RI • MINE
AVG • POT ENTINA COIV • —
POSVIT
Dns IdANiBus ET Memorue JUSTINI PATEIiNI
VETERAîa LEOiom PRùw MJNÇrvliç AUG«JW« POTENTINA COnJUx POSUIT.
Au^ dieux Mânes et à la roémoire de Jwstir fifUB Paterrms, vétéran de la première légion Mmerva Augusta, Potentina son épouse a fttài élever ce monument.
Minertria et Àugusia sont des sumonaf de 1« légion* l^e teinte nous donne le nom d'une nouveUe légion qui viiU en Saintonge.
La lé^on, de leossue, ehoirir, parée que le^ trUmoB Biili* taires choisissaient alternativement leurs soldats, se pcOd* pos^t sous Romulus de trois mille homn^es dlnfanterie soutenus de trois cents cavaliers et sous les empereura de cinq à si^ mille fantassins avec des escadrons, tumm, dont reffectif s'élevait à cinq ou lûx cents cavaliers. Le service avait d'abord été gratuit. A p9rtir de Tan 400 avant Jésus-Ghrist, chaquQ fantassin reçut par jour cinq as, soit trente centimes, et les cavaliers 87; la pourriture rbabillement et Féquipement étaient déduits de oetta paie, siipmdijum; c'est ce qu'ont à peu prè^ nos soldats d'infanterie, 45 et 40 centimes. Gomme les Romains, ils doivent sur cette somme pourvoir à leur entretien et ii leur nourriture, sans le pain qui leur est fourni gratis ; ils sont donc moins bien partagés sous ce rapport ; mais ils n'ont pas à exécuter les rudes travaux de campements, de fortifications, de routes auxquels était chaque jour assujetti le miles. La différence de paie est bien plus sensible, si l'on considère les largesses des empereurs. La solde, doublée par Jules César, fut augmentée d'un quart parDomitien, redoublée par Sévère, triplée parCarac^Ua. Ajoutez à cela les gratifications, cfomzitvtimvCons^V'num, ttbtralùas^ abutidaniia, dans les circonstances extraordinaires, circonstances qui, l'empire étant à la merci de la soldatesque, devinrent périodiques. Ces libéralités s'élevèrent à des sommes énormes. Marc Aurèle, le plus éconon^e des princes , se crut obligé , en succédant paisiblement à
son père, de donner à chaque soldat deux mille cinq cents livres de notre monnaie. Pour peu que Ton veuille multiplier ce chiffre par celui de quatre cent mille, efTecr tif de l'armée, on aura une idée de ce que les légions coûtaient au trésor, et Ton comprendra que si les César se sont rendus fameux par leurs cruautés, ce n'était peutêtre pas par pure férocité d'âme , mais par besoin d'argent. Sévère, dans une seule gratification au peuple, avait dépensé plus de quarante-deux millions de notre monnaie. Comment remplir ses coffres vides, cet éternel tonneau des Danaïdes? Ils tuaient, mais c'était pour voler.
Tout citoyen romain, sauf ceux de la sixième classe, les prolétaires, capite censi, qui ne comptaient dans le cens que pour leur personne, était soldat à dix-sept ans, et devait vingt années de service dans l'infanterie ou dans la cavalerie; après quoi, s'il restait sous les drapeaux, il avait le titre de vétéran, veteranus, ce qui le dispensait de monter la garde; en retour il exerçait les recrues. Cependant on voit, parles deux inscriptions cidessus, Antius et Albimius, entrer au service à vingt ans. Mais alors les légions ne se recrutaient plus seulement à Rome; on en formait aussi dans les provinces. Chaque légion portait un numéro d'ordre I, II, III, et souvent un
surnom, Victrix, Pia, Fidelis^ Mnervia, Parthica. Des
légions formées de deux autres prenaient le nom de Legiones GEMINE, légions doubles. C'est une de ce genre que nous trouvons ici ; elle porte le numéro xiy, chifTre important puisqu'il prouve, contre l'assertion de plusieurs écrivains , que la XIV» légion est bien venue dans nos contrées, à moins de supposer — ce qui est inadmissible — que ce soldat soit venu mourir en Saintonge loin de sa patrie. Son âge indique qu'il était sous les drapeaux. On trouve des marbres de soldats appartenant à la XIV» légion double à Lyon, à Vienne , dans l'église de Vérone et en Hongrie.
César avait avec lui la XIV» légion lorsqu'il conquit la
Gaule ; et nous voyons, dans le chapitre IV du VIII* livre De Bello GalUco, qu'il l'employa contre les Carnutes, Tan 50 avant J.-G. Gomme ses lieutenants Publius Crassus et D. Brutus furent à différentes reprises envoyés chez les Santons — livre II, chapitre xxxrv et livre III chapitre xi — il se pourrait que le soldat dont nous avons la pierre tombale, appartint à l'armée du conquérant.
