us) m{anibus). Petronio Avitiano , vixit annîs IIII, dieb{us) C. Senilis et AveLiccus, parentes, /{aciendum) c(uraverunt).

Aux dieux Mânes. A Petronius Avitianus qui vécut 4 ans et 100 jours. Senilis et Aveticcus, ses parents ont pris soin de lui faire élever (ce tombeau).

Cette épitaphe a été placée sur l'une des faces d'un bloc présentant vers sa partie centrale une excavation que le lapicide a dù boucher par un fragment de pierre sur lequel sont gravés le bas des dernières lettres du mot Senilis, et la première lettre du mot et.

La stèle, de forme triangulaire à la partie supérieure, a 0 m. 70 de haut sur 0 m. 40 de large. Les bords mêmes de la pierre forment un cadre en saillie autour de l'inscription. Les sigles D M sont gravées sur le fronton. Les caractères, assez grossièrement dessinés, ont 0 m. 08 de haut.

M. de Barthélémy a donné, dans le Bulletin archéologique , une copie de ce texte qui n'est pas tout à fait exacte. Dans cette copie^ les différents mots sont tous séparés par des points que la pierre n'indique pas. Nous signalerons enfin le savant commentaire dont cette épitaphe a été l'objet de la part de M. Mowat dans le Bulletin des Antiquaires de France.

« Bien que le mot Senilis soit des deux genres, il est improbable, dit M. Mowat, qu'il représente le nom de la mère, car, en épigi'aphie funéraire, la mère est toujours mentionnée après le père ; les deux parentes ici dénommés ne peuvent donc être que le père et l'aïeul, ou bien le père naturel et le père adoptif , à moins qu'on n'aime mieux faire intervenir le père nourricier. Les noms Avitianus (comparez Avitianoniara, inscription de Dijon) et Aveticcus sont sûrement gaulois. »

Bibliographie : Indépendaîit de la Char.-Tnp'", n°de 16 juin 1887.

— [Espérandieu], Le Mellois, n° du 10 juillet 1887. — Revue poit. et aaiiit., t. IV, 1887, pp. 73 et 93.— Audiat, Soc. arch. S., 1887, p. 315.

— Espérandieu, Note su7' les inscript, rom. récemment découvertes à Saintes. Melle, 1887, in-8°, p. 23. — Mowat, Bull. Ant. F., 1887, p. 206. — Recueil Com. Arts, 1887, p. 161. — Abbé Juhen-Laferrière, l'Art en Saintonge et en Aunis^ 15^ et 16^ livraisons (gravure). — A. de Barthélémy, Bull, arch., 1887, p. 356. — E. Espérandieu, Bull. Anl. 0., 1888, p. 444. — Audiat, Catalogue, n<^ 164, p. 60.

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