‹ Épigraphie santone & aunisienneChapitre 14 sur 96 · MARITI · texte numérisé non relu

MARITI

•SVI-

C'est une épouse qui Ta fait graver. Il est carré. Hauteur

50 centimètres; largeur 45; profondeur 27. Les lettres ont 5 centimètres.

Aux dieux Mânes et à la mémoire de Claudius Rufus son mari.

La JSn manque. Ce cippe, extrait en 1853 des murs de rhôpital, n'a rien de bien remarquable.

xxni '

En voici une autre que nous a conservée Bourignon, page 41. La pierre qui la portait était angulaire au sommet , et longue de trois pieds.

DM-ET- MEMOR- CNEIPOMP El REMI

Dns Manibus ET MEMOR1.E CNEI POMPEI REML

Aux dieux Maries et à la mémoire de Cneius Pompeius Remus.

Est-ce quelque descendant du grand Pompée ? Ce serait plutôt un affiranchi qui aurait pris le nom de son patron, comme cela se faisait à Rome. Encore là nous trouvons le sigle ordinaire n. m. bUs uanibus.

Le mot Mânes était assez vague chez les Latins; il signifiait en général âmes des morts. Sous ce nom, on comprenait les esprits des justes. Lares, Pénates^ et les esprits des méchants, Larvœ, Lémures. Mais comme les anciens préféraient toujours voir les choses par le bon

côtô'ef éViàiëfft tôiîtB pafble de ablietcx atigtoèr; ils se; plaisaient à voir dans les âmes des défunte; s(urtoutqUaiid' elles^estoiichàienf; depi^s, dbs génies bi€mfai8ante;J!Mifes. De là l'expression de Manet presque toujours prise dans^ un sens favorable. Faire ensuite des âmes justes autant db' divinités' dtaîtUà cliôs^ dti' môildë là plus* facile; atix Romains surtout qtiî avaSefùt créîé; pDUr présider atot actes les plus infimes de la vie animale, un dieu Crepitus, des déesses Cloadne, StercuHa; j'en passe et non des meilleurs.

Les dieux Mânes, divinités souterraines, avaient une très grande puissance qnis'étendait même* dons l'univers entier, excepté aux lieux où Jupiter tenait sa coui!,.mais qui ne pouvait s'exercer que* pendant lës' tenèUrtes. Le chant du coq faisait cesser leur pouvoir. Ils connaissaient aussi l'avenir, et on les consultait pour savoir sa destinée. Vengeurs du criAie, ils s^attachaient, comme les furies, à la poursuite des impies; aussi leur dévouait-on ses ennemis. Ils étaient les gardierïâ dés sépultures. On les invoquait pour en éloigner les profanateurs, qu'on recommandait du resté à toute leur sévérité. Voilà pourquoi les Romains manquaient rarônieùMe mettre sur les tombeaux la formula Diié manibus, ou simplement les deux lettres initiales d. m. Le christianisme donna plus tard un aiiti^e éeni â? de sigte: b. ië. signifié Pee fikmné^) à Dieu trêê ^and.' Puis combinant cette formule avec une autre non moins fréquente i. o. m. Jovi optima mcanma « à Jupiter très grande très bon^ » il fît de cette phrase

pBSœaé lîné inTOeaftioit 6athe^li<^^, 6èé &ptmt^ nuMno,

3btiv

ijêptidi à ëaîntêà ti'était i&à tf ÔS ptôlîté. Ùné iiês bëlie fôeWè tntùulaîrtf , d'un ïûètte 35 dé long Sut 65 de

laxg&. et 49 d'épaisseur, est consacI^ëe p^ un mari à sa femme.

S •.MA,TERNAE • lyL

AM'ATHVSTMiA;R-

POSVIT-

M. le l^aron jChaudruc de Grazannes qn a donqé^ page 101, une longue description. Je vaialui en emprunt^^ les passages les plus significatifs.

Dans une niche pratiquée sur la principale, face du monume^t est représentée une ^emme, presque de grandeur naturelle. Elle est vêtiie d'une tunique à manches, dont les draperies sont d'un bon style et d'un efifet agréable; la têtq est ornée de bandelettes;, les cheveux, . bouclés en gros anneaux tout autour du fro^t, et les yeux offrent des restes de peinture, nouvelle preuve de Tus^e ancien de colorier les statues pour leur donner plus d'expression. ]Le bras droit tombe le long du corps, et la main tient un rameau d!olivier; le bras gauche est ployé; dans la main est un bouquet de roses ou de pavQts appuyé, sur la mamelle droite.