Le nom de Fréjus, Forum Julii, colonie romaine, a aussi son intérêt. Il atteste une fois de plus cette politique des Romains qui dépaysait les soldats pour s'assurer de leur obéissance passive, et opposer les uns aux autres des peuples différents de mœurs et de langage. Ces deux pierres sépulcrales trouvées à Aulnay prouvent qu'il y a eu là une station ou un castrum. M. Massiou cite — Histoire de la SainUmge, I, page 55 -^ un passage de dom Léonard Fonteneau, abbé, lisez motne, et professeur de l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély; le savant bénédictin y dit qu'il a vu près d'Aulnay, sur la voie romaine d' Aulnay à Poitiers, cette inscription :
L • FVRIVS • L • FANI • BULL. . .
et semble croire que c'était une pierre milliaire. Je ne veux pas contredire: mais il me sera permis de faire remarquer la singulière ressemblance de ces deux inscriptions. D'une part: L • avtivs • efani... mil • l... de l'autre : l • fvmvs • l • fani • mil • l. . •
Si le cippe qu'a vu dom Fonteneau existait encore ou se retrouvait, peut-être nous fournirait-il quelques données nouvelles.
xxxni
Fréjus n'avait pas seule fourni des morts à nos cimetières. Arles en comptait; Bourignon, page 301, parle de l'inscription suivante en beaux caractères romains sur
une pierre longue placée dans le pavé de la cour du prieuré de Briou :
QUINTUS JUUUS QuiNn Fnjus TERentina (tribu) CETRUS, DOMO ARELATensis, MILES LÈGionis duo-
DEVIGESIlLCi VOLUNTARIUS, HiG SiTUS EST.
QVINTVS • IVLIVS
Q • F * TER • GETRVS
DOMO ARELAT • MILES
LEG • XVIIIy VOL
HS-E-
wk^
■bM^MriH^IÉMlÉ^
J'avoue n'être pas parfaitement satisfait de l'interprétation. Ce mot CETRUS , enchevêtré ainsi entre le nom de la tribu et celui de la patrie, me parait singulier. Le sigle VOL pourrait très bien se traduire par volcim.
Quintus Julms, Cetrus, fils de Quintus, de la trifbu Terentia, origmaire d* Arles, soldat de la dix -* hwUième léffian des volontaires, est enten/^é id.
La pierre, que nous allons examiner, est au Musée de Saintes, haute de 1 mètre 12 centimètres, large de 62 centimètres et épaisse de 25 centimètres. Elle a été tirée des murs de l'hôpital. Le cadre qui renferme TinscripUon a 85 centimètres de hauteur sur 65 centimètres de largeur. Les lettres mesurent 4 centimètres.
L'interprétation de ce morceau n'est pas des plus
tfisèes. Voici comment Ta donnée le baron Chaudruc de Crâzdnnes, appuyé de râutorité du chevalier Viscbnti :
Dns Manibus MEMORLE JAN VARIS NâTione XXXV MERVIUS ânNorum MENsium V I^IETIARIa BbNb Me- Rbnti GoNjuei pOSurr.
Aux dieux Mane$, à la mémoire de JanuariSy Nervien de nation, âgé de trente-cinq ans et cinq mois, Pretiaria à son cher époux a fait élever ce mowusment.
MKMORIAE • I AN VARIS -NAT •
NERVIVSA.N...
MANVPRETIA RIBVRCOS
Le sigle NAT est une seule lettre; les derniers jambages de N qui ont la figure du v, réunis par un trait horizontal, forment Ta; et le dernier surmonté du lambël devient T. Une semblable copulation se remar(iue au commencement de la troisième ligne, où le délié du n forme le pïeiû de I'e. Même observation pour ma du mot hanv; les deux derniers jambages du m liés par un trait font VL
L'expression Dm Jlfânt6t<« adéja été expliquée. Januaris est un noift propre. Nervîus, surtout accompagné de tiài pris pour hatione, Àgnifie Nervien. Lëâ lîTerviens habitaient
le Hainaut ; il n'y aurait rien d'étonnant à ce que Mediolanum eût eu dans ses murs un Belge ; Âunedonacum avait bien un enfant de Fréjus. Ce qui ne laisse pas d'être embarrassant, c'est ce Ntrviuê au nominatif déterminant Januariê au génitif. Lhomond sur ce chapitre est inflexible. M. de Grazannes s'en tire en mettant, page 135, le solécisme sur le compte du graveur. Les graveurs ont bon dos ; comme les typographes, ils portent souvent les bévues des auteurs. L'ouvrier ignorait peut-être Lhomond; mais autour de lui on savait le latin.
