‹ Epigraphie romaine du Poitou & de la SaintongeChapitre 97 sur 190 · TUS AUGUSTI · texte numérisé non relu

TUS AUGUSTI

pRO Praeses Provinci^ Aqvitanice, consul designatus, maritus, Honore contentus, sua pecunia ponendum curavit » .

Faisant alors remonter à la fois l'inscription et le temple

(1) Disons pourtant que l'abbé Lebeuf « croyait que le temple avait toujours été une église dans le massif de laquelle on avait fait entrer quelques restes d'architecture païenne » ; dom Fonteneau : qu'il fallait voir en ce temple la première église cathédrale de Poitiers, transformée en baptistère après l'érection, dans le voisinage, d'une nouvelle et plus vaste église; et Siauve: que le monument, toujours consacré au culte, ne remontait pas au-delà du iv» ou du siècle.

(2) Mauvaise lecture pour Pigtonvm.

au III® siècle, il arrivait à cette conclusion, qu'une telle concordance (( rendait sa conviction de plus en plus profonde et le faisait persister dans l'opinion que le temple Saint-Jean, à Poitiers, avait été originairement le tombeau de Varenilla» (1).

En 1844, Camille Bonnard, ne pouvant choisir un plus mauvais modèle, faisait passer dans son ouvrage la lecture et la traduction données au commencement de ce siècle par Dufour.

«... Il existe dans la cathédrale [de Poitiers], disait-il, une table de marbre qui fut enlevée du temple Saint-Jean vers le commencement du siècle dernier, et c'est l'inscription qui y est gravée qui sert de fondement à cette hypothèse [faisant considérer le monument lui-même] comme un édifice, élevé par ordre du Sénat de la cité des Poitevins , en l'honneur de CLVARENILLA ou de VARENILLA, femme du légat Marcus Censor Pavtus. )>

De Longuemar prit au contraire la lecture de Mangon de la Lande. C'est celle qu'il a donnée en différents endroits:

« Ce monument précieux, dit-il, prouve l'importance de la cité des Pictons, à la fois siège du proconsul et du gouverneur de la grande province d'Aquitaine, l'une des trois principales de la Gaule, lui-même consul désigné et l'un des grands dignitaires de l'empire romain : importance annoncée déjà par l'inscription de Sabinus, prouvant que cette grande cité était le siège d'un collège d'aruspices. »

Orelli fit entrer l'inscription de Varenilla dans la collection de ses Exempta. Sa copie était la suivante :

CL • VARENILLAE * CL * VARENI COS ' FILIAE CIVITAS PICTONVM FVNVS * LOCVM * STATVAM MONIMENTVM PVBLICVM * M * CENSOR * PAVIVS LEG * AVG * PR * PR * PRO VINC • AQVITAN * COS * DESIG * MARITVS HONOR E CONTENTVS SVA * PEC * PONEND * CVRAVIT

C'était, à peu de chose près, celle qui avait été donnée par Millin , et nous l'avons retrouvée textuellement dans la Géographie de la Gaule, de Desjardins. Nous avons déjà dit qu'elle serait assez exacte si la division de la dernière ligne était mieux observée.

Tout récemment enfin, M. Ledain a publié une bonne copie de la même inscription, dans Epigraphie romaine du Poitou. L'interprétation qu'il propose est ainsi conçue :

(1) Une thèse analogue vient d'être reprise par M. Ledain, dans son Ëpigraphie romaine du Poitou. Elle avait été déjà soutenue par notre confrère dans le Bull. des Ant. de l'O., t. xiii, p. 296.

<( Claudiae Varenillae Claudii Varem consulis Jiliae civitas Pictonumfunus, locum, staluam monbnentum publicum Maliens Censoràis Pavius legatus Augusti proprœtore promnciœ Aquitaniae consul designatus, inaritus, honore contentus, sua pecunia ponendo curavit. »

Nous avons vu que la pierre, après avoir été retirée du temple Saint-Jean, était longtemps restée dans la cathédrale de Poitiers. Elle est ciujourd'bui au musée des Antiquaires de l'Ouest (1), et la correspondance de l'abbé Gibault contient un certain nombre de lettres, adressées au préfet de la Vienne en 1823, dans le but, vainement poursuivi, de faire rendre par un libraire, qui les avait achetés, certains blocs de marbre ayant fait partie, disait-on, du tombeau de Varenilla.

