P . ALABADO . SEA • EL . SANTISSIMO
L'épitaphe d'Élie Vinet, dans une chapelle de l'église Saint -Eloy, à Bordeaux,' où son corps répose, mêle grec, latin, français : ce n'était pas trop de trois langues pour louer le savoir du docte saintongeais.
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INQVIRE m MORES BOCmONAM CARPE FVIT NE SANTONE VINETO DOGTIOR ET MELIOR
VINET A ENTENDV LES LAN6VES ET LES ARTS VINET A GONFONDV EN MOVRANT LES BAVARDS
Si Vinet, maître d'école à Barbezieux, en Saintonge, professeur pendant vingt ans au collège de Guienne à
Paris et recteur du collège de Bordeaux, a, en mourant, le 14 mai 1587, « confondu les bavards », l'auteur de ces distiques élogieux, son oraison funèbre, a bien confondu les traducteurs. Que signifient les deux premiers vers ? Peut-être : Pour atteindre aujourd'hui à la gloire du savant Ythéi, t7 faut égaler les savants célèbres de ^antiquité. C'est,
du reste, l'idée contenue dans l'hexamètre et le pentamètre latins : Examine sa vie et ses ouvrages. Trouveras-tu quelqu'un meilleur et plus savant que le saintongeais Vinet ? Quant au français, je ne me charge pas de le traduire.
Elle Vinet était né en 1509, aux Planches, hameau de quatre maisons, en la paroisse de Saint-Médard, à trois kilomètres de Barbezieux, « lieu, dit-il dans son Antiquité de Saintes, § 62, lieu tout diuers de I'Ascre du tant antien et renommé poète Grégeois, Hésiode. Qui chante haut et cler, que sondit uillage, estoit près du mont de Helicon : et que c'estoit un panure lieu, mauuais en hiuer, fascheus en esté, et bon en nulle saison. Car près du petit lieu, où i'ai premièrement ueu le soleil, n'i a point de montagne, ou les Muses se puissent loger : ains est tout le pais fort plat comme presque toute la Saintonge : et si est ce lieu la autant fertile, autant bon et de sole et de ciel, que la Guiene en aie point. » Il se livra à l'étude des belleslettres et des mathématiques, voyagea en Espagne et en Portugal, fonda, à Goïmbre, un collège, et remplaça bientôt, à Bordeaux, comme principal, André Govea. Il fut lié avec Montaigne, Pithou, Bucchanan, Gruchy, Guerente. Muret, Tumèbe. Les Mémoires de la vie de J.-A. de Thout liv. 17, disent : « Pithou et lui trouvèrent beaucoup d'agrément et de politesse dans l'esprit éclairé d'Elie Yinet, de Barbezieux. Vinet était recteur du collège de Bordeaux, si célèbre dans les siècles précédents, etc... » Alors le nouveau collège établi par les Jésuites avait fait tomber l'ancien, et Vinet répétait mélancoliquement que d'un bon collège on avait fait deux mauvais. Il laissa un nombre considérable de volumes, traductions, commentaires, éditions d'auteurs et quelques ouvrages originaux.
Alexandre Bemon n'eut, pour vanter ses hauts faits, qu'un huitain français, cité par la Biographie samumgeaisê.
Né à La Rochelle, descendant de Jean Bemon, maire de La Rochelle en 1398, il combattit vaillamment à Pavie en défendant François I^. Il mourut des suites de s^ blessures en 1524, et fut, selon son désir, enterré dans la chapelle de l'abbaye de Gluny, dont plusieurs de;ses parents avaient été religieux. Son épitaphe semble bien postérieure à l'année de sa mort.
LAQVTTÂINE IfE DONNA LA VIE *LA OVERRE CONDVISrr MON SORT JVSQVAV TEMPS QVE DEVANT PAVIE EN COMBATTANT lE TROWAI LA MORT PASSANT QVI VERRAS CETTE IMAGE APPRENDS ET TE SOWŒNS DE MOI QVEN ONQVANTE CINQ ANS DE MON AGE lE FINIS AVPRES DE MON ROI
« Cette image, » dont il est parlé, était l'effigie du défunt vêtu d'un manteau noir semé de lions d'or.
