‹ Épilogue a lárt ChrétienChapitre 3 sur 8 · PORT-LOUIS · texte numérisé non relu

PORT-LOUIS

contredit, l'un des plus tristes spectacles qu'on puisse avoir sous les yeux, surtout quand on a été témoin des progrès antérieurs. C'est le cas de s'écrier avec Bossuet, mais dans un sens inverse : Quel état et quel état ! mieux vaudrait presque une dégradation originelle.

Le sens de l'idéal est la faculté que l'on exerce et que l'on étudie le moins dans l'enfance, et si par hasard on s'aperçoit de cette lacune, c'est toujours en dehors des impressions religieuses qu'on cherche à la combler. Or ces impressions, même quand on a peine à les distinguer des pures sensations, sont les premiers matériaux dont l'assimilation prépare de loin la- floraison de l'idéal, et voilà pourquoi le rôle des petits enfants est si important dans TËvangile et dans les auteurs mystiques. Yoilà aussi pourquoi FÊglise est, par le fait, la première école d'esthétique chrétienne, comme les temples, dans l'antiquité, furent la première école d'esthétique païenne. Non-seulement la Minerve de Phidias fut un objet de culte naïf avant d'être un objet de savante admiration; mais on peut affirmer que l'affaiblissement de la foi dans les divinités populaires dut aftaiblir, à un degré indéfiniment variable, la perception du beau dans les images qui les représentaient.

Maintenant qu'on se figure un gouvernement iconoclaste proscrivant, sous des peines atroces, tous les aliments de ce qu'il appelle la crédulité d'un peuple; puis l'élite de ce même peuple, après huit années de torture morale et d'abstinence spirituelle, recouvrant enfin le droit de prier ensemble dans le même lieu et expliquant aux enfants en bas âge ce que c'est que cette maison de Dii^ttdans laquelle ils ne sont jamais entrés, pourquoi les autels sont en ruine, pourquoi la foule est en adoration

devant certaines images. Dans de pareilles circonstances, on comprend que le besoin du culte devienne une véritable passion et même une passion plus exigeante qu'aucune autre. On comprend aussi l'immense avantage de pouvoir inaugurer, sous de si sérieux auspices, l'éducation intellectuelle, religieuse et esthétique d'un enfant.

Je ne doute pas que des souvenirs analogues à ceux que je me permets de tracer ici, n'aient été gravés dans la mémoire d'un grand nombre de mes contemporains, particulièrement en Bretagne oh les traditions domestiques étaient fortes et ses épreuves poussées à Textrême, deux conditions nécessaires pour rendre la réaction énergique. Dans la part qu'y prirent les enfants en bas âge, il faut naturellement tenir compte de l'instinct d'imitation ; mais pour quiconque a étudié rétrospectivement cet ensemble de faits, soit en lui-même, soit dans autrui, ils ont une signification psychologique qu'il est impossible de contester.

Mes souvenirs personnels remontent à Tannée 1803, c'est-à-dire à l'époque où l'élan de piété causé par la résurrection du culte, était dans toute sa ferveur. Un instinct vague semblait me dire que la maison de Dieu était ma maison maternelle, et, quand je me livrais à ma petite contemplation enfantine, l'idée ne me serait jamais venue de partager les jeux des compagnons de mon âge. La seule récréation qui fût de mon goût était celle que je me donnais à moi-même , en imitant de mon mieux les cérémonies dont j'avais été témoin, et témoin très-attentif. Ma pauvre grand'mère, qui ne contrariait aucune de mes fantaisies, se garda bien de contrarier celle-ci qui semblait lui présager une grande joie pour ses vieux jours; trop heureuse de me voir préférer cette distraction à toutes les autres,

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