M. Alfred Barbier a récemment publié cette correspondance dans les Bulletins des Antiquaires de l'Ouest (2). Notre savant confrère a émis aussi cette opinion que le temple Saint-Jean ne pouvait qu'avoir été le tombeau de la célèbre gallo-romaine. Dans la revendication de ces blocs de marbre primitivement situés près du temple Saint-Jean lui-même, M. Barbier reconnaît (( un fait matériel » la confirmant.

Le débat depuis longtemps engagé sur la véritable destination comme aussi sur la date de la construction de l'édifice <( qui est une des antiquités les plus attractives de Poitiers » , n'est donc pas ainsi sur le point d'être clos. Pour notre compte, sans vouloir préjuger en rien d'une question qu'il est assurément fort difficile de trancher comme il conviendrait, nous ne croyons pas que ce monument puisse avoir servi de tombeau. Varenilla était une romaine du haut Empire, tous les auteurs l'ont au moins reconnu, et le temple Saint-Jean n'a certainement pas été bâti avant la fin du cinquième siècle de notre ère (3).

Sans doute quelques auteurs moins exclusifs que Mangon de la Lande, — et M. Ledain a été de ceux-là, — ont bien voulu reconnaître que le tombeau primitif ne pouvait avoir été le temple Saint-Jean tel qu'il est, mais bien plutôt un monument « dégagé de toutes les additions, remaniements ou reconstructions, surtout des parties supérieures, dont il a dû être l'objet depuis des siècles pour être transformé en baptistère ou en paroisse » (4); ce ne sont là^ malgré tout, que des hypothèses plus ou moins

(1) Le procès-verbal qui constate cette translation a été imprimé dans Bull. Ant, 0., Jï-e série, 1835, p. 157, et réimpression, 1861, p. 497.

(2) Bull. Ant. 0., 1888, pp. 508 à 521.

(3) Voir, à ce sujet, l'opinion qui se trouve exprimée par Mérimée dans: Le temple Saint- Jean de Poitiers, 1845, in-folio, p. 4. (Ouvrage faisant partie de la coll. des Mon. hist. de la i^'r^nce publiée par les soins du ministère des beaux-arts.)

(4) Epigr. rom., p. 17.

fondées. Il faudrait, pour qu'il en fût autrement, que certaines parties du temple lui-même fussent au moins reconnues comme ayant appartenu sans conteste à quelque monument de la haute époque gallo-romaine, et cette reconnaissance n'a pas été faite que nous sachions.

On a pu supposer aussi avec Thibaudeau, — mais sans plus de preuves que lui, — que le mausolée de Varenilla était encore debout au milieu du temple Saint-Jean lorsque Mgr de la Roclie-Posay fit transporter Tinscription dans la cathédrale. Il faudrait alors admettre que la longanimité des chrétiens a été bien grande pendant plus de treize siècles, pour qu'ils aient pu supporter dans un de leurs temples la présence d'un monument qui leur rappelait sans cesse une adoratrice des anciens dieux.

L'épitaphe de Varenilla devait se trouver dans le temple Saint-Jean comme elle se trouva plus tard dans la cathédrale, c'est-à-dire d'une façon tout à fait accidentelle. Elle y était entrée, soit parce qu'elle avait pu sembler intéressante à quelques personnes^ soit, ce qui nous paraît beaucoup plus vraisemblable, parce que la pierre qui la portait avait été placée dans quelque construction, — celle-là même peut-être qui fut démolie en 1703, — ou avait reçu quelque autre destination qui la rendait plus ou moins utile (1). Il ne faut pas oublier d'ailleurs, que s'il eût simplement existé sur l'emplacement même du temple, le monument de Varenilla se fût trouvé de la sorte construit contrairement aux usages romains, qui ne permettaient de placer les tombeaux qu'au-delà de l'enceinte des villes (2).