Quelle est cette femme? Millin voulait que ce fût une prêtresse de Gérés. Il voyait 9ur ses épaules le manteau sacré| palla ; à sa main gauche le rameau d'olivier destiné aux aspersions; à son front les bandelettes, vittœ, flocons de laine, interrompues dQ distaAce en distance par des liens; à sa main droite enfin, des pavots consacrés à Gérés. Ghaudruc, lui, penchait pour une prêtresse d'Isis dont le culte était passé d'Egypte en Grèce, à ''Rome, puis dans «les Gaules. Dans son idée les pavots se transformaient en fleurs de lotus ou lotos, pynipihfa^ ftépyaphar.. M. de Tressan ^reconnaissait une femme, chrétienne. L'absence du sigle d. m., la présence de s. s^?i/-

crum, employé par les premiers fidèles, le t qui suit Ama" ihus, et qu'il supposait être le signe emblématique àfi la croix, le rameau qui lui rappelait la branche d'olivier rapportée à Noé par la colombe, les fleurs, dont il faisait des roses, symbole du martyre, étaient autant de preuves qu'il donnait à l'appui de son système.

On comprend qu'en présence de tant de divergences, il est difficile de savoir à qui croire. Cependant s'il est permis d'avoir un avis dans des matières aussi conjecturales, nous nous rangerions du côté de Tressan. Ce qui nous frappe plus cependant que ce t, dont il veut faire le T figuratif de la croix, c'est la forme insolite de l'inscription elle-même. Nous avons vu tous les termes ordinairement employés; ici, ni le sigle d. m., ce qui est caractéristique, ni le mot memorle; au contraire ce S qu'on peut traduire par sepulchrum, ou ce t par ititilum, est une expression toute chrétienne. Ajoutons qu'on voit tracé aux deux extrémités du verbe PosuU \m signe qui a son importance ; c'est la figure du cœur. Les premiers fidèles, dit Bosco dàusldi Romasubterranea, 1, 379, sculptaient fréquemment un cœur sur les tombeaux, soit comme témoignage de l'amour qu'on conservait pour le défunt, soit plutôt comme symbole d'innocence. Et ce savant auteur cite de nombreuses inscriptions où se trouve l'image d'un cœur plusieurs fois répétée ; et partout ce cœur ressemble à celui que nous avons ici. On a voulu y voir un simple trait d'ornementation ou un signe de ponctuation ; mais d'où vient qu'elle apparaît presqu'exclusivement sur les tombeaux chrétiens ? Nous croyons donc que cette sépulture est catholique.

La question d'interprétation n'est pas moins délicate. On a lu:

Sepulcrum MATERNiE JULle AMATHUST MARitus POSUIT.

Nous proposerions une autre version, amathust a une terminaison bizarre. Nous préférerions seulement âbia-

THus. Le T qui suit représenterait Titulum. L's exprimerait non pas sepulerum, qui avec posurr n'a pas grand sens, mais le prénom Materna. Nous aurions :

s. {SexUB?) MATKRSM JULttl« AMATmJS TÙulum UABJiUS

posurr.

Sans cependant nier que ce titulum ainsi placé ne paraisse singulier.

A Sexta Materna Julius Amathus son éponx a fait élever ce monument.

A côté de l'inscription, très probablement chrétienne, plaçons celle de Taurice, qui ne devait point être païenne : car le d. m. (ntû Manibus) est absent.

Bourignon la donne, à la page 52, comme tirée de Samuel Veyrel ,

TAVRICE • F • L • PRIMVLVS • CON LVXP-

et l'explique ainsi :

TAURICE Flavii Liberté PRIMULUSœNjUX Posurr.

A TauricCy affranchie de Flavvus, Primulus son épotuv a fait élever ce monument.

Ghaudruc de Grazannes, page 156, n'est pas d'un avis différent. Taurice serait mis pour Taurieœ ; conlux pour eonjux, ce qui est très admissible. Mais je ne suis pas aussi sûr de l'interprétation de f. l. en Flavii libertœ, quoiqu'on en trouve des exemples. La pierre est-elle entière? Si oui, il n'y a qu'à s'incliner. Si non, je traduirais :

i4.... fille de Tàuriee, Luduê Pritnulus, iùn ipout»

TAURiCiE FILLE LUCIUS PRIMULtlS.

Dans ce cas on pourrait supposer la disparition du sigle D. M.

La seule inscription gallo-romaine certàifieïùôht chrétienne que nous possédions est la suivante :

XIIII K • T ' IVNIAS DEPOSITIO RECEPTb

K. T. est le sigle de Kalendas. Regepto est iine faute du graveur; il faut lire RecepH. Depositio est un terme évidemment chrétien.

Ainsi rectifiée cette phrase est facile.

Le quatorze des kalendes de juin (19 mai) inhumation de Réceptus.

Rien de plus. La forme des lettres, particulièrement du c et de To du mot Recepto, indiquerait, selon Chaudruc de Crazanries, page 143, appuyé par le' Chevalier Visconti, le vn« ou le vm« siècle de notre ère.

