‹ Épilogue a lárt Chrétien (volume 2)Chapitre 19 sur 23 · TÔ ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

TÔ ÉPILOGUE

« système s'il avait de trop grandes dimensions. Au « reste, ses sympathies pour les catholiques du confite nent dans la lutte qu'ils soutiennent contre l'incré- « dulité moderne, sont aussi prononcées que jamais. « C'est surtout pour la partie symbolique de la religion « qu'il reconnaît notre supériorité. Il ne se dissimule pas « que l'absence totale de ce qu'on appelle petite dévoa tion parmi le bas peuple en Angleterre a des inconvé- « nients moraux et intellectuels de plus d'un genre, a par la raison qu'il doit y avoir engourdissement de « l'âme et de l'imagination partout où il n'y a pas édu- « cation suffisante pour rendre le christianisme saisis- « sable par son côté rationnel. C'est toujours là sa « grande préoccupation, parce qu'en dehors du chris- « tianisme et des institutions qui en émanent, il ne « croit pas à la possibilité d'un progrès quelconque, « intellectuel et moral, et l'on peut dire que l'idée « chrétienne est l'idée dominante dans son esprit, « comme le sentiment chrétien est le sentiment dormit nant dans, son cœur. Tout ce qu'on peut dire à son « désavantage, c'est que ce sentiment est héréditaire et a par conséquent peu méritoire. En effet, quand on a « un père qui dépense près de cinq cent mille francs en « une année, comme vient de le faire le vieux M. Glad- « atone pour construire des églises et des hôpitaux, on « est familiarisé de bonne heure avec la notion de « sacrifice et de charité, sans parler du caractère reli- « gieuxque les actes dont on est témoin impriment à la « piété filiale qui devient ainsi une sorte de culte do* « raestique. Ohl si vous aviez assisté, comme moi, aux « cérémonie* d« ce culte, et que vous eussiei vu d'aussi

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« près que moi la déférence, je dirais presque l'humi- « lité du fils, quand il aborde son père, pour le consul- « ter sur une discussion parlementaire à laquelle il se « propose de prendre part, alors vous ne me demande* « riez plus si je n'ai pas été désappointé dans Gladstone ; « et si, après cela, il fallait encore vous forcer dans vos « derniers retranchements, je vous raconterais ce qui « s'est passé entre lui et moi il y a quelques jours.

« J'avais promis de déjeuner chez lui aussi souvent « que cela me serait possible, et j'avais fidèlement tenu « ma promesse. « Votre exactitude me touche, me dit-il « un jour; mais il y a quelque chose qui me toucherait en- « core davantage et qui donnerait à notre amitié le sceau « d'une amitié véritablement chrétienne : ce serait que « vous vinssiez une demi-heure plus tôt pour prendre « part avec nous à la prière de famille, prière très- « inoffonsive, je vous assure, et dans laquelle vous n'en- « tendrez pas articuler un seul mot qui puisse blesser « vos sentiments catholiques. »

« Vous devinez sans peine la réponse que je fis ou « plutôt que j'essayai défaire. Après cela demandez-mot « encore si je n'ai pas été désappointé. Puisse le ciel « nous envoyer beaucoup de désappointements pareils! « Adieu. »

Cette étrange invitation, la seule de ce genre que j'aie reçue pendant tout le cours de ma vie, était sans contredit le meilleur souvenir que j'emportais de Londres, et pouvait servir dignement de transition entre ce séjour et celui de Boury, où nous arrivâmes enfin dans les premiers jours de juillet.

Si notre amour-propre avait pu entrer pour quelque chose dans les jouissances qui nous attendaient, il y avait, dans l'accueil qui nous fut fait, de quoi le satisfaire avec surabondance; mais toutes les émotions, de part et d'autre, furent pour le cœur et ne vinrent que du cœur. Deux ans d'absence, dans une amitié comme la nôtre, laissaient un grand vide à combler, malgré l'activité de notre correspondance qui, tout en nous tenant au courant des gros événements, nous avait laissés ignorer ou deviner une foule de détails accessoires que d'autres auraient pu trouver insignifiants, mais qui prenaient, à nos yeux, une importance proportionnée à la distance qui nous séparait. Il y eut donc, pendant les premières heures que nous passâmes ensemble, une véritable avalanche d'interrogations et d'explications, à la suite desquelles je fus pleinement rassuré sur un point qui me tenait fort au cœur, je veux dire sur le rétablissement de la santé d'Eugénie, dont la voix un instant compromise par suite de ses couches, avait eu besoin d'un assez long repos pour recouvrer son éclat et sa flexibilité; et l'on me disait que, sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, je ne trouverais aucune différence entre 1837 et 1839. Je me le tins pour dit, et j'attendis avec impatience le moment de m'en assurer par moi-même, quand Alexandrine et Eugénie entonneraient ensemble, après le dîner, un de nos chants favoris qu'elles ne pouvaient pas avoir oubliés. Mais quand ce moment fut venu et que j'eus hasardé timidement ma demande, le refus par lequel on l'accueillit fut accompagné de réticences à la fois si mystérieuses et si affectueuses que je ne sus plus ce que je

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devais en penser. L'éclaircissement du mystère était différé jusqu'à l'heure de la prière qui devait nous réunir tous dans la chapelle du château; et c'était là qu'on avait voulu me donner les prémices des jouissances si impatiemment attendues par moi.

A peine la prière fut-elle terminée, que les trois sœurs , dont les voix harmonieusement combinées avaient jadis produit dans nos âmes des émotions faciles à réveiller, entonnèrent une espèce de cantique dont les modulations, très-simples en elles-mêmes, n'étaient pas faites pour remuer l'imagination, si elles n'avaient pas servi d'accompagnement à des paroles tellement appropriées à la circonstance, qu'il était impossible qu'elles ne nous parussent pas avoir été composées exprès pour nous. Aussi l'impression qu'elles produisirent sur mon âme, peu préparée à une si délicieuse surprise, fut-elle de celles que le langage humain ne saurait rendre, et qui ne se renouvellent pas deux fois dans une même vie. A chaque nouvelle strophe, je sentais ma poitrine se gonfler de plus en plus, et quand on en vint à la dernière, il me fut impossible de retenir mes larmes. Le lecteur jugera si cette faiblesse était pardonnable. Voici, en guise de pièces justificatives, le poème et la musique qui en furent l'occasion :

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