Quoi qu'il en soit, — et pour nous en tenir à ce qui précède,

(1) Rappelons à ce sujet, que l'abbé Tixier, — qui devait avoir ses raisons pour cela sans doute, — écrivait il y a déjà quelques années : « Pendant longtemps, le baptistère [du temple Saint- Jean à Poitiers], fut considéré comme la tombe de Clara {sic) Varenilla, épouse de Gensor Pavius, gouverneur de la province aquitanique. Celte confusion provient d'une inscription trouvée dans le monument, mais qu'on y avait simplement déposée... » [Les monuments historiques du centre de la France à l'exposition de Lim.oges, dans Bull, de la Société archéologique et historique du Limousin, t. xxxv, p. 61).

(2) Depuis quelques années, le temple Saint-Jean sert d'annexé au musée lapidaire de la Société des Antiquaires de l'Ouest. C'est là que le R. P. Camille de la Croix a fait disposer, en mettant en œuvre tons ses magnifiques talents de conservateur, les sarcophages mérovingiens qu'il a recueillis, avec un soin jaloux, sur toute l'étendue du département de la Vienne.

En 1789, le temple Saint- Jean était encore affecté au culte, mais l'office ne s'y célébrait plus qu'une fois par an. Vendu comme bien national, le monument devint une fonderie de cloches, reçut ensuite un fourneau de soupe économique et fut finalement transformé en magasin pour la fabrique de Saint-Pierre. Il avait cette dernière destination, lorsqu'il fut acquis en 1834, avec le secours de l'Etat, par la Société des Antiquaires de l'Ouest, qui en fit tout aussitôt le lieu de dépôt des collections qu'elle s'occupait à former. Avec les frais d'installation du musée (1836), la dépense qui fut faite s'éleva à 7,032 francs.

— voici la copie que nous avons prise nous-méme de l'inscription qui nous intéresse avant tout :

CUVAREN I LIAE^CLVAREN IG^S'.FIÀE \

CiVITASPlGTONMrN/ NVS li^ \

MON M3f PVBkE'M Ç3v|S0>I PA^VJLEGA/G PRPR^R<^: L ^ y^Çf^QytAHCosd is i c;M;iTv5 ( i o nor eco^ten vs^wq- ors ko. G>?/viT*t ■

* *' ' " I n ». ■ I "il II mi r 1 1 ^ II ^ - .

La pierre a 2 m. 35 de long sur 0 m. 58 de large. Les caractères, pour la plupart très effacés, ont 0 m. 08 à la première ligne, 0 m. 07 à la seconde, 0 m. 055 à la troisième, et 0 m. 045 à la dernière. Outre que les ligatures sont très nombreuses, plusieurs voyelles sont accentuées.

Nous lisons ce texte :

Cl{audiae) Varenillae , Cl{audii) Vareni co[n)s[ulis) filiae , civitas Pictonum funus^ locum, statuam, moniment[um) pitbiicj [dat.) M(arcus) Censor(ius) Paulus , leg[atus) Aug[usii) pr{o)pr{aetore) provi7ic{iae) Aquitan{icae), co{n)s(ul) desig[natus) , marilus, honore contentus^ sua pec(unia) ponend(um) curavit.

A Claudia Varenilla, fille du consul Claudius Varenus, la cité des Pictons donne des funérailles, un emplacement, une statue et un tombeau. Marcus Censorius Paulus, son mari, légat impérial propréteur de la province d'Aquitaine, consul désigné, satisfait de l'honneur (fait à sa femme), a pris à sa charge toutes les dépenses qui ont été faites.

Depuis Mabillon jusqu'à M. Ledain, prescjuc tous les commentateurs de cette épitaphe, ont cru devoir lire : Marcus Censor, ou Censorinas^ Pavius (1).

