IPSE MANDAVIT
« Il paraît, ajoute de Longuemar, que [l'église de Savignyl'Evècault] s'élève, ainsi que l'ancien presbytère , sur l'emplacement jadis occupé par l'élégante Villa Sabiniaca. »
De Longuemar et de Chergé ont en outre publié, en 1851, une très mauvaise gravure sur bois du cippe de l'haruspice Sabinus. Cette gravure, qui ne comprend que les sept premières lignes du texte, a fort heureusement disparu des éditions postérieures du Guide du voyageur à Poitiers.
La formule finale sic sibi Jieri ipse mandavit , est à rapprocher de cette autre bien plus connue : testamento fierijussit.
Amantissimo s'employait assez fréquemment comme équivalent de amatissimo.
« Les funérailles étaient dans l'antiquité un acte essentiellement religieux. Les anciens, en général, pensaient que les âmes des morts erraient inquiètes et souffrantes, quand le corps
n'avait pas reçu de sépulture convenable. On croyait fermement que ceux-là seuls jouiraient du repos et du bonheur dans • l'autre vie, cj[ui auraient été ensevelis suivant les rites. Aussi prenait-on un soin particulier pour se préparer un tombeau » (1).
C'était un souci pour tout le monde en effet, cpie celui d'être convenablement enseveli, et c'est par suite de cette préoccupation constante cjue certaines personnes, moins peut être par superstition que pour avoir la certitude de reposer dans la paix qu'elles avaient rêvée, faisaient une clause testamentaire de l'exécution même de leur tombeau, ou veillaient â le faire construire pendant leur vie. C'était jadis une très grande marque d'amitié c^ue d'offrir un toml)eau â quelqu'un de vivant. Nos mœurs ont changé tout cela, mais l'usage antique valait certainement celui d'aujourd'hui.
Alors comme de nos jours, et plus encore peut-être, les sépultures de famille étaient en honneur. On tenait â reposer auprès des siens, et chez les pauvres gens, pour lesquels les associations, les collegia, remplaçaient plus d'une fois la famille, il était assez souvent fait usage de tombeaux conmiuns. Les membres des collèges s'engageaient entre eux, comme le font encore les adhérents aux sociétés de secours mutuels, à ii'abandonner le corps de leur camarade défunt que lorsqu'il aurait reçu la sépulture convenable |)révue par les statuts de l'association commune.
Des moulages de l'épitaphe de l'haruspice Sabinus sont conservés au musée de la ville de Poitiers.
On remarquera que le nom du personnage dont il est plus particulièrement question dans l'inscription qui précède, n'est pas Sabinus, comme on pourrait le supposer, mais Fabius. Sabinus n'est cju'un cognomen dont on connaît de très nombreux exemples (,2), mais qu'il faut bien se garder de confondre avec le gentilice Sabi/u'/is.
Si le ])rinci|)e souvent admis pour la transmission des noms avait été suivi dans la famille de notre haruspice, son fils, Sabinianus, en raison même de son cognomen, devrait être considéré comme le troisième de ses enfants. Il est bon de remarquer toutefois que ce principe n'avait absolument rien d'absolu, et que, par suite, il devient impossible de l'appliquer â tous les cas.
L'inscription ([ue nous venons de décrire paraît être du III'' siècle.
(1) cil. LeiUliérir.. L'oncien confluent du Rhône e.l de la Saône, ilans Méin. Acad. de Nîmes, 7"-' ^dvie, t. ix, 188G, p. 71 (tirage à pari, p. 71).
(2) Cf. 0. 1. L.. t. XII, II»» 1516, 2254, 2259, 2979, etc.
RiBLiOGRAPiiiK : Abbé Cousseau, Bull. Ant. O., 1840. p. 1 1 't. — Mèm. Ant. O., t. viii, p. 121. - De Lonf:?ueiiiar, Chroniques el légendes 'du l^oitou, dos Gaulois à l'an mille, p. 57. — De Cliergé, Guide du voyageur à Poitiers, Poitiers, 1851, l""* édit., in-12, p. 47. — De Longuemar, p. 141 : Mém. Ant. O. t. xxxv, p. 188. — Ane. Cal. /'., p. 53, (et dans Mèm. Ant. O. t. x, 1843, p. 53). — De Longuemar, Les anciennes fresques d>-s églises du Poitou, Poitiers. 1883, in-8°, (exti-. de la Semaine liturgique), p. 257. — Ledain b, p. 7. — Brouillel, p. 299. — A. Ménard, Diplôme de la Soc. des Ant. de l'Ouest, (copie dessinée i. — Ledain, Èpigr. rom., p. 20, (et dans Mém. Ant. O., 188G, p.l60).
EPITAPHE DALPHIA FAVENTINA.
Musée des Antiquaires de l'Ouest.
