MONUMENTS DE CONSTANCE CIILOIIE
Milliaire de Ce non.
(( .... Dans un hameau situé à l'ouest de Cenon, et dislantde i< deux hectomètres environ, j'aperçus, au milieu du chemin, et « dans un état d'abandon qui m'aifecta douloureusement, un « cippe mi-parti (^ic) qui venait d'être brisé par les roues d'un « char. Ce cippe était légèrement creusé par dessous, ce qui me « fait présumer qu'il avait été employé comme couverture de « sarcophage, après avoir servi longlemps de colonne milliaire
« pour Cenon Je fis connaître ce monument à M. Millet et
ce je l'engageai à lui donner une place dans son jardin, à côté de « la pierre sépulcrale de Lepide... Mes vœux ont été remplis. »
SIAUVE.
(( Siauve fait mention d'une autre colonne [trouvée à Cenon] 'X dont il rapporte l'inscription suivante » dufou.\.
« Cette colonne, [que nous devons àlagénéreuse bienveillance « de M. l'abbé Millet, de Châtellerault], est en pierre calcaire fort « tendre et très commune ; elle a été trouvée dans un hameau « près et à l'ouest de Cenon. Sa forme était cylindrique, mais à « une époque rapprochée de nous elle a été sciée en deux dans « toute sa longueur et ensuite creusée en cercueil pour y ense- (( velir le cadavre d'un enfant. [Elle a été mutilée] il y a 30 ou
« 40 ans par les roues d'un char, mais elle est aujourd'hui à « l'abri des accidents. » mangon ue la lande.
« Cette borne, placée sur la voie de Limonum à Gsesarodunum, « provient de Genon et fut donnée au musée de Poitiers par (( M. l'abbé Millet. » de longuemar.
(( ... M. Millet, archiprêtre de Châtellerault, possédait une a colonne milliaire venant du même lieu (Cenon), qu'il adonnée a au musée de Poitiers en 1837. Sa hauteur est de 1 métré 50. » Abbé lalanne.
« Colonne milliaire romaine découverte par Siauve dans un (( hameau situé à 2 kilomètres à l'ouest de Cenon, non loin de (( la voie de Poitiers à Tours. Elle avait servi de sarcophage et « fut donnée, en 1837, par M. l'abbé Millet, archiprêtre de « Châtellerault, à la Société des Antiquaires de l'Ouest. »
LEDAIN b.
Notre copie prise au musée des Antiquaires de l'Ouest:
DD NN F LA VIO VA LERIO GONSTAN TIOMAXIMO NOBILISSl MO GAES GPvX
D[ominis) nipstris) [duohiis], Flamo Valerio Constantio, maximo, nobilissimo Caes[ari).
C[ivitas) Piictonum] l(eugae) X.
A nos deux Maîtres. A Flavius Valenus Constance (Chlore), très grand, très noble César.
Poitiers à 10 lieues (gauloisesj.
Les lettres du texte sont grossièrement gravées et ontOm. 05 de hauteur. Toutes celles de la sixième ligne sont divisées par une cassure de la pierre.
Siauve a lu à la dernière ligne :
G!ILX
(ju'il traduit par les mots: a Gheiiono leugas decem, de Cenon, dix lieues. »
Dufour ne se prononce pas, mais, dit-il, « ce que Siauve « appelle un L ne ressemble pas en la moindre chose à cette « lettre telle qu'elle est figurée dansles divers alphabets romains.
< Cette espèce de signe, et non pas de caractère alphabétique, (( a plutôt dans son état actuel une analogie frappante avec notre « accent circonflexe dont l'angle au sommet serait tourné à (( gauche... »
Mangon de la Lande rejette l'interprétation proposée par Siauve, mais n'en donne pas une nouvelle.
De Longuemar a mieux lu la dernière ligne que ses prédécesseurs, mais il pense que c( le G. IX est relatif à la station romaine de Gsnon (Gaino et depuis Sanno). »
Quant à la copie de l'abbé Lalanne, si elle n'a pas été empruntée à de Longuemar, elle ne s'en distingue guère toutefois que par la substitution, probablement involontaire, d'un B à l'Rdela troisième ligne, et par la lecture G. 1. X de la ligne finale que l'auteur Y Histoire de ChôAelleraull n'explique pas.
M. Ledain, qui a lu cette même ligne : G. L X, se borne à donner, sans l'interpréter, le texte môme de l'inscription dans le catalogue de la galerie lapidaire du musée des Antiquaires de l'Ouest. « La première ligne, dit-il cependant, doit se lire Domi- « nibus nosiris, quoique Constance Chlore soit le seul des quatre « empereurs de la Tétrarchie nommé dans l'inscription. La « dernière ligne, contenant le nom de la station et le chiffre de « la distance, ne peut désigner que Cacsaroclunum (Tours).»
Nous nous contenterons d'objecter à cette dernière hypothèse que soixante lieues gauloises correspondent à 133 kilomètres, et que de Tours à Genon la distance n'en comprend pas 80.
11 est plus probable qu'il s'agit tout simplement de Poitiers, dont l'éloignement de Genon n'est que de onze lieues. Il suffirait alors de supposer que le milliaire a subi un déplacement, d'ailleurs très peu considérable, pour expliquer sa présence au lieu même oii il a été découvert.