A la quatrième ligne, il n'est pas nécessaire de réunir les deux lettres a et n qui sont séparées ; on peut très bien lire Anfws XXXV naius, ou mieux nati pour ne pas offenser le rudiment. Jusque-là tout marche assez couramment. Mais où je suis tout à fait dérouté, c'est dans les deux lignes finales. Ne faut-il pas y mettre un peu de complaisance pour lire mensium v (quinque) dans mxsv ? Puis il y a B. v. r. séparés par des points et parfaitement distincts. Pour contraindre ces lettres à dire ce qu'elles ne veulent pas, on les a torturées tant qu'on a pu ; I'm de Merenti en a perdu ses deux jambages; ou plutôt, afin de les lui pouvoir rendre, on suppose que v les avait perdus; r est devenu la première lettre de la deuxième syllabe de MeRen/t. De pretiâri on a fait une femme Pretiaria, épouse de Januaris, comme l'indique le c, qui ne peut vouloir dire que conjux ou conjugis. On le voit : les pierres aussi souffrent violence ; vim patUur.
Oserons-nous hasarder une opinion? Et ne craindronsnous pas la peine du talion. « La critique, a dit Néricault Destouches,
La critique est aisée, et Tart est difficile.
Mais nous sommes prêts à subir les mêmes reproches; paterelegem quamfedsti. Donc, nous verrions volontiers dans Ifervius un nominatif, un nom d'homme, sujet du verbe posuit de la fin. Le NÂTtbne se changerait en nati. A. N. . . . resterait comme inexplicable. Il ne nous repu-
gne pas de voir dans maxupreturi, ou mieux manupre- TTARius^ un déterminatif de nehvils. manxtretium, prix de la main d'œuvre, salaire d'un ouvrier ^ est un nom commun. MANUPRETiARius Serait l'adjectif de ce substantif. Je sais que ce mot ne se trouve pas dans les auteurs classiques. Mais le graveur n'était peut-être pas un auteur classique. Chaudruc et Visconti l'ont accusé de solécisme. J'en ferais, il est vrai, un néologiste; le cas serait moins grave : car les langues, comme les oiseaux et les arbres, muent le long de Tannée ; et Horace, le puriste, nous accorde la permission de glisser dans le dictionnaire un mot nouveau.
Licuit semperque licebit Signatum présente nota producere nomen.
Il serait loisible au lecteur de commenter et d'expliquer les sigles restants s. v. r. g. Bono viVo i^omano ot-ï, ou mieux peut-être Bene votum Beddem carissimo. On aurait ainsi une leçon différente de celle qui a été donnée : *
nnS MANIBUS. MEMORLE JANUARIS NATI XXXV ANXOS NER- VIUS... MANUPRETURIUS BENE VOTUM REDDENS GARISSIMO POSUTT.
Aux dieux Mânes. A la mémoire de Januaris âgé de trenie^ cinq ans, Nervius.., artisan, accomplissant un pieux devoir, a élevé ce monument à son très cher ami.
Le métier d'interprète a ses risques; nous le savons, et combien le sphinx en a dévoré avant d'avoir rencontré Œdipe. Ainsi nous demandons la permission" de nous tromper quelquefois. — Accordé I répond Horace. Dabiturque licentia, pourvu que vous n'en abusiez pas. — C'est ce que nous tâcherons de faire, sachant bien que liberté n'est pas licence, sumpta pudenter. Et pourtant nous n'avons pas fini . . .
Ce qui rend le cippe de Januaris surtout digne d'attention, c'est une figure taillée en relief sur le côté dextre.
On y reconnaît un instrument d'ouvrier, hache, sarcloir, pic, truelle ou pioche. Ordinairement, cet outil, connu sous le nom A*aseia, est placé au sommet de la pierre, entre les deux sigles d et m; et, dans ce cas, Finscription se termine presque toujours par cette formule : Sub ascià dedieavit. s. A. D. ou dedicaveruni.