Nous ne croyons pas que cette interprétation soit exacte; car Censor et Censorinus ne sont pas des gentilices mais des cognomina. Tandis que le tome xiidu Corjjus des inscriptions latines, par exemple, fournit trois fois la forme Censorius dans la liste de ses nomina virorum (2), nous ne voyons pas figurer une seule fois dans cette liste les noms de Censor ou de Censorinus qui, par contre, sont donnés, l'un cinq et l'autre dix fois dans la table des cog nomina (3).

(1) Parmi les savants français, DesjardiDS et M. Ledain ont seuls fait exception à cette règle. Desjanlins en lisant : Censorinus Paulus QiWi. LeJain : Censorius Pavius.

(2) C. I. L., t. XII, nos 3021 et 5888.

(3) Ibid., nos 3102, 3338, 780, 1075, 2219, etc.

S'il le fallait, nous pourrions citer encore d'autres exemples empruntés aux différents tomes du Corpus; nous nous en tiendrons il ceux-là seuls qui nous sont fournis par les inscriptions de la Narbonaise, parce qu'il nous paraît inutile d'insister plus longtemps sur une lecture qui nous semble beaucoup plus certaine que toute autre (1).

Pavius ne pourrait être au contraire qu'un gentilice, bien que nous ne sachions pas qu'on ait jamais rencontré ce nom sur d'autres monuments que celui de Poitiers.

Il est assurément hors de doute qu'on lit très distinctement PAVI VS sur l'épitaphe de Varenilla; en résulte-t-il que c'est bien la le cognomen qu'il convient d'assigner à Marcus Censorius ? Pour notre part nous ne le pensons pas. Sans nous écarter des suppositions permises, nous pourrions avancer que le lapicide a pu se tromper , nous préférons dire que la barre horizontale de l'L a plus vraisemblablement disparu (2).

Les lettres de l'épitaphe de Varenilla n'ont pas été gravées très profondément; plusieurs d'entre elles se devinent plutôt qu'elles ne se lisent, et les barres horizontales des diverses lettres, en particulier , ont dù présenter une ténuité telle que les frottements^ dont la pierre a été l'objet pendant très longtemps, les ont fait disparaître plus d'une fois. C'est ainsi qu'on ne distingue plus, par exemple, la barre médiane de l'F du mot funus , celle de l'A du mot Pavius lui-même , celle de l'H du mot honore^ et que pour bien d'autres encore on ne remarque plus que des traces imperceptibles.

Nous croyons donc qu'il est préférable de s'en tenir au cognomen connu de Paulus plutôt que d'accepter une forme nouvelle trop peu certaine pour qu'on n'ait pas à la discuter (3).

(1) M. Fallu de Lessert a signalé un consul Gensor, qui paraît avoir vécu au iii« siècle de notre ère, et exercé ses fonctions avec un autre consul appelé Lepidus. Cette remarque n'infii me en rien ce que nous venons de dire, car Gensor et Lepidus ne sont pas des genlilices, mais des cognomina.

Le fragment d'inscription qui fait connaître ces consuls a été découvert à Lancaster. En voici la lecture :

« [oh] balineum refeolum el basilicam vetuslate conlabsam a solo reslitu-

tam, equiler alsd Sebussian3d .. sub Octavio Sabine viro clarissimo prxside nostro, curante FLavio Ammausio prœfecLo equilum. Ualum dedicaium XI Kalendas seplembris, Gensore If et epido II consulibus. « {G. I . L. , t, vu, n° 287. — Voira ce sujet: Fallu de Lessert, Bull. Ant. 0., 1888, p: 452.)

(2) Four appuyer la lecture Paulus et l'existence d'un L sur la pierre, au dernier siècle, nous pourrions en appeler au témoignage de Beaumesnil et renvoyer à la première copie de l'inscription, qui fut prise par lui en 1742, si le témoignage du comédien-antiquaire n'était pas de ceux qu'on n'invoque pas.