Toutes ces épitaphes jusqu'ici sont remarquables par leur sobriété; ce qui les distingue, c'est précisément l'absence de toute originalité. L'original est si près de l'excentrique ! Les trois que nous venons d'examiner ont

fl

toute Taustérîté qui sied à des chrétiens et la sévérité que réclame un tombeau. Aussi sommes-nous plus touchés de ces simples phrases : Le 49 mai, inhumation de Receptuê, ou bien : Amathus a életé cette pierre à Materna,

que d'une fastueuse énuméi^ation de noms, de titres et de qualités. T a-t-il rien de plus choquant que cette pensée écrite par un mari sur le cippe de sa femme :

QUOD EGO GUH CONHIOE FECI VELLEM SI ÂDmJG POSSEM ?

Une autre inscription funéraire invite à prendre du bon temps :

AMIGE, LVDE, JOCABE, VENI.

Amij joue, amuse-toi^ viens.

Cette voix, qui s'élève de la fosse pour nous crier la maxime sensualiste de la jouissance, n'a pas les graves enseignements qui doivent sortir de la mort. Mais le paganisme ne voyait guère dans l'existence que le côté du bonheur. L'homme la quittait, ut^cmviva satur,

« Remerciant son hôte et faisant son paquet. »

Et il voulait bien que son départ ne dérangeât point le festin. Dé telles recommandations ne rendent pas bien Mgubte un iautel séj^ulcral; alors elles débarrassaient eertainèihént de l'ennui de portier un visage aflBiigé. C'était le temps des pleureurs à gages.

Sur quelques épitaphes figure une expression tendre; carisnmœ, dit un mari à sa femme, sur une pierre d'un grain fort gros et très fruste qui vient de l'hôpital, d'où elle a été transportée au Musée en 1862. Elle mesure 1 métré 14 de largeur, €Q cent. • de hauteur,' et a d'épaisseur 45 èent. Les lettres de la première ligne ont huit centimètres ; celles des autres n'en ont que cinq. Voici tout ce que la meilleure volonté du monde y peut déchiffrer.

...CVSCA IVSS

OMNER... FIL VIVO

...A... ICOMNER... FILI. ..

. . . VNDINAE FILI AE VIXSITV. . . . . . XXITEM • MEMORIAE • IVLIA . . .

VGI...CARISSIMAEM

EsUl possible de construire une phrase avec ces fragments de mots ? Je ne l'entreprendrai pas, au moins pour le commencement : cvs est la fin de Jlfarcus ou Mamerojs. Ces deux mots sont les seuls prénoms qui aient une terminaison semblable, ca... rvs est CA/pumius ou CAedtws: il n'y a que ces deux noms de familles romaines qui peuvent entrer ici. Quant au mot suivant s..., il est trop vaguement indiqué pour qu'on entreprenne de le chercher. En tout état, on reconnaît facilement ici un citoyen romain ; il a son prénom, le nom de sa famille, puis son cognomen. A la seconde ligne on lit filio vivo, précédé d'un nom propre omner... oiinerio assurément, qui se présente de nouveau à la troisième, cette fois avec une physionomie complète. Une seconde fois le terme fuius. [1 est assez difficile de prêter une signification à ces lambeaux. Le reste est plus aisé.

mVNDINAE FILIAE • VIXIT • V. . . ANNOS mensium X? ITEM MEMORIAe IVLIAe. . . conjVGI CARISSIMAE Marttvs posvit.

Mundina sa fille qui a vécu cinq années et dix mois et aussi à la mémoire de Julia... son épou^se chérie, son époux a fait élever ce monument.

Le chiffre xx au commencement de la cinquième ligne est inexplicable. Après les années on mA-que assez souvent les mois; mais il ne peut être question de vingt mois. J'ai traduit par dix.

Il en est de plus facile. Un cippe, tiré des murs de la ville, au bas de l'ancien couvent des Carmélites, aujourd'hui pensionnat de la Providence, forme un carré de 64 cent, sur 45. Il a un encadrement h. sommet arrondi et surmonté d'un croissant comme ornement. La pierre est assez fruste; on peut cependant y deviner ce qui suit :

Dus JlANiBUS ET Memorle VALerlb VENERLE REGI- NA FiLiA LIfiENS FECrr.

Aux dieiix Mânes et à la mémoire de Valeria

Veneria, sa fille* Regma a 'fait de 'Son plein gré élever ce monument.

Plusieurs lettres sont réunies e et t à la presûère Ugae N et E à la seconde. La: lettre qui termine est un e. Mais par les détériorations de la pierre les accessoires de ce jambage unique ont dii^paru; le graveur a dû mettre F, Fecit, ou p, wsuit.

Je ne ferai point de conjectures pour la suivante, et me contenterai de la transcrire.

IVLBENNONIAE-

ET • MARCO • TERRENTIO

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