MON LIS
A l'aurore, quelle rosée Te couvre, 6 lis, ma blanche fleur!
Quelle tiède pluie amassée
Dans ton calice, dans ton cœur!
Comme tes corolles d'opale Exhalent un suave encens!
Et comme sur chaque pétale
Etincellent des diamants!
Un ange dans sa pure ivresse A-t-il laissé tomber des cieux,
Ainsi qu'une tendre caresse,
Ses doux pleurs sur tes plis soyeux ?
Que ta fraîcheur est ravissante!
Oh! crains un soleil trop changeant :
Vite, 6 ma fleur éblouissante,
Referme ta coupe d'argent.
Mais voilà que la flamme ardente À bu le céleste élixir, Et la fleur, pâle, languissante,
Se penche déjà pour mourir. ….
Que j'en ai vu de ces fleurs blanches, Pleines de grâce et de candeur,
19» Li
5 épanouissant sur leurs branches.
Comme un sourire de bonheur!
Ames, chefs-d'œuvre d'innocence, Chaste floraison de l'autel, Purs regards dont la tranparence
Reflétait l'image du ciel!
Mais, hélas! trop vite exposées Aux feux du plaisir séducteur.
Ces fleurs, sans célestes rosées,
Sont bientôt mortes de langueur.. .
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O fleurs virginales, fanées Au soir de votre premier jour; Ames candides, profanées
Quand vous souriiez à l'amour!
Votre beauté sitôt flétrie M'accable d’une âpre douleur; Je pleure, en mon âme attendrie.
Votre irréparable malheur!
Et je ne puis plus voir l'enfance, En sa printanière fraîcheur, Sans que je frémisse d'avance
Sur la perte de son bonheur.
O blonds chérubins, têtes d'ange.
Reflets de la divinité, Bientôt la plus impure fange
Souillera tant de pureté!
Vous traînerez vos blanches ailes.
Impuissants à prendre l'essor, Vers les régions éternelles,
Où pour vous brille um trône d'or.
Alors sur vos lèvres de rose.
Plus de sourires gracieux.
Et sur vos fronts, déjà se pose
Du vice les traits odieux .
Hélas! que de beautés souiliées!
Que de riants espoirs déçus!
Que de fraiches fleurs effeuillées.
Belles à parer les élns!
Seigneur, si votre main moissonne Les germes et les fruits naissants, Si le crime prend la couronne
Qui pare le front des enfants,
Où reposer sur cette terre, Qu'attristent déjà tant d'horreurs.
La désolation amère
De nos regards et de nos cœurs 2
Dieu! Sur cette triste vallée, Gardez done aux lis adorants Et leur blancheur immaculée
Et tous leurs parfums enivrants.
Oh! gardez surtout à l'enfance,
L'éclair rayonnant de ses veux, Les charmes de son innocence,
Son sourire qui vient des cieux!