(3) On pourrait nous objecter que la leitre L du mot PAVLVS se fut ainsi trouvée très rapprochée de la lettre qui suit, et que sa barre inférieure eût même pu l'atteindre, nous répondrions à cela qu'il en est ainsi pour le mot LOGVM, dont on ne songe pourtant pas à discuter la lecture.

Il se pourrait même d'ailleurs que le cognomen Pauliis fût très réellement exprimé sur la pierre. Il serait en effet fort possible, pour ne pas dire davantage, que Vaccolade qui se voit au-dessous du mot PAVIVS, — et dont le sommet se trouve à la base de l'I , — n'ait été placée là que pour indiquer, d'une façon très fantaisiste, nous en convenons, les deux barres horizontales d'un L doublé : (x). Dans ce cas, on devrait lire Pat^Z/ws avec d'autant plus de certitude que les exemples de cette forme ne manquent pas.

Par cela même que la cité des Pictons a célébré les funérailles de la femme du gouverneur d'Aquitaine, dont il est ici question, M. Beaussire, reproduisant une conférence de Beulé, en a conclu, dans un mémoire plein d'intérêt, que Poitiers était la résidence de ce personnage, et par suite la capitale de la province; nous croyons encore que de nouvelles preuves ne seraient pas inutiles pour l'établir. En second lieu, de ce fait que le nom de CL Varenus, consul désigné, ne figure pas dans les fastes consulaires , le même auteur en conclut que le père de Varenilla n'entra pas en charge , (( ce qui se produisait assez souvent sous les empereurs par suite des substitutions de consuls », ou ne fut que le premier magistrat de sa cité. « Dans tous les cas, dit-il, c'est à toit que M. de la Lande rattache Varenus au Poitou par le titre de proconsul, et qu'il en fait à ce titre le représentant de l'empereur en Aquitaine. L'abréviation Cos. ne désigne jamais que les consuls. Et lors même que Varenus aurait porté le titre de proconsul, il n'en aurait rempli les fonctions que dans une province impériale comme l'Aquitaine.

« Enfin s'il es1 permis de supposer qu'il a résidé à Poitiers avec son gendre et sa fille, et même qu'il appartenait par sa naissance au pays des Pictons, ce n'est là cependant qu'une simple conjecture dénuée de toute preuve. De ce que le propréteur d'Aquitaine avait épousé sa fille, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il ait lui-même commandé dans cette province, ni même qu'il y soit jamais venu. Le seul fait acquis à l'histoire c'est la présence, et probablement la résidence à Poitiers, d'un gouverneur d'Aquitaine dumom de Pavius. »

Mangon de Lande avait fait de ce gouverneur un « administrateur de l'empereur Gallien »; M. Beaussire, moins afîirmatif, n'a pas cru devoir se prononcer, mais il n'en a pas moins daté son inscription du ni^ siècle, en s'appuyant pour cela sur « les renversements et les enlacements de lettres qui , dit-il , ne deviennent fréquents qu'après les Antonins ». Tel était aussi l'avis de de Longuemar ; mais sans méconnaître tout ce qu'une semblable opinion peut avoir de fondé , nous ferons remarquer que les « enlacements de lettres » — les ligatures, dirions-nous ^

— ne commencèrent pas seulement au troisième siècle ; on les rencontre sur les monuments dès l'époque d'Auguste^ et leur présence sur l'inscription de Poitiers ne peut pas donc être jugée suffisante, pour permettre une attribution.

