‹ Épilogue a lárt Chrétien (volume 2)Chapitre 12 sur 23 · I8 ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

I8 ÉPILOGUE

st animent dans la vie réelle et dans la pensée. Ce que nous appelons la nature est un poème dont l' intelligence est impossible, parce qu'il est écrit en caractères mystérieux, mais dans lequel, si nous pouvions le déchiffrer, nous découvririons l'odyssée de l'esprit qui, livré à une merveilleuse illusion, se cherche lui-même en se fuyant sans cesse*.. La nature est, pour l'artiste, ce qu'elle est pour le philosophe, c'est-à-dire le monde idéal apparaissant continuellement sous des formas finies (1).

Mais ce n'était pas assez pour Schelling d'avoir montré l'art dans ses rapports avec l'ensemble de son système philosophique, il fallait encore le montrer dans ses rapports avec les autres branches des connaissances humaines* C'était une tâche que nul autre n'avait entreprise avant lui et dont il s'acquitta avec une profondeur et une élévation de vues dont on fut d'autant plus étonné qu'elles étaient consignées dans un modeste opuscule destiné à servir d'introduction ou de correctif aux cours de l'Université.

C'était en 1804, c'est-à-dire quatre ans après la publication du Système de C idéalisme transcendanial, et l'on devine sans peine que son auteur sut mettre cet espace de temps à profit pour combler des lacunes à mesure qu'elles étaient aperçues, et pour étendre ses découvertes, psychologiques ou autres, dans de nouvelles directions. De toutes les acquisitions faites par lui dans cet intervalle et de l'affermissement de ses conquêtes

(!) Voir pour l'ensemble du Système de l'idéalisme transcendental, le troisième Yokune de Y Histoire de la philosophie allemande, par D. Wilm.

antérieures était résultée une conviction plus forte que jamais de l'importance du rôle de l'idéal dans les création* du génie humain, même dans celles qui, au premier aspect, en paraissent le moins susceptibles. C'est ainsi qu'en traitant de la Notion absolue de la science, à la vue du travail scientifique qui tend de plus en plus à se diviser, il proclama, dans l'intérêt du progrès tel qu'il le conçoit, l'unité de la science et de l'art, en prenant ce dernier mot dans sa plus large acception. C'est par suite de la même tendance qu'il attribue à une tradition primitive qui est comme l'expression de la vie éternelle de la science, les prétendues conquêtes que s'arroge l'orgueil humain ; car, à moins d'admettre l'existence d'un peuple primitivement éclairé par une révélation divine, il dit qu'il est impossible que l'homme, tel qu'il est maintenant, se soit éclairé par lui-même et qu'il se soit élevé seul de l'instinct à la conscience, de l'animalité à la raison. C'est ici la première apparition de cette thèse favorite de l'auteur, thèse à laquelle il devait donner plus tard de plus amples développements dans son fameux ouvrage sur la Philosophie de la révélation.

En traitant de l'étude de la philosophie proprement dite, il s'attache moins à en faire ressortir les avantages qu'à dissiper les inquiétudes auxquelles la hardiesse de certaines hypothèses qui ne manquaient pas d'affinité avec les siennes, avait donné lieu. Ici encore, c'est e& se réfugiant dans les régions de l'idéal comme dans une forteresse imprenable qu'il échappe aux objections. Il n'y a point de science, dit-il, qui soit réellement en opposition avec la philosophie ; c'est plutôt en elle que

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