INSCRIPTIONS COPIÉES PAR VEYREL
(( Uan 1609, dit Veyrel, le Sieur de Perne, Gouuerneur de la ville & Chasteau de Xaintes ayant eu commandement d'Henry 4 Roy de France de faire dresser quelques bastions en iceluy Chasteau, fit ruiner vne vieille tour à l'entrée de la Citadelle pour en auoir les matériaux : k ayant f aict bescher au fond de la tour & aux enuirons dlcelle, il s'y trouua grande quantité de pierres eu vn monceau : les vues tesmoignoyent avoir seruy de pilastres à quelque grand Edifice comme pourroit estre vn Temple : les autres sembloyent estre du débris de quelques Monuments & Sépulcres. On trouua en outre d'autres stuctures [sic] représentants quelque forme d'Autels à l'antique avec diuerses figures & inscriptions , dont les vues auoient la semblance de quelques Prestres Flamines sacrifiants auec quelque instrument de Religion comme Patères, Sympules, Litues, Disques & autres, la pluspart desquelles Pierres furent rompues parles ouuriers & employées aux bastions; en ayant faict conseruer quelques vues, afin d'en tirer l'Inscription, & mesmes les afficher aux murailles des bastions , de façon qu'on pouuoit lire, ou à tout le moins remarquer la pluspart des lettres qui estoyent escrites : ce qui a duré de la sorte iusques en l'année 1629 qu'elles ont esté renuersées soubs Louis trezieme : à cause de quoy ma curiosité me porta de faire vn recueil de celles qui me furent monstrées, le restant s'estant perdu et destruit par nonchalance (1).
« Ne pouuant leur monstrer réellement les marbres & pierres, ils se contenteront, s'il leur plaist, — dit Veyrel dans sa préface en parlant des visiteurs du musée qu'il avait formé — que
(l) Veyrel, p. 7.
ie leur en représente icy la figure & descr'ption le mieux qu*il me sera possible » (1).
« Ces inscriptions, dit de son côté Bourignon, furent trouvées à Saintes, en 1609, dans les démolitions d'une vieille tour située auprès du Capitole. Samuel Veyrel , apothicaire, les recueillit et les fît imprimer dans un ouvrage qui a pour titre : Indice du Cabinet^ etc.
« M. de la Sauvagère, ajoute-t-il, les a depuis insérées dans son Recueil d'antiquités^ mais il n'a pas jugé à propos d'en hasarder l'explication. Je n'ai pas été arrêté par les fautes qui se trouvent dans la copie de Veyrel. Après m'être donné des peines inutiles pour pouvoir découvrir les inscriptions originales, j'ai pris le parti de corriger les erreurs du copiste. Je n'ai point changé l'alignement des lettres, mais je me suis permis d'en arranger la ponctuation » (2).
ÉPITAPHE DE L. AEMILIUS PATERNUS.
Copie de Veyrel reproduite par de la Sauvagère (3), qui omet la lettre F de la dernière ligne :
D M L • AEMILIO PATER
NO VERTERI • F • SVIS Q • POSTERIS M • AEM • PATERNVS ET LAEMIL SEVER VS
(1) Veyrel, p. 2.
(2) Bourignon naquit à Saintes vers le milieu du dernier siècle et mourut en 179i, laissant en manuscrit les Recherches historiques, topographiques et militaires, que nous avons dû citer plusieurs fois. Ce travail fut publié en Tan IX parles soins d'un préfet de la Charente-Inférieure, mais les planches qui devaient l'accompagner restèrent inédites et le sont encore aujourd'hui.
(3) Les inscriptions citées par Veyrel et de la Sauvagère le sont toujours sans aucun commentaire.
Bourignon a mis un point entre chaque mot. Nous lisons ce texte qui nous paraît bien transcrit :
D{iis) M{anibus). L{ucio) Aemilio Paterno , Yerleri f{ilio), suisq{ué) posteris^ M(arcus) Aem[ilius) Paternus et L{ucius) Aemil{ius) Severus, f[ecerunt).
Aux dieux Mânes. A Lucius Aemilius Paternus, fils de Verterus et à ses descendants, Marcus Aemilius Paternus et Lucius Aemilius Severus [ses deux fils], ont fait construire [ce tombeau].
Bien que ce ne fût pas une règle absolue ni le résultat d'une loi, comme le pensait Borghesi (1), il était d'un usage assez fréquent, dans les familles romaines^ que le fils aîné reçût à la fois le prénom, le nom et même le surnom de son père. Le second fils joignait un prénom particulier à son nom de famille^ mais il rappelait généralement, dans son surnom, le surnom ou parfois même le gentilice de sa mère.
Il est dès lors fort probable que Marcus Aemilius Paternus était le plus jeune fils de Lucius.
On sait en outre que la filiation s'exprimait par le mot Jilius immédiatement précédé du prénom ou, beaucoup plus rarement, du surnom du père mis au génitif.
Verterus n'étant pas un prénom, la filiation est dite ainsi à la manière des Gaulois.
En raison de cette particularité, Bourignon a pu penser à tort « qviEmilius Paternus^ fils de Ver ter ^ dédaignant son origine gauloise, et voulant en détruire la trace, avait renoncé au prénom de son, père et pris les nom et prénom de la famille Aemilia à laquelle il pouvait appartenir du côté maternel » .
Bibliographie : Veyrel, p. 11. — De la Sauvagère, p. 127. — Bourignon, p. 49. — Audiat, p. 62.