Pour M. Pallu de Lessert, au contraire, le marbre de Varenilla « porte tous les caractères d'une inscription du premier siècle ». « On sait, d'autre part, ajoute-t-il, qu'une des anomalies les plus curieuses qu'il présente est le R renversé qui termine le mot CENSOH. On sait aussi que l'empereur Claude, grand philologue dans son temps, avait imaginé d'ajouter trois lettres à l'alphabet; deux de ces lettres, dites claudiennes, sont connues, et au lieu de les représenter par des signes nouveaux , l'empereur eut recours à la lettre rendant le. son le plus voisin, qu'il renversait. Inutile de dire que les érudits ont de tout temps disserté pour savoir quelle était la troisième lettre claudienne. » Et M. Pallu de Lessert signale un savant du xvi^ siècle, Vertranius Maurus, qui, dans un commentaire sur Tacite , prétend que Claude distingua deux espèces d'R, l'un au son dur, l'autre au son plus doux. Notre érudit confrère reconnaît toutefois que cette thèse n'a jamais été soutenue autrement que par Vertranius Maurus, et il ajoute que s'il la rappelle , c'est moins parce qu'il a l'intention de la reprendre que parce qu'il est possible d'établir un certain rapprochement entre la thèse ellemême et les indications qui sont fournies d'autre part par l'inscription de Varenilla.

L'emploi des accents que nous trouvons ici est assez curieux à remarquer, mais ne nous permet pas de fixer plus exactement pour cela la date qu'il convient d'assigner à l'épitaphe.

Les apices furent en usage à Rome depuis le règne d'Auguste jusqu'à la fin de celui de Trajan^ et se maintinrent en province pendant tout le troisième siècle. A un autre point de vue, nous pourrions en dire presque tout autant des lettres inversées, non pas cette fois parce qu'on s'en est trop longtemps ou trop fréquemment servi, mais au contraire parce qu'on n'en connaît pas d'autre exemple.

Quant à la possibilité de voir quelque lettre claudienne dans la lettre finale du mot censor, nous pouvons bien dire que nous ne l'avions même pas envisagée. Pour l'accepter comme pour la combattre, il nous eût au moins fallu connaître quelles étaient les preuves sur lesquelles Vertranius Maurus s'appuyait, il y a trois cents ans, pour établir la distinction qu'a citée M. de Lessert.

Tout ce que nous croyons devoir dire, c'est que l'inscription

(l) Bull. Ant. 0., J886, p. 10.

de Varenilla ne présente pas plus les caractères des inscriptions du commencement du premier siècle de notre ère, qu'elle ne dénote un monument de l'époque des Antonins. A notre avis^ elle doit être, ou à peu près, contemporaine de Trajan, et d'ailleurs, il l'appui de cette hypothèse, nous ne saurions citer d'autorité plus grande que celle de Borghesi.

De Vit a dit en parlant de l'inscription de Poitiers : « M. Censorius Paullus (sic), cos. suffectus^ fartasse sub Traiano imp., ut arguit Borghesi in fastis suis nondàm editis (1)'. )>

Borghesi avait-il vu l'épitaphe de Varenilla? Ne la connaissait-il que par les estampages ou les dessins qu'on avait pu lui transmettre? Nous l'ignorons, mais ce n'était assurément pas sans de très fortes présomptions qu'il avait ainsi fixé dans ses Fastes la date approximative du consulat de Censorius.

Quant à la formule honore contentas nous avons a peine besoin de faire remarquer qu'on la rencontrait assez fréquemment sur les monuments publics. Il n'était pas rare, on le sait, que les familles ou les particuliers se montrassent ainsi satisfaits de l'honneur qui leur était fait par Vordo de leur ville, et prissent à leur charge, en raison même de leur situation spéciale de fortune, certains frais considérables que les deniers publics n'eussent pu facilement supporter.

Les provinces de l'empereur, qu'elles fussent prétoriennes ou consulaires, — et l'Aquitaine était comptée parmi les premières, — étaient gouvernées par des légats qui prenaient le titre de legatus Augusti pro praetore... « légat impérial propréteur.. tandis que les gouverneurs des provinces du Sénat, eussent-ils été préteurs, ou même consuls, prenaient le titre de proconsul (2).

Un fragment d'inscription découvert au Rasteau, près de Vaison, dans le département de la Drôme (3), mentionne un autre légat propréteur d'Aquitaine que M. Mowat, et, avec lui, M. Hirschfeld, croient avoir été le légat L. Duvius Avitus dont il est question dans les Annales de Tacite (4).