« En examinant avec soin les masses étonnantes [de l'enceinte gallo-romaine de Poitiers, visibles au n° 18 de la rue du Pigeon- Blanc], nous avons eu le bonheur de découvrir deux inscriptions complètes, entièrement ignorées jusqu'à ce jour. Ce sont deux grands cippes funéraires couchés la face en bas. Nous les fimes extraire de la muraille pour en enrichir le musée. L'un des cippes a été élevé à la mémoire d'une jeune fille, Alpliia Fcwentiiia, par ses père et mère, CatiliaetFaventius, ce dernier, agent de l'impôt du vingtième sur l'affranchissement des esclaves. [L'autre est la pierre tumulaire de Julia Maœimilla que nous donnons ci-après.] » (Ledain, copie dessinée, voir notre pi. xxi.)
« Ctppe funéraire provenant de l'enceinte gallo-romaine de Poitiers, rue du Pigeon-Blanc, d'où il a été extrait en 1871. ^)
(Ledain, b.)
« Le cippe sur lequel est gravée cette épitaphe a été extrait, en 1871, des fondations de l'enceinte romaine de Poitiers et dépos ' au musée de la Société des Antiquaires de l'Ouest. »
i^LEDAiN, Epig. rom.)
La pierre a 1 m. 06 de haut, sur 0 m. 60 de large ; les lettres ont 0 m. 055.
Notre copie
d m et m
ALPHIAE • FAVEN TINAE • FIL • CATI LIA -Y^ FAVENTI VS • XX • LIB • VILC
[D{iis) M{anibus) et m[cmoriac)\ Alphiae Favenlinae ftl{iae). Calilia et Favcnlius, vicesimae iib{erlalis) vil{i)c{iis).
Aux (lieux Mânes et à la niémnire d'AIpliia Favenlina. Son père, Favenlius, préposé à rinipôl du vinuliénie sur les alïianchissemenls, el sa luèfe (jalilia [lui ont l'ail (-«instruire ce foniheau].
M. Lednii] parait croire (jiic cette (^pita])lie est c()i>ii)lcte, mais il nous semble beaucoii]) i)lus probable que la pierre, aiijoiircriiiii tix\s miitih'e, a dû posséder jadis un fronton sur l('c(ii('l se lisait la fornuilc d'usage : c/(//.s) M{aiiibtis) cl iii{ciii(ji-i(i(>).
Le gentilice Alj)/ii/is, d'où dérive la forme AIplua, s'est rencontré en ditîérents lieux. Bien que ce nom fut d'origine grecque, il semblerait qu'on l'orthographiait de préférence: Alfias (1).
Faventina est un cognomen beaucoup moins connu dont la forme masculine Faventimis s'est cependant rencontrée dans le Gard (2).
L'impôt du vingtième sur la valeur de l'esclave affranchi, qui fut prélevé jusqu'à la fin de rEm])ire, avait été créé sous la République, l'an de Rome 397. Carucalla le fît porter au dixième, mais cette réforme ne dura que jusqu'à la mort de cet empereur.
La ferme des impôts de toute nature était concédée, sous la République, à des personnages qui ap])artenaient généralement à Tordre équestre et portaient le titre de pablicanus. Sous l'Empire, c'était h des prociwatores qu'il appartenait de les percevoir.
Favenlius (jui n'a pas de gentilice, mais seulement un cognomen servile, n'était probablement que le comptable de l'un d'entre eux.
BiBLiOGRAPUiE : Lcdain, p. 192 et pi. xix. — De la Ménardiére, Mèm. Anl. 0., t. xxxv, p. l'27. — ïhdl. mon., 1873. p. 233. — Ledani h., ]). 8. — Rcvve des Soc. savantes, ,y série, I. vi, 1873. j). 184. — Lcdain, Epigr. rom., p. 22, ;et dans Mém. Anl. O., 1887, [). 1(52).
EPITAPHE DE .ÎULIA MAXINHLLA.
Musée des Antiquaires de f Ouest.
« L'autre cippe [trouvé au m("'me lieu que celui d'Alphia Faventina), est moins ancien, mais il est ])lus intéressant et
(1) Cf. C. 1. L.. t. XII, nos 1090, 1852, 3195, 5686, elc. (2j yfcirf.. n« 2814. . - •
donne matière ii plus d'observations curieuses. Un dessin gravé dans la partie supérieure de l'inscription et au milieu même des mots qui la composent, attire l'attention d'une manière particulière. C'est un de ces petits miroirs, en métal poli, semblable a ceux trouvés fréquemment dans les ruines romaines. Une figure de femme apparaît dans le miroir.. . »
(Ledain et Brouillet, copie dessinée ; voir notre pi. xlh.)
« Cippe funéraire découvert en 1871 dans les fondations de l'enceinte romaine de Poitiers. Un miroir, où apparaît sans doute la figure de la défunte, est gravé au commencement de l'inscription. Au dessous est représenté Vascia, symbole de consécration. » (Ledain, d.)
La pierre a 1 m 54 de haut sur 0 m. 66 de large. Les lettres ont de 0 m. 03 à 0 m. 04 et témoignent d'une basse époque.
Notre copie :