Au remarquable château de Grazannes, canton de Saint-Porchaire, deux simples noms nous révèlent les possesseurs célèbres de la seigneurie. Ils sont placés audessus d'une porte. M. Denis d'Aussy, dans sa monographie de Grazannes, nous en parlera plus longuement.
I • AGGARTE • ET • H • DS • LA • R0GHEGHANDR7 • 1566 •
Une inscription de ce genre nous donne la date (15(2) du portail de l'église de Fontaine-d'Ozillac qui relevait
de rabbaye de Saint-Etienne de Baignes, ordre de Saint- Benoit. Les lettres gothiques ont un décimètre.
faut (m mvx(n <t fotiaxt U^rxse
A l'intérieur de l'église, l'arcade qui est au-dessus de l'autel montre le même millésime sur fond d'azur :
imti ian mv^xiii
Plus ancienne est la cloche de Jonzac : 1518. Elle pèse 300 kilogrammes. On y lit :
ian mil v^ xviil lut t i»ift te fttifent amntt ^enb ^^iU«
M. Rainguet, page 177, traduit par : « Ce présent saint Denis — de Pille (nom du fondeur probablement). » L'église est dédiée aux saints Gervais et Protais. La cloche s'appelle-t-elle Dmis? Mais ce présem saint Denis n'a pas de sens. Sainet est évidemment une faute du fondeur pour seing , seint, saint ou sain, et sin^ signum, d'où toe-sin. Je lirais donc : fut FArr gb présent sin. dénis depille (fondeur ou fabriqueur).
Du reste, ce mot, le sin de ville ^ est fort usité à Saintes dans les registres municipaux pour désigner la cloche qui appelait tous les samedis les pairs et conseillers à l'échevinage, donnait le signal d'alarmes ou annonçait les réjouissances. La campane, comme on l'appelait aussi, existe encore dans la toiir de l'ancien hôtel commun, audessus de la chambre où fut enfermé Mirabeau. Sur ce* bronze on voit un chevalier armé , un évêque qui peut être saint Eutrope, un écusson fleurdelysé, Jésus-Christ en croix entre les deux larrons et avec sa mère et saint Jean à ses pieds, puis un Ecce homo nimbé, couronné d'épines, entouré des divers instruments de la passion, enfin ces mots parsemés de fleurs de lys :
U ina itatit e»t»ni maitt Uiutn
tti^on i m v^ i ii
Mais voilà une difficulté : en 1552 c'est Jean de Bar qni est maire de Saintes. Il est à croire que Jean de Bar aura commencé Tannée et que Jean Relyon l'aura finie. Puis n'oublions pas que les élections annuelles se faisaient le 13 janvier; il y avait donc enjambement d'un an sur l'autre. Jean Relyon, maire en 1552, puisque la cloche le dit, et en 1569, fut contrôleur des tailles, puis président en l'élection. En 1576, il était le second échevin par ancienneté. En cette qualité il fut envoyé^ cette année-là, avec le doyen d'âge , Charles Famoulx, sieur de la Q6chetterie, à Brouage, complimenter le roi de Navarre, et en 1578, à Cognac, avec Arnaud de Prahec, sieur de Thérac, François Lebrethon, sieur des Romades, Jehan Grelaud, sieur de Senousches, Jehan Huon, sieur de la Tousche, au-devant des deux reines Catherine de Médicis et Marguerite de Navarre, qui entrèrent à Saintes le 2 septembre.