(1) Onomasticon, t. ii. p. 209,

La mention: « M. Censorius Paulus, fortasse sub Traiano.. », se trouve aussi, sans aucune autre explication, à la p. 114 des Fasti consulares dressés par la Commission de publication des œuvres de Borghesi, d'après les manuscrits de ce savant, et imprimés à un très petit nombre d'exemplaires pour le seul usage des membres de la Commission.

Sauf cinq ou six exemplaires, toute l'édition fut brûlée dans l'incendie de la bibliothèque du Louvre. L'exemplaire que nous connaissons appartient à M. Mowat. Léon Rénier en possédait un autre qui s'est vendu 60 francs il y a quelques mois.

(2) AUmer, t, i, p. 251.

(3) G. L t. XII, no 1354.

(4) Ch. XIII, g 54.

Deux autres inscriptions , l'une de Lyon et de l'époque d'Hadrien (1), l'autre d'Afrique et vraisemblablement datée du milieu du second siècle de notre ère (2), sont ainsi conçues :

I / I i le ALFID^O I I I I I ni I I I I I I ! I I I I I I

GALLO ^Accjano 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 quaestori ?

PROVINC MACEDONIAE I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I

curatom viae tibvrtin valer leg leg 1 1 1 1 1 1 legato

PROVINC CRETE ET CYRENARVM LEG aug . pVO pT. prOViflC

AQVITANIC VII viR EPVLON soDALi uadrianalt 1 1 1 1 1 1

CIVITAS LEMOVIC I I I I I I I

Q • GAECILIO • Q • F • ARN * MAR CELLO DENTILIANO * X VIRO STLI TIB • IVDIC • TRIE * MIL * LEG * //CL * PIAE * FID *

quaest * provinc * afric * aed * cvR * candi

DATO • DIVI • HADRIANI * PR * CANDIDATO EIVSDEM • LEG * PROVINC * CRETAE * CY RENAR • LEG * PROVINC * HISPAN * PROCOS PROVINC • CRETAE * CYRENAR * LEG * LEG * XII • FVLMINATAE * LEG * AVG * PR * PR * PRO VINCIAE • GALLIAE * AQVITANICAE

coLoniae patrono

THIBIVCENSES * AERE * CONLATO

Elles nous fournissent les noms de deux autres propréteurs d'Aquitaine: l'une, celui de Gallus Paccianus qui ne paraît pas avoir été prêtre de Rome et d'Auguste à l'autel de Lyon, contrairement à ce qu'a pu croire Auguste Bernard^ l'autre, celui de Q. Caecilius Dentilianus (3), qui fut le patron d'une ville d'Afrique. Nous les avons citées, parce qu'elles nous montrent surtout quelle était l'importance des diverses fonctions qu'il était nécessaire d'avoir remplies pour recevoir la légation d'une province impériale.

Dans ces deux inscriptions, les diverses dignités sont énumé-

(1) Aug. Bernard, e temple d'Auguste, p. 73.

(2) Bull, arch., t. iv, 1886, p. 67. — Ephem. épig., t. vu, p. 64, 206.

(3) Q. Gaecilius Marcellus Dentilianus fut consul suffecte en l'an de Rome 920 (167 de J.-G.).

rées dans l'ordre direct , c'est-à-dire en commençant par la fonction la plus basse pour arriver à la plus importante de toutes, celle-là même dont le personnage était revêtu lorsque le monument fut gravé. Prenons la seconde, nous voyons que Q. Caecilîus DentUianus a été successivement :

Decemvîr stilitibus judicandis, (un an) ;

Tribun militaire d'une légion de Dalmatie, (un an) ;

Questeur de la province d'Afrique, (un an et au moins à 25 ans d'âgeji

Edile curule candidat d'Hadrien, (un an) ;

Préteur candidat d'Hadrien, (un an et au moins à 30 ans d'âge) ;

Légat (du proconsul) de la province de Crète et de Cyrénaïque, (un an) ;

Légat (du gouverneur) de la province impériale consulaire d'Espagne, (de un à trois ans) ;

Proconsul de la province sénatoriale prétorienne de Crète et de Cyrénaïque, (un an) ;

Légat d'une légion stationnée en Syrie, (un an) ;

Légat propréteur de la province impériale prétorienne d'Aquitaine, (trois ans) ;

Et nous pourrions ajouter :

Consul suffecte en l'année 167.