BiBLioGRAPmE : Siauve, p. 99 (copie dessinée). — Dufour^ p. 142.
— Mangon de la Lande b, p. 367. — ■ De Longuemar^ p. 140.
— Ane. Cat. P., p. 50. — Abbé Lalanne, t. i., p. 91. — Ledain b, p. 17.
Milliaire de Drioux.
(( Cette colonne milliaire, creusée en tombeau, a été trouvée « en 1838 dans l'ancien cimetière et près de l'église de Brioux, (( station où, d'après la carte de Peutinger, passait la voie (( romaine de Saintes à Poitiers. Malheureusement, elle a été (( mutilée dans sa partie supérieure, et de l'inscription qu'elle « portait il ne reste plus que les caractères suivants :
[Imperatore Gons- « ÎMO tantinomax] IMO
NOBILGAE NOBILissimo GAEsare
P.F.INUAUG Pio, Felici, INViclo, AUGusto
P. M. T. P. G OS Pontifice Maxiaio, ïribunitiâ
Potestate, GO nsule :IIIIX FinesX sur le socle
« Golonne mîUiaire trouvée en 1838 dans l'ancien cimetière de (( Brioux, où elle a servi de cercueil. M. Rondier, quiparaîten être « l'inventeur, l'a donné3 au musée de Niort. )^ ragon.
Notre copie prise au musée de Niort :
.^OBILGAE PFINUAUG {slo) PMTPGO S (.5/r)
[D{ominis) niostris) [cluohus] (?]. Flavio Valerio Constantio max\imo nohil[issimo] Caesiari), p{io), fjelici), inviicto], Augiusto) . pionti/îci) m[aximo), t[7nbunicia] p[otestale],co{n) s[uli].
A nos d'^ux Maîtres (?). A Flavius Valerius Constance (Chlore), très grand, très noble César, pieux, heureux, invincible, Auguste, grand pontife, revêtu de la puissance tribunice, consul. 14 lieues (gauloises).
Le miîliaire est de forme cylindrique, à base cubique, les caractères, assez grossièrement gravés, ont 0 m. 07 de hauteur.
Dans le mémoire dont nous avons parlé déjà, M. Ragon propose la lecture suivante :
« Imperatori Flavio Valerio Comtantio MaœlMO NOBILissimo etc. »
Nous la croyons d'autant moins probable que Constance Chlore, dans les monuments épigraphiques de la Gaule surtout, est presque constamment appelé Dominus noster.
M. Rondier, qui fut bien « l'inventeur » de ce miîliaire, considérait les sigles: IIIIX, do la cinquième ligne, soit comme une transcription fautive de FI N. X, soit comme la représentation du nombre 40. « Le chiffre X indique dix lieues gauloises,
«dit-il, et par conséquent un parcoirs de 22,200 mètres {{). « Eh bien, si du tènement de la Grosse-Borne, où aboutissait le « [milliairej XI III, nous mesurons sur les plans cadastraux, « nous trouvons de ce point jusqu'à Brie 22,500 mètres, c'est- « à-dire dix lieues, avec un simple excédant de 300 mètres. « N'en résulterait-il pas que c'était à Brie que finissait le territoire « poitevin, et qu'ainsi les caractères altérés qui précèdent le « nombre X signifient FINES ? Dans tous les cas, ce fac simile « I II IX indiquerait le nombre 40, total des 16 lieues de Poitiers « à Rom et des 24 portées sur notre colonne (2). »
Avec M. Ragon est émise une nouvelle hypothèse. D'après cet auteur, les sigles en question n'indiquent pas le nombre 40, mais tout simplement la nombre VI, et si le mode de représentation que nous avons sous les yeux n'est pas absolument celui que tout le monde connaît, « c'est parce que ceux qui passaient « au milieu de la route à cheval, ou en voiture, lisaient mieux « de loin cette forme que la seconde... »
On conviendra que cette théorie n'est guère acceptable. Elle ne repose sur aucune preuve, et nous ne nous expliquons pas que pour contredire ses prédécesseurs, sans apporter dans lo débat des arguments qui ne sont pas toujours irréfutables, M. Ragon se soit montré parfois trop passionné.
Assurément, nous n'avons pas la prétention de trancher sans conteste la question posée par les sigles embarrassants du milliaire de Brioux; cependant, nous ferons remarquer que leur facture diffère assez sensiblement de celle des autres caractères du texte, et nous proposerons dès lors de les considérer comme absolument étrangers à l'inscription primitive dont ils font aujourd'hui partie. Les exemples d'interpolation de caractères modernes dans des inscriptions anciennes ne manquent pas. Généralement ceux qui les commettent se bornent à copier plus ou moins habilement quelques uns des mots qu'ils ont sous les yeux, et nous croyons que c'est ici le cas.
Bien que le nom de Constance Chlore, César des Gaules, fût généralement seul indiqué dans les inscriptions gallo-romaines, il était d'usage, comme on l'a vu plus haut, de rappeler le souvenir du deuxième César, Galère, en dédiant le monument aux deux princes. Ainsi s'expli(iue la restitution que nous avons proposée.
Bibliographie : Rondier, (copie dessinée). — Ragon, p. 425. — Arnaud, p. 43.
(1) Une erreur typographique a fait dire 2,200 mètres à M. Rondier,
(2) Rondier, ouv. cité, p. 12.