‹ Épigraphie santone & aunisienneChapitre 46 sur 96 · OPERA · texte numérisé non relu

OPERA

Il n 18 24 25

ROTAS

Il n'y a en réalité que trois lignes : nous Talions voir. Mais l'auteur en a mis cinq, afin qu'on puisse toujours lire les trois mots de quatre manières différentes, et aussi pour que le lecteur soit un peu plus embarrassé. Pour lire, on prend la première ligne de gauche à droite, SATOR, soit 1, 2, 3, 4 et 5; la seconde, de droite à gauche, OPERA, soit 10, 9, 8, 7 et 6 ; enfin la troisième dans le sens de la première; tenet, soit 11, 12, 13, 14 et 15. Voici une seconde manière : lisez la dernière ligne de droite à gauche 25, 24, 23, 22 et 21 ; ravant-dernière, de gauche k droite, 16, 17^ 18, 19 et 20; celle du milieu comme vous voudrez, 15, 14, 13, 12 et 11, ou bien : 11, 12, 13, 14 et 15. Vous aurez encore sator, opéra, tenet. La troisième manière consiste à lire : 1, 6, 11, 16, 21 ; 22, 17, 12, 7, 2 ; 3, 8, 13, 18 et 23. Ce qui donne : sator, opéra, tênet. La dernière prend : 25, 20, 15, 10, 5; 4, 9, 14, 19, 24; 23, 18, 13, 8 et 3; et fournit encore : sator, opéra, tenet. Le sens alors serait : Le semeur pomède son ouvrage; ou bien : Le êemêur récolte ce qu*U a semé; c'est-à-dire : À chacun seUm ses œuvres.

Faut-il lire comme à l'ordinaire? Nous aurons : Le laboureur Artfo eondvÂl avec^ foûi sa charrue. Quelqu'un a proposé de voir dans arepo, non pas un nom propre,

mais une corruption d'arepum pour arepennis, arpent, et

par extension champ. Le laboureur conduit avec eoùi sa charrue dans le champ, M. Rainguet, lui, voit : Le semeur ou le laboureur rassemble ici le fruit de son travail. Je préfère la première traduction comme plus logique et plus générale.

On appelle les jeux de cette sorte boustrophédon , mot tiré du bœuf qui creuse son sillon de droite à gauche et de gauche à droite. En effet, il est question ici d'un agriculteur et d'une charrue. C'est peut-être aussi une allusion au travail fatigant de l'inventeur de ces phrases énigmatiques, et du chercheur assez naïf pour leur donner un sens.

Un jeu d'esprit semblable est gravé dans le mur, au sommet de l'escalier de la grosse tour ronde de la prison de Loches :

Sasor, par U talear et ton bouillant courage, Aux roses ta permets d*ëtre le Trai présage.

Les anciens, parait-il, s'amusaient déjà à ces plaisanteries. En 1541, à Vars, paroisse à trois lieues d'Angoulême, fut trouvée une sépulture ancienne, rapporte Corlieu, Annotations sur le Recueil en forme d'histoire, page 55, édition de 1846. Un coffre de plomb y était, et dedans un grand corps étendu tout entier. Â la poitrine, près du cœur, était une lame d'or où avaient été gravés ces caractères grecs en cette forme :

AEHIOYÛ ÛYOIHEA EEIOYfiA YOIHEAÛ HEOYQAE 0IHEAi2Y lOYÛAEH

Glavière, en ses annotations sur Glaudien, pense que le mort de Vars avait porté ces lettres sur la poitrine pour se guérir des maux de cœur ou d'estomac qui le faisaient souffrir. C'était une amulette. Thevet dit que ce cadavre était celui de Métellus qui, venu en Gaule pour le service de la République, mourut à Vars, et fit ensevelir avec lui cette inscription pour exciter la curiosité de qui violerait sa sépulture. Greuter traite la trouvaille de fable. Vinet et Mérula la tiennent pour véritable.

On trouve un jeu d'esprit pareil dans le mot mystérieux Àbraeadabra, ou plutôt Abrasadabra, caractères grecs où 2 capital est représenté par c. Les superstitieux lui attribuaient une vertu magique; mais il fallait le porter au cou, écrit de cette manière :

ABRAGADABRA

ABRAGADABR

ABRACADAB

ABRAGADA

ABRACAD

ABRAGA

ABRAC

Page 1