‹ Épilogue à l'art chrétienChapitre 8 sur 16 · LES REGRETS DU GONDOLIER · texte numérisé non relu

LES REGRETS DU GONDOLIER

15 juillet 1832.

D’un temple auguste, ouvrage du génie.

Un peuple immense occupait les abords.

On entendait des voix dont l’harmonie Charmait les sens par les plus doux accords.

Un gondolier, vieillard octogénaire,

Seúl dans saburque, k ces transports pieux Semblait ne voir qu’une féte étrangére Et tristement en détournait les yeux.

Pourquoi tout seul restez-vous loin du temple? Lui demandait un voyageur surpris...

Le temps n’est plus d’aller prier ensemble,

Dit le vieillard : le joug nous a flétris!...

Oui, de ce jour la mémoire m’est cbére;

Mais de Saint-Marc l’étendard glorieux N’y parait plus, et la borde étrangére Cache l’autel et Dieu méme á mes yeux.

A pareil jour jadis des trois royaumes Les trois drapeaux par nous étaient hissés,

Et vers minuit on voyait des fantómes Avec respect devant eux abaissés(l):

D’aucun héros si l’ombre tutélaire Depuis trente ans ne redescend des cieux,

C’est que toujours la banniére étrangére Depuis trente ans flotte devant nos yeux.

(1) Ces trois drapeaux, qu’on arborait k toutes les fétes devant l’église de Saint-Marc, étaient les drapeaux des royaumes de Cbypre, de Candie et de Morée.

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