‹ Épilogue a lárt ChrétienChapitre 2 sur 8 · PORT-LOUIS · texte numérisé non relu

PORT-LOUIS

le contre-'Coup de cette catastrophe ; l'exécation de mon aïeul paternel sacrifié aux vengeances républicaines ; le mariage de ma mère sous des auspices presque funèbres , sa retraite à l'île d'Arz, la fuite de mon père pour échapper un autre genre de proscription , et sa mort prématurée par suite d'un acte de dévouement dont son inexpérience n'avait pas su voir les insurmontables difficultés.

Je me trouvai donc séparé de ma mère pour un temps indéfini, et de mon père qui ne devait plus me revoir. Cette séparation, si triste en elle-même, eut pour moi des résultats heureux ; car non-seulement Péglise de Tîle (j'Arz était encore sans pasteur, mais ce veuvage devait durer encore plusieurs années, avec toutes ses conséquences, ce qui eût produit une lacune irréparable dans l'éducation de ma première enfance, éducation que Tindulgence affectueuse de mon aïeule maternelle, jointe à son ineffable piété, rendit, presque jusqu'à la fin, aussi douce pour elle que pour moi.

Je n'ai pas besoin de dire que son âme était de celles qui, en voyant les églises rouvertes et les prêtres rentrés, avaient salué avec transport cette aurore de liberté religieuse qui s'était fait si longtemps attendre. Élevée par un oncle prêtre jusqu'à l'époque de son mariage, cette femme forte, dans la meilleure acception du mot, n'avait quitté le presbytère que pour entrer à Fîle d'Arz, dans le domicile conjugal, oh elle avait porté, comme surcroît et sanction de ses vertus domestiques, un attrait invincible pour la maison de Dieu et des habitudes de charité, poussées, dans ses vieux jours, jusqu'à l'imprévoyance.

Plus de trente ans s'étaient écoulés depuis que ces saintes semences avaient été jetées dans son âme, et l'on

peut dire qu'elles étaient en pleine floraison, quand la révolution éclata, terrible pour les pusillanimes, mais impuissante à déjouer autrement que dans leurs manifestations extérieures, les besoins des âmes saines et fortes. La suppression de ces manifestations n*en était pas moins une souffrance que le temps aggravait, au lieu de Tadoucir, et la preuve de cette aggravation se trouvait dans Fimpétuosité de l'élan avec lequel on se précipitait versles portes du temple, comme si elles avaient été les portes du ciel ; c'était comme la réalisation vivante de ce sentiment mystérieux si bien exprimé par le roi David : Sicut desideravit cervus eut fontes aguarum, ita desiderat anima mea ad te, Detis; et à mesure que se réparaient les ruines du dedans et du dehors, on se pénétrait davantage d'un sentiment analogue à celui-là, exprimé dans un autre verset du royal prophète : Domine^ dilexi décorum domus tuœ et locum habitationis gloriœ tuœ.

Ce besoin primitif, facile à démêler dans son origine et à suivre dans sa croissance, n'a pas de nom dans la langue psychologique ; mais il pourrait en avoir un dans la langue de Testhétique, car il n'est, après tout, que Vidéal en germe, vague dans ses premières manifestations, comme tous les instincts supérieurs et pouvant avorter ou dépérir, comme tous les autres germes, sous des influences trop défavorables. Il y a des natures privilégiées dans lesquelles cet élément prédomine en vertu du droit du plus fort et, pour ainsi dire, à l'état normal ; mais il y en a d'autres dans lesquelles il est comprimé ou même anéanti soit par des tendances qui lui sont hostiles, soit par le manque d'air et d'aliment. Cette compression et cet anéantissement peuvent avoir lieu à tous les âges de la vie, depuis l'adolescence, et forment, sans

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