La légation d'Aquitaine formait donc, en quelque sorte, le couronnement d'une carrière sénatoriale bien remplie, et quoique l'inscription de Poitiers ne nous renseigne pas à ce sujet, il y a tout lieu de supposer que Marcus Censorius Paulus ne l'avait reçue qu'après avoir préalablement occupé la majeure partie des fonctions que nous venons d'énumérer.

Différents auteurs ont écrit que le consul Vai^enus ou Varenius devait être d'origine piétonne. Nous n'éprouvons aucune difficulté à partager leur opinion, — d'autant plus qu'elle nous permet d'expliquer plus facilement la présence à Poitiers du tombeau de Varenilla, — mais nous ne saurions les suivre lors qu'ils prétendent aussi que ce même consul pourrait être l'un des descendants du centurion célèbre dont le courage a été vanté par César (1), car de la possibilité des faits, nous ne manquerions pas de tomber aussitôt dans le domaine de la fantaisie.

Bibliographie: Mabillon, Bere diplomatica, Suppl. addim.,\). 113. — Dom Durand et Dom Martenne, Voyage iittér. de deux religieux bénédictins, 1717, partie, pp. 8 et 9. — ÎPiganiol de la Force, Nouvelle description de la France, Paris, 1722, in-S**, t. v, p. 96. — Belley, Acad. t. XIX, p. 704. — De Beaumesnil, Rec. manusc, pp. 25 et 42. — Dreux du Radier, t. lxviii, p. 433 ; et Mercure, janv. 1751. — Dom

(1) Gomment., 1. v. ch. 44.

Fonteneau a, pp. 348 et suiv. — Abbé Lebeuf, p. 398, et Dissert, et éclaircissements sur Vhist. de Fr., Paris, 1739, in-8°, p. 335. — Tassin, Diplom., t. I,, pl. XXX. — Muratori, p. 409, i, — Bimard in Doni, Siippl. ad Murât., p. 491. — Dulaiire, Descript. t. iv, p. 102. — . Thibaudeau, t. i, p. 10 ; t. v, p. xxviii et t. vu, p. 85. — Bourignon a, p. 24. — Thibaudeau, (édit. de 1839, Niort, in-8°), t. i, p. 7 et Notes, p. 439. — Siauve, pp. 182 et suiv. et pl. X, XI et XII. — Dufour, p. 308 et pl. II. — Millin, t. iv, p. 713 et pl. LXXIX. — Mangon de la Lande, Mein. Arit. O., 1. 1, pp. 39 et 194; t. ii, p. 49. — Grille de Beuzelin, Mem. Ant. F. t. xiii, 1837, pp. 421 et suiv. — Mangon de la Lande, Mem. Ant. F., t. xiv, 1838, p. 54.— Orelli, t. i, n*" 189. — BuU. mon., 1843, p. 580. — Camille Bonnard, Panorama de l'Ouest., Niort, 1844, in-4'', p. 109. — De Longuemar, Chroniques et légendes populaires du Poitou, Poitiers, 1851, in-8°, p. 163. — Beaussire, pp. 338 et suiv. — Desjardins, édit. in-P. Paris, 1869, p. 37, et édit. in-8°, t. m, p. 253. — De Longuemar, p. 146. — Ane. Cat. P. p. 50. — Ledain b, p. 6. — Bibliot. de Poitiers, Inscript, et monum. (fac-similé qui paraît emprunté à Mabillon. — Une autre copie semblable, mais datée de 1817, porte comme titre : Monument de l'église cathédrale). — Ledain, Epigr. rom., p. 16 (et dans Mém. Ant. 0., 1886, p. 157).

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