Bien des dissertations ont été écrites sur Yasda , bien des opinions, je dis des plus contradictoires, ont été émises. Il est devenu un thème sur lequel les archéologues, en vrais dilettantes, ont brodé leurs plus ingénieuses variations. Qu'était cet objet mystérieux? L'herminette des charrons et des charpentiers, ou la houe à manche court dont se servent les jardiniers pour ouvrir le sol, ou Taiscée qu'en Saintonge les maçons emploient pour couper la chaux et mêler le mortier ? Sur les sarcophages des premiers siècles, on le reconnaît aux mains de saint Joseph ou dans celles des fossoyeurs. Les fossoyeurs^ qu'on avait en grande vénération, parce qu'ils se dévouaient à la sépulture des martyrs, étaient souvent représentés sur les tombeaux, et avec l'instrument de leuf profession. Quelques archéologues en ont conclu ^e c'était la croix, déguisée sous un outil, et ils appuient leur opinion d'un passage de Y Apologie adressée à Antonin le Pieux, où saint Justin, énumérant tout ce qui a la forme de la croix^ manche de gouvernail, vergues réunies au mât du navire, charrue, etc., cite l'ascia nécessaire aux arts mécaniques. Mais les cippes qui le portent sont si nombreux qu'il ne pouvait plus être un symbole connu de^ seuls initiés ; et il se trouve accolé à tant de formules évidemment païennes qu'il n'a pu établir à lui seul une distinction marquée.
On peut y voir, avec Ménestrier, la gâche employée à broyer ïe ciment qui servait à la construction du tombeau ; avec Fabretti , la marteline qui en avait taillé les pierres ; avec dom Jacques Martin , la pioche qui avait creusé la fosse ; avec le P. MabîUon , l'instrument qui devait protéger la tombe et menacer les profanateurs;
avec Muratori, la doloire qui remuait la terre pour la rendre plus légère au mort, la débarassait des broussailles et traduisait ce vœu : SU tibi terra levis ; avec Pitiscus, rherminette qui avait façonné une barrière de bois pour écarter les animaux ou les violateurs ; avec M. de Nolhac, la hache, attribut du Mercure gaulois» qui symbolisait la permanence de Tâme ; avec M. Deville , — Moniteur du 15 novembre 1863. — une preuve que le tombeau n'avait pas encore servi à personne. Il n'y a vraiment que l'embarras du choix. Ne serait-ce pas une consécration particulière? Tous les cippes funéraires n'ont pas Yaseia. N'y aurait-il pas eu une cérémonie spéciale pour ceux qui l'ont, offrande aux dieux infernaux, libations, prières? et, à cette occasion, l'ouvrier aurait gravé son outil. Ainsi, quand un bâtiment, chez nous, est achevé» maçons et charpentiers ne manquent
pas de planter au sommet un bouquet et de l'arroser.
n restera toujours des doutes sur cette question jusqu'à ce qtt'ùn texte formel inette à néant les hypothèses plus on moifis ehinlériques.
Voici une autre inscription tumulaire qui a aussi quelque intérêt. Sous les Romains, paraît-il, comme de nos joulrs, on se préparait d'avance une demeure funèbre. Était-ce défiance de ses héritiers ou précaution contre leur négligence et leur cupidité ? Un peu ; et beaucoup sans doute une satisfaction pour la vanité. 'N'est-ce pas déjà quelque chose que de savoir qu'après son trépas on sera couché sous un marbre élégant, et que ses os ne seront point confondus avec ceux du premier malotru ? Et puis, chez les païens, la pensée de la mort n'éveillait qu'une idée, jouir de la vie. Carpe diem, disait l'épicurien Horace. Le défunt futur devait trouver une certaine
volupté à contempler son mausolée vide ; il était sur de n'y pas être encore.
DM- ET MEMOR IVLMV SIGE V VIVASI BIPOSV IT
Dns Manibus, ET MEMORle JULia MUSIGE Volens VIVA SIBI POSUIT.
Aux dieux Mânes et à la mémoh^ de Julia MvMce qui de plein gré s'est vivante construit ce tombeau.
Les lettres ont cinq centimètres. La pierre est large de 40 centimètres, haute de 60 et épaisse de 45 ; elle a été trouvée, en 1816, dans les assises supérieures de la muraille qui formait la clôture du jardin de Thôpital général de Saintes.
On a sans doute remarqué une anacoluthe au mot 3ftisiee. Musice a commencé comme d'ordinaire : d. m. et BŒMORi^ au datif. Aux dieux Mânes et à la mémoire de,,. Puis tout-à-coup elle s'est rappelé que c'était elle-même qui élevait ce monument; elle a mis le nominatif en usage, comme s'il y eut eu deux personnes, l'une morte, et l'autre vivante qui lui dédiât ce pieux hommage. Cette tournure originale me rappelle un fondeur qui demandait sur une cloche à la Très Sainte Trinité de prier pour lui.
SANCTA TRINrrAS, UNUS DEUS, ORA PRO NOBIS
Musice se faisait construire à elle-même un tombeau de son vivant. Une autre tient à constater que ses cendres ont été recueillies par son mari :
DM-