L'Hôtel-de-Ville, devenu tribunal de commerce, aujourd'hui abandonné, ne montre, en fait d'épigraphie, que deux millésimes ; l'un sur la façade entre les deux balcons, 1961, date, probable de la dernière restauration du monument ; l'autre au mur nord de la cour, sur la place du Palais, IBIV, époque de la reconstruction du mur. En effet, la maison commune ayant été fort endommagée par le siège de 1570, en 1584 on décida l'édification d'un « beau et honeste pourtail devant la dicte maison où les armoyries du roy, celles de la dicte ville et pareillement celles de M. le Maire seraient. » Didier Vitry, maître-maçon, se mit au beffroi en 1587. Mais les échevins, faute d'argent, ne lui fournissaient pas les matériaux qu'ils devaient. Vitry fit des sommations. L'affaire traîna en longueur. Il n'y a rien d'impossible que la construction n'ait été terminée qu'en 1617.
Quelles armes mit-oa au portail? Celles des Mo^ne peut-être. Car cette famille illustre de l'échevinage, aujourd'hui éteinte, et dont, à Saintes, descend par les femmes M. Marc Arnauld qui a aussi occupé les plus hautes charges municipales, figure presque coostammentde 1538 à 1637, un siècle, à la tête du corps de ville. Elles furent certainement placées dans les remparts de la cité réparés sous Henri IV. La pierre qui les portait a été conservée. On la peut voir dans la rue des Chanoines.
Les Moyne de TEspineaU et de Fléac, qui ne sont pas de la même famille que les Le Moyne de Serigny ou les Le Moyne de Puychenin^ portaient^ ainsi que l'ont fait enregistrer Jean Moyne de Ghampclou , lieutenant criminel au présidial de Saintes, et Henri Moyne, écuyer, sieur de l'Ëspineuil, gendarme de la garde du roi : DV au rencontre de bœuf de gueules bouclé de même et turmonté d'une étoile d'azur^ armes à peu près semblables à celles des grands ducs de Mecklembourg : Ifor à une tête de buffle de sable couronnée de gueules et bouclée d'argent^ et à celle de la ville d'Uri, en Suisse : D'or à la tête de buffle de sable bouclée de gueules, armes parlantes : car dri veut dire buffle.
Cette pierre offre quelques signes à noter. D'abord reçu est sommé d'un casque taré de profil. Ce casque, d'acier poli pour les gentilshommes non titrés, compte cinq grilles à la visière. Ce nombre indique une ancienne noblesse. Les nobles de dates plus récentes n'en prenaient que trois. Il prouve encore que ce n'était pas la mairie qui avait anobli les sieurs de l'Espineuii; car le casque des anoblis, d'acier p6li comme celui des autres, était sans grille, visière presque baissée. Plus tard , en raison de certaines modifications,. le casque des anciens gentilshommes fut d'argent bruni, posé de côté, montrant les deux tiers de la visière et cinq grilles. Les lambrequins destinés à rappeler les lambeaux que les chevaliers remportaient des combats, ou les feuillages dont ils couronnaient leur casque victorieux, sont ici volets, c'està-dire coupés en lanière et paraissant soulevés par le vent. Us descendent du casque et entourent les deux côtés de l'écu. Ils doivent être d'or, d'azur et de gueules, émaux du champ et des ^principales pièces. Le casque a un cimier de plumes ondoyantes ou plumails.
En second lieu, l'écu est entouré d'un large ruban qui suspend une croix : c'est le cordon de Saint-Michel. La décoration de cet ordre consiste en un large ruban moiré qu'on portait en écharpe de droite à gauche. Au bas est
attaché une médaille montrant une image de saint Michel armé de la lance et foulant aux pieds le dragon traditionnel. Or, nous avons ici un Saint Esprit. Ce ne peut être qu'une faute du graveur.
L'ordre de Saint-Michel, décidé par Charles VII après l'apparition sur le pont d'Orléans de l'archange, qui lui annonça l'expulsion définitive des Anglais, et créé, en exécution du vœu de son père, le 1*' août 1469, à Amboise, par Louis XI, qui fixa le nombre des chevaliers à 36, était d'abord très parcimonieusement accordé, et aux plus grands seigneurs; il fut ensuite décerné aux gens de lettres, de robe, de finance, aux artistes célèbres (1).
Dans la chapelle de la Sainte- Vierge de l'église de Roufilac une dalle, usée par les pieds des fidèles, montre le même écu avec le